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does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:36

Jax Beauchamp a écrit:
BRAN + JAX

La voiture roulait à vive allure et, installé à l’arrière, Jax regardait les arbres défiler sans vraiment les voir. Ils formaient des ombres fugaces qui s’auréolaient de lumière à proximité des lampadaires et disparaissaient dans la nuit presque aussitôt. Il y avait quelque chose d’hypnotisant à ce tableau furtif qui changeait à chaque seconde, raison pour laquelle, sûrement, Jax mit quelques secondes à réaliser qu’ils n’avaient pas tourné à droite, comme prévu, et que le chemin emprunté par le véhicule devenait étrangement familier. Fronçant d’abord les sourcils, persuadé d’avoir mal compris leur destination, Jax finit par se redresser, s’agrippant au siège du conducteur pour apercevoir la route qui s’élançait devant eux.
- On ne va pas chez la Lincoln ? demanda-t-il, dubitatif, mais avec un brin de suspicion déjà perceptible dans la voix.
- Lindberg, le corrigea Trent, installé côté passager. Non. La fête a bougé au dernier moment. Same people, different place.
Il avait dit cela avec une telle désinvolture, comme s’il ne se doutait pas une seule seconde du chaos que cela provoquait chez Jax. Et comment aurait-il pu le savoir ? Il n’avait sûrement jamais mis les pieds chez les Rose, il n’avait sûrement aucune idée de ce qui les attendait. Les jardins où le père Beauchamp avait travaillé, la piscine où le jeune éphèbe s’était délassé, le souvenir cuisant qui brûlait encore le nez et l’égo de Jax quand il avait le malheur d’y penser.
- Allons ailleurs, j’ai pas envie d’aller à cette fête, de toute manière, lâcha Jax, captant immédiatement le regard que Trent et Jake se lancèrent avant d’éclater de rire. Quoi ? ajouta-t-il dans un grondement menaçant.
- C’est pas parce que t’en as rien foutre des meufs que tu vas nous gâcher le plaisir, quand même ?
Jax se renfrogna et se laissa retomber lourdement contre son siège, soufflant pour montrer son agacement, au cas où les deux autres n’avaient pas compris son mécontentement. Mais il était déjà trop tard : s’il leur demandait de le laisser sur le côté de la route pour rentrer à pied, il mettrait une heure à retrouver son appartement et, à ce moment-là, qu’allait-il y faire ? Tourner comme un lion en cage ? S’inviter chez Roanne ? Il détestait s’imposer et ne voyait donc d’autre issue que de suivre ses deux comparses en les maudissant intérieurement. C’était déjà à cause d’eux qu’il s’était retrouvé dans le gymnase, le mois passé et voilà que c’était à nouveau par leur faute qu’il allait se retrouver sur le territoire de Brandon Rose.
Jake gara la voiture au milieu des autres et les garçons sortirent, certains plus enthousiastes que d’autres. Les mains enfoncées dans les poches de sa veste, Jax les suivit, remontant cette allée qu’il ne connaissait que trop bien pour approcher du portail et des grandes portes d’un univers qui, lui, lui était parfaitement étranger. Car Jax n’avait jamais mis un pied dans la maison de l’adolescent, il avait toujours orbité autour de cette dernière mais son incursion la plus rapprochée avait été son passage près de la piscine où le blondinet et sa copine se prélassaient, comme deux petits dieux grecs, vautrés dans leur insouciance et leur jeunesse.
Les portes s’ouvrirent et un torrent de musique accueillit les trois gaillards. Jax songea, durant une seconde, qu’ils étaient peut-être trop âgés pour se fondre dans cette masse de lycéens, qu’on les repèrerait à dix kilomètres et qu’on se foutrait de leur gueule. Mais cela ne semblait pas effleurer l’esprit de Trent et Jake qui s’empressèrent de s’immerger parmi les adolescents – tous des gosses de riches, ou presque – tandis que Jax restait prostré sur le seuil de la vaste demeure. Il avait l’impression de profaner les lieux de sa présence, il détestait les bains de foule et, par-dessus tout, il redoutait de tomber nez-à-nez avec le propriétaire des lieux. D’un regard, Jax balaya le décor qui s’offrait à lui et quand il vit Trent lui adresser un regard surpris, Jax haussa les épaules.
- Je vais pisser, dit-il en guise d’échappatoire et il tourna les talons pour s’enfoncer dans un couloir, comme s’il savait où il allait alors qu’il n’en avait strictement aucune idée.
Il suivit son instinct en se faufilant parmi les jeunes fêtards et jugea qu’il devait sûrement y avoir une salle de bain à l’étage. Bran, à n’en pas douter, devait parader parmi ses invités et Jax n’aurait plus qu’à s’éclipser discrètement pour aller attendre dans la voiture que Jake et Trent ait fini de se saouler, à moins qu’il ne rentre à pieds. Après tout, ça ne serait pas la première fois.
Le jeune homme s’aventura dans un couloir désert et entreprit d’entrouvrir les portes, en quête de celle qui cachait les toilettes. Il ne savait pas pourquoi il marchait ainsi, avec la prudence d’un chat qui erre sur un territoire qui n’est pas le sien et redoute de tomber nez-à-nez avec le matou du coin. Mais l’essentiel de la fête se passait au rez-de-chaussée et tous les sons étaient étouffés, la musique comme le brouhaha inintelligible des conversations éméchées. Il poursuivit son exploration, non sans s’arrêter pour observer les cadres qui ornaient les murs et dans lesquels la famille parfaite souriait de toutes ses dents blanches et régulières, avec leurs cheveux bien coupés et coiffés, avec des tenues qui, à elles seules, Jax en était persuadé, coûtaient autant que le loyer de son appartement – si pas plus. S’il n’avait pas eu l’opportunité de voir le spécimen devant lui, Jax se serait certainement dit que Brandon Rose était un gamin photoshoppé pour s’insérer naturellement sur le papier glacé. Mais Bran était aussi douloureusement parfait que ce que montraient ces photographies et Jax le savait parfaitement.
L’ouvrier poussa une nouvelle porte, espérant enfin tomber sur la salle de bain et se demandant combien de pièces renfermait cette demeure, mais elle s’écarta pour révéler l’antre du petit démon. Jax eut un temps d’arrêt et fixa la chambre qui, sans surprise, reflétait aisément la personnalité de Bran. Il sut d’emblée qu’il aurait dû refermer la porte, repartir à la recherche des toilettes ou, encore mieux, déguerpir immédiatement pour quitter la propriété. Mais au lieu de s’éloigner, il pénétra lentement dans la pièce silencieuse où aucun élément extérieur ne semblait avoir de prise. Précautionneusement, comme il l’aurait fait lors d’une visite au musée, Jax s’approcha des étagères et entreprit d’en détailler les objets. Chacun d’eux représentait quelque chose pour Bran, chacun d’eux faisait partie de Bran et, sans réfléchir, Jax s’empara d’un petit trophée qu’il tourna pour lire l’inscription. Son pouce passa sur les lettres gravées, comme une caresse distraite et il reposa la coupe à l’endroit où il l’avait prise avant de lever le nez pour poursuivre sa découverte. Son regard tomba sur une photo où Bran posait avec ses copains, où tous trois arboraient les couleurs d’Edgewater et le jeune homme émit un petit soupir teinté d’amusement. Tout à sa contemplation, il en oublia qu’il avait outrepassé son droit en pénétrant dans la chambre, il en oublia qu’il n’était pas seul dans la maison. Il en oublia qu’il pouvait croiser le trouble-fête qui hantait ses lieux.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:36

Brandon Rose a écrit:
bran + jax
Cause every time I'm with you, I go into a zone
And I remember all the places you wanna go
Take me all the way
Ain't nobody gonna touch it, touch it, touch it
'Cause every time I see you, I don't wanna behave
I'm tired of being patient, so let's pick up the pace
Take me all the way

@ariana grande - touch it.

Comme aurait dit Alfie : another night, another party.
Assis sur l’un des luxueux canapés en cuir qui meublaient son salon, Bran observait le monde bouger autour de lui, sans lui. Il était pourtant le centre de l’attention – la discussion portait, encore et toujours sur les performances sportives de la saison pour Edgewater – mais il ne participait pas vraiment, se contentant de ce sourire énigmatique et d’un mot bien placé, d’une pirouette habile qui faisait toujours repartir la conversation sans jamais l’inclure totalement. C’était son talent, qui lui permettait d’être là sans être là, de faire acte de présence sans pour autant avoir à discuter avec qui que ce soit. Dans ces moments-là, ses yeux glissaient partout sur ce qui l’entourait, mais ne s’accrochaient jamais sur rien.
Il connaissait le salon par cœur. Sa belle-mère avait beau changé la décoration tous les six mois – comme il était de bon ton de le faire – c’était toujours les mêmes scènes qui se reproduisaient lorsque ses parents quittaient la ville pour quelques temps. Quand la maison de Mac n’était pas disponible, Alfie réquisitionnait la luxueuse demeure des Rose. Avec les beaux jours qui arrivaient, les plus audacieux – des couples sur le point de se faire, ou d’autres cherchant simplement à se rincer l’œil – tentaient un plongeon dans la piscine encore fraîche. La plupart des invités – des lycéens, des amis d’Izzy qui considéraient la marmaille d’un œil blasé, des inconnus au bataillon qu’on ne reverrait jamais si ce n’est sur des photos vite effacées – était restée bien à l’abri, entre les murs précieux qu’on avait vidé pour l’occasion des tableaux onéreux et autres ornements hors de prix. Bran, bien entendu, n’avait pas levé le petit doigt : il avait à sa disposition une cour toute disposée à lui plaire et s’était contenté de donner des ordres – un autre art subtil dans lequel il excellait, car jamais ses serviteurs ne se doutaient qu’ils obéissaient aux desiderata d’un gamin effronté. Satisfait du résultat, Bran s’était servi un verre, puis deux, et la saveur sucrée du cocktail fruité lui collait sur le bout de la langue depuis une bonne heure déjà. Autour de lui, la soirée avait pris son rythme de croisière : un couple s’embrassait sur le canapé tandis qu’un autre se disputait dans un coin. Des photos étaient prises, des blagues étaient faites, la musique résonnait fort, presque étouffée par le bruit des conversations et des voix élevées pour couvrir le bruit de fond qui ne faisait qu’augmenter.
Ce n’était pas la pire fête, mais ce n’était pas la meilleure non plus, songea Bran alors que ses camarades répétaient pour la énième fois à quel point ils étaient certains qu’Edgewater allait battre le lycée public de Windmont. Il avait connu de soirées plus folles. Devenait-il blasé, à tout juste dix-huit ans ? Ou était-il en train de perdre le goût de tout ça ? Ou était-ce juste ce soir qu’il ne parvenait pas à vaincre l’ennui, à le combler d’alcool ? Sans prévenir, il se leva et tous les regards se tournèrent vers lui, vaguement inquiets, interrogateurs. Bran leur décocha un sourire et les rassura d’un geste de la main. « Je reviens. » assura-t-il, sans savoir où il allait ni pourquoi son corps avait précédé sa pensée. Soudain, il ne pouvait plus être dans le salon : il étouffait sous l’odeur de la cigarette, dans la chaleur des corps qui se rapprochaient de plus en plus. Il ignora les réclamations de plusieurs de ses camarades et leur tourna le dos pour se diriger vers l’étage, là où normalement personne n’avait le droit d’aller – pas même ceux qui voulaient se bécoter, car pour ça, il y avait les transats autour de la piscine et la dépendance au fond du jardin. En quelques minutes, la musique fut amoindrie, l’atmosphère plus respirable et Bran respira un grand coup. Il ressentait un vide ce soir, un vide inexplicable mais qui se faisait de plus en plus fréquent et il se dirigea vers la salle de bain attenante à la chambre d’Izzy pour en absorber la fraîcheur et l’odeur de propre qui le rassurait toujours. C’était idiot, il le savait. Mais ça fonctionnait, depuis qu’il était tout gamin, de s’asseoir sur le rebord de la baignoire, de poser ses mains sur le marbre glacé et de laisser, pendant quelques minutes, le froid et l’odeur des produits nettoyants faire leur œuvre, comme s’ils avaient le pouvoir de décaper son âme aussi bien qu’ils le faisaient avec les surfaces lisses et brillantes de la pièce. Il ferma les yeux, leva la tête : en bas, le monde tournait sans lui et c’était aussi réconfortant que terrifiant. Bientôt, il ne serait plus là. Bientôt, il ne serait plus un visage indispensable, admiré, craint : peut-être était-ce qui creusait ses entrailles, ou peut-être était-ce tout le reste. Aucun moyen de savoir tant qu’il n’était pas parti.
Il rouvrit les yeux : le temps avait continué d’avancer, sans qu’il n’ait aucune idée de l’heure qu’il était ou de combien de temps il était resté là. Quoiqu’il en soit, il se sentait un peu mieux et il se releva, jetant un coup d’œil au miroir qui lui renvoya ses yeux bleus et ses tâches de rousseur. Il détourna le regard, cependant, et préféra sortir plutôt que de s’appesantir sur des choses qu’il connaissait déjà.
C’est en sortant que son regard capta du mouvement. Une haute et longue silhouette, aux épaules bien dessinées, une silhouette qu’il connaissait et qui pénétrait dans sa chambre. Ebahi, Bran se demanda s’il n’avait pas rêvé. Mais non, c’était bien Jax Beauchamp qu’il venait de voir s’infiltrer dans ce qu’il considérait être son sanctuaire et son cœur se mit immédiatement à cogner dans sa poitrine. Une onde de colère gémit dans ses veines, traversées également de ces picotements familiers. Il attendit une minute ou deux – peut-être que l’ouvrier allait réaliser la grossière erreur qu’il était en train de commettre et sortir aussitôt. Mais ce ne fut pas le cas. Et Bran fut bien obligé d’agir. A pas de loup, il se glissa dans l’encadrement de la porte et s’appuya nonchalamment, les bras croisés, observant le manège incompréhensible de son aîné. Le nœud dans ses entrailles se resserra lorsqu’il vit Jax poser la main sur l’un de ses trophées – entre tous, il avait fallu qu’il choisisse celui où Bran était arrivé second ?! – puis se concentrer sur une photo qui datait déjà de deux ans. L’ouvrier lui tournait le dos et Bran bondit sur l’occasion, comme une panthère sur sa misérable proie. « C’est une habitude, chez toi, non ? D’être là où tu ne devrais pas ? » De là où il était, il eut tout le loisir de savourer son petit effet et un sourire aussi délicat qu’un coup de griffe érafla sa bouche. Lentement, il déroula ses bras et tourna définitivement le dos au palier, à l’escalier, à tout ce qui se passait en bas, persuadé d’être maître du jeu alors qu’il sonnait déjà sa reddition. N’était-ce pas un choix, déjà ? N’aurait-il pas dû descendre, aller raconter la bonne blague à ses potes ? Sans doute. Mais au lieu de ça, il dépassa l’encadrement de la porte, ne la laissant que légèrement entrouverte derrière lui, plongeant la chambre dans une pénombre encore plus relative. Il n’aimait pas le noir, alors ses volets étaient constamment ouverts sur le ciel et les lumières au-dehors – étoiles et lampadaires mêlés – suffisaient amplement à jeter un voile irisé sur l’effraction de Jax. « Ça va, tu survis ? Ou c’est trop gosse de riche pour toi, tout ça ? » Sa voix, sous le voile velouté, était moqueuse. Il n’avait pas oublié les derniers mots qu’ils s’étaient jetés au visage. Pourquoi fallait-il que Jax soit là ? Pourquoi toujours au mauvais endroit, au mauvais moment ? Il approcha de l’étagère où était étalée toute sa gloire, toutes ses victoires ; aucune n’était aussi savoureuse que celle-ci, alors qu’il prenait Jax la main dans le sac. Mais la main dans le sac à quoi ? Clairement, il n’était pas là pour voler quoi que ce soit. Alors qu’est-ce qui avait bien pu pousser l’ouvrier à rester dans sa chambre, à s’approprier son univers ? « Tu n’as pas le droit d’être ici. » murmura Bran. Ici. Là, tout près.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:37

Jax Beauchamp a écrit:Il sursauta, évidemment. Comme le ferait un gamin pris la main dans le sac. Son corps se raidit comme s’il avait quelque chose à se reprocher et il se maudit d’avoir été si stupide. Pourquoi avait-il fallu qu’il entre alors que son instinct sonnait clairement l’alarme ? Il savait, avant même de mettre un pied dans la pièce, que c’était une erreur de s’introduire dans celle-ci sans l’accord de son propriétaire et que, quoi qu’il fasse, l’image qu’il offrirait à être pris sur le fait ne serait pas bonne. Et c’était précisément ce qui était arrivé. Lentement, Jax se tourna pour découvrir l’adolescent qui le fixait, affichant clairement un air victorieux. Ah ! Il devait être content d’avoir une accusation à ajouter à la liste qu’il devait tenir secrètement pour l’unique plaisir d’accabler son ainé. Le gamin s’imaginait-il qu’il était là pour lui subtiliser quoi que ce soit ? Allait-il faire l’inventaire de chaque objet que contenait cette pièce pour voir duquel le rat des champs avait pu s’emparer ? Jax le jaugea d’un regard indéchiffrable, comme s’il évaluait le danger ou cherchait à percer l’esprit du garnement.
Bran s’avança dans sa chambre et la porte, unique sortie de secours, ne forma plus qu’un entrebâillement dans son dos. N’aurait-il pas dû, au contraire, l’ouvrir en grand, pour s’assurer de pouvoir s’échapper si l’ouvrier se mettait en tête de lui faire ravaler son sourire narquois ? N’avait-il pas, depuis l’altercation, compris qu’il n’avait pas affaire à l’un de ses camarades ? Jax aurait pu tout aussi bien dire la vérité : déclarer avoir cherché les toilettes, s’être perdu dans le dédale de pièces, ne pas avoir eu l’intention de s’immiscer dans son intimité. Mais pourquoi était-il entré, alors ? Parce qu’il n’avait pas pu résister ? Parce qu’il voulait entrevoir ce qui se passait au-delà de ces murs, dans cet univers qui lui était d’habitude interdit, qui n’était laissé qu’à son imagination ? Ou parce qu’il voulait justement pouvoir se figurer Bran évoluer dans sa chambre, fermer les yeux et l’imaginer installé à son bureau, penché sur ses cours ? Il avait pourtant eu un aperçu de cet endroit, il n’avait eu qu’à se connecter sur mazebird pour voir tout ce pan de vie que Bran livrait au reste du monde, sans la moindre pudeur. Et si c’était justement ce qu’il ne montrait pas que Jax voulait voir ? Se convaincre qu’il n’était pas bêtement attiré par le sourire enjôleur du trublion, énième victime du charme de Brandon Rose ?
Jax mit quelques secondes à revenir à la réalité. Au bout d’un moment, la musique étouffée perça la brume de sa distraction et il revint les pieds sur terre. Il tendit lentement le bras et alluma la petite lampe de chevet qui était posée près du bureau. La chambre s’éclaira d’un faible halo et il put mieux distinguer Bran.
- T’as la rancune tenace, hein ? Tu me fais toujours la gueule pour l’autre soir ? lui demanda finalement Jax, l’ironie dégoulinant de sa bouche comme de la bile.  
Il observa Bran qui s’avançait vers l’étagère et son exposition de trophées.
- Je parie qu’il y a une vitrine, dans le couloir de ton lycée, où le reste de tes exploits est mis en évidence, je me trompe ?
Il n’avait aucun mal à voir le bel étalage des victoires sportives d’Edgewater, dans une jolie vitrine illuminée de toutes parts, jour et nuit, où des photos en noir et blanc présentaient peut-être le père de Bran, champion lui-même dans dieu sait quelle discipline et, en face, le garnement au sourire de conquérant, illustré pour les décennies à venir. Celui du lycée où Jax avait été, il n’avait jamais payé de mine et il fallait régulièrement remplacer les vitres fissurées par les coups qu’elles recevaient de garçons frustrés et peu impressionnés par les résultats de leur équipe locale.
Tu n’as pas le droit d’être ici. Jax détourna les yeux, blessé malgré lui, alors qu’il savait que Bran avait raison. Il n’avait pas à s’immiscer dans sa chambre, il n’avait pas à le traiter comme il le faisait, même s’il ne pouvait pas s’en empêcher. C’était comme si Bran avait un don inné pour lui courir sur les nerfs et jouer avec comme un sale petit lutin.
- Right, répliqua-t-il simplement, sans pour autant faire mine de s’en aller. Pas de chance pour toi et moi : je suis coincé là jusqu’à ce que mes potes se décident à lever le camp.
C’était partiellement vrai. S’il avait vraiment voulu s’en aller, il aurait pu le faire. Il aurait dû se résoudre à rentrer à pieds mais rien qui ne soit insurmontable vu le nombre de fois où il avait été contraint de le faire. Comme cette fois-là, eut-il envie de dire, sachant que Bran saurait précisément à quoi il faisait allusion. Mais ce souvenir n’avait plus lieu d’être entre eux.
- Mais c’est bon, je débarrasse le plancher, je ne voudrais pas que ta petite caverne d’Ali Baba soit souillée par ma présence.
Il agita la main, l’air de dire voilà, t’es content ? et s’avança vers Bran, puisqu’il se trouvait juste dans le chemin.
- Tu bouges ? T’espères quand même pas que je sorte par la fenêtre ?
Un courant électrique le traversa alors qu’il ne se trouvait qu’à un mètre de Bran. Il n’aurait eu qu’à tendre le bras pour le toucher – ou le pousser sans ménagement – mais il se sentit bien incapable de faire l’un ou l’autre. Tout ce qu’il parvint à faire, c’est offrir un regard impénétrable à l’impudent, attendant qu’il fasse un pas de côté pour quitter son territoire. Une fois de plus. Etrange ritournelle qui ne cessait de se répéter, songea-t-il amèrement, sans savoir quoi faire pour mettre fin à ce cercle infernal et vicieux. Mais c’était peut-être ainsi. Jax aurait dû s’y faire depuis longtemps et cela aurait sûrement été aisé s’il n’avait pas été irrémédiablement attiré par le diablotin et si, à chaque fois qu’il posait les yeux sur ce dernier, son ventre ne s’était pas amusé à lui donner l’impression d’enchainer les loopings.
- Peut-être qu’on devrait établir une carte. Tu pourras y préciser tous les endroits où je ne suis pas supposé être. Ça me facilitera la vie.
Mais allait-il se taire, bon sang ? Combien de conneries allait-il encore pouvoir sortir avant d’avoir franchi le seuil de la chambre. C’était toutefois un mécanisme de défense comme un autre. Prétendre que rien de tout cela ne le touchait était plus facile que d’admettre ce qui l’agitait et s’inscrivait dans son cœur à vif.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:37

Brandon Rose a écrit:C’était irréel de le voir là, Jax, au milieu de cette chambre vaguement désordonnée – l’ordinateur portable traînait sur le lit légèrement défait, des feuilles étaient éparpillées sur le bureau (vestiges d’un devoir de sciences ? ou d’anglais ?), le blouson aux couleurs d’Egdgewater avait été jeté négligemment en travers de la chaise. Les étagères étaient méticuleusement rangées, en revanche, époussetées tous les jours par la femme de ménage qui avait reçu des instructions précises de la part de Rose Sr. Maintenant que Jax se tenait là, au milieu de ce sanctuaire dédié, Bran avait l’impression de voir son espace à travers les yeux de l’ouvrier. Leur dernière discussion était encore gravée dans son esprit, cuisante, humiliante ; que pouvait-il bien penser de tous ces trophées rutilants, brillante démonstration du fossé qui les séparait ? Bran avait chéri ces trophées pendant des années, et voilà qu’il les trouvait ridicules, gênants. Les mots de Jax l’avaient-ils atteint à ce point ? Pourquoi se sentait-il soudain mal à l’aise dans sa propre chambre, comme si c’était celle…
Celle d’un étranger.
Un étranger qui avait vécu une vie à sa place, une vie à des années-lumière de ce qu’il voulait, de ce qu’il était, une vie qu’il sentait lui échapper et qu’il avait peur de voir s’ouvrir sur du vide. Voilà l’image que Jax lui renvoyait, l’image en négatif de ce qu’il était et c’était ça qui provoquait chez Bran cette réaction épidermique, viscérale. Et puis, il y avait ces longues épaules fines et robustes, mais ça, c’était autre chose, il ne voulait pas y penser. Jax alluma la lumière et la pénombre disparut pour laisser place à une lueur parsemée qui jetait des petits éclats de lumière sur l’ouvrier sans en arrondir les angles escarpés, et Bran se sentit une nouvelle fois aspiré par ces grands yeux nuageux. Toute la fraîcheur qu’il avait pu éprouver quelques minutes auparavant, dans la solitude de la salle de bain, s’évapora et ses tempes se mirent à chauffer. Le marbre immaculé de ses joues prit une teinte presque pastel et il plissa les yeux lorsque les mots de Jax vinrent le heurter comme une gifle. La rancune tenace ? C’était un euphémisme. Brandon Rose n’oubliait rien, ne laissait rien passer, et surtout pas les divagations moqueuses de Jax Beauchamp. Il l’avait détesté, ce soir-là, de le faire se sentir aussi idiot, aussi enfantin. Dans la bouche de Jax, ses doutes avaient été balayés, mis de côté comme s’ils n’existaient pas. Il aurait voulu que l’ouvrier lui dise qu’il avait raison d’être mort de trouille, qu’il avait le droit de ne pas tout savoir. Mais pourquoi Jax aurait-il pris une telle peine ? Bran n’avait qu’à lui jeter un regard pour savoir tout ce que son aîné pensait de lui. Tout le mépris, tout le dédain que Jax avait pour lui et pour son monde, tout était là, concentré entre eux dans cette tension électrique.
Pourquoi était-il là, alors ?
S’était-il posé la même question, lorsque Bran était venu s’asseoir à sa table quelques jours plus tôt ? Sûrement. Si seulement cet âne bâté avait eu un peu de subtilité, un peu d’intelligence émotionnelle comme le pérorait leur professeur de littérature à chaque fois qu’elle s’extasiait devant une obscure ligne d’un poète encore plus obscur, peut-être aurait-ce été différent. Peut-être qu’ils n’en seraient pas là, se regarder en chiens de faïence dans la chambre de Bran alors qu’en-dessous d’eux, le monde continuait de tourner, avec sa musique, ses plaisirs idiots, ses drames adolescents qui paraîtraient idiots des années plus tard. Et eux, alors ? Où seraient-ils dans cinq ou dix ans ? Auraient-ils oublié cette querelle idiote, cet affrontement sans aucun sens ? Auraient-ils même oublié jusqu’au prénom l’un de l’autre alors qu’à cette seconde, les trois lettres pulsaient dans l’esprit de Bran comme un néon aveuglant ? « Je ne me souviens pas avoir invité tes potes. » répliqua-t-il, péremptoire, face à la piteuse tentative d’explication de l’ouvrier. A vrai dire, il n’avait invité personne – il ne le faisait jamais – c’était Alfie qui s’occupait de la partie logistique ; lui se contentait de se montrer et de saluer la foule en délire. Néanmoins, il ne pouvait pas dire à Jax, pas lui expliquer à quel point son ventre s’embrasait à le voir ici – de colère ou d’autre chose - il ne pouvait pas lui dire à quel point, malgré tout ce qui s’était passé entre eux, il était satisfait de le trouver là, comme d’habitude là où on ne l’attendait pas. Même s’il était toujours aussi insupportable, même s’il prenait toujours Bran à rebrousse-poil. « Tout de suite les grands mots.  » lâcha-t-il avec agacement, quand en vérité, tout ce qu’il avait envie de faire, c’était sourire. Souillé ? Comme s’il avait ce pouvoir-là… Jax avança brusquement vers lui mais Bran ne bougea pas d’un pouce, se contentant de hausser un sourcil circonspect et considéra Jax de haut en bas, l’air sceptique. Pourquoi autorisait-il ce grand échalas à l’impressionner autant, au juste ? Oui, il avait de jolies épaules ; oui, ses yeux étaient de plus en plus déstabilisants au fur et à mesure que Bran les observait et oui, tout ce qui sortait de sa bouche, Bran le prenait à cœur comme s’il s’agissait d’une parole divine, mais vraiment ? Etait-ce bien nécessaire, bien sérieux de le laisser avoir autant de pouvoir quand très clairement, il aurait dû se foutre de Jax Beauchamp comme de sa première chemise Prada ? Surtout quand il émettait des idées aussi farfelues que celle qu’il venait d’exprimer ? Bran leva les yeux au ciel et enfin, bougea pour venir s’appuyer sur son bureau, les bras croisés. « Tu serais capable de la lire à l’envers exprès, juste pour ne pas avoir à m’obéir. »  Un sourire railleur caressa ses lèvres alors qu’il appuyait à peine sur ce dernier mot. Jax Beauchamp, lui obéir ? Lui céder ?  Sa nuque crépita et ses doigts fourmillèrent comme ils l’avaient fait lorsqu’il s’était approché d’un peu trop près, au diner. Voilà quelque chose qu’il aimerait voir. Il s’installa un peu plus confortablement sur son bureau – mais pas trop tout de même, car il était diablement conscient de leur différence de taille et il ne voulait pas que Jax ne le voie battre des pieds dans le vide – et s’étira, avant de reposer un regard tranquille sur l’ouvrier qui ne s’était toujours pas éclipsé. Toujours là, Beauchamp ? « Bon. Puisque tu es coincé ici et que je n’ai pas la moindre envie d’aller faire semblant en bas, trouvons quelque chose à faire. » proposa-t-il d’une voix flûtée, comme si une fois de plus, se retrouver seuls, à l’écart du monde, avait un sens.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:38

Jax Beauchamp a écrit:Et ce qui s’agitait dans son ventre, c’étaient des chenilles. Des vers, aurait-il même dit pour les décrire. Mais les vers ne se transformaient pas en papillons et c’était bien une nuée de ceux-ci qui battaient de leurs ailes délicates, provoquant toute une série de sensations neuves chez Jax. Oh, l’attraction, le désir sexuel, il connaissait par cœur, il n’avait pas peur de s’y abandonner. Mais l’avantage de celui-ci, du moins Jax l’avait cru jusqu’à présent, c’était qu’il n’était nullement question de s’attacher, ni de s’investir. Il passait à l’acte, repartait dans la nuit, oubliait le type qu’il avait serré, n’aspirait aucunement à le revoir. C’était un accord tacite qu’il avait eu à chaque fois et aucun n’avait cherché à le retrouver en retour. Avec Bran, cependant, Jax se trouvait complètement désorienté. Attiré par le gamin, foutrement oui, mais pourquoi se bornait-il à ce jeu de provocation ? Parce qu’il n’avait aucune assurance que l’adolescent puisse éprouver la même attirance ? Cela ne pouvait pas se résumer à cela, même si cela devait jouer un peu. Parce qu’il aimait se faire laminer par la petite langue de vipère de ce gosse de riche ? Certainement pas. Parce qu’il ne savait pas comment s’y prendre avec Bran ? Pas de doute là-dessus. Ou parce qu’il avait peur ? Mais peur de quoi ? De se prendre un râteau ? De voir le rêve s’effriter s’il le touchait vraiment ? Pour cela, il aurait fallu que l’ouvrier ait cette sensibilité là mais, lui, tout ce à quoi il pouvait se fier, c’était ce nœud inextricable qui s’était formé dans son ventre et qui ne cessait de grandir – et à une vitesse d’autant plus exponentielle depuis que leurs mondes étaient entrés en collision. Jusqu’au soir du gymnase, Brandon Rose n’avait été qu’une chimère, un rêve éveillé et lointain dont se berçait un garçon solitaire. Depuis, l’adolescent avait pris corps. Il avait désormais une réalité, une odeur, une lueur dans le regard, une onctuosité dans la voix, même lorsqu’il proférait des horreurs. Et Jax songeait, en regardant l’énergumène, qu’il était tombé dans le panneau. Comme un bleu. Big time.
Mais il voulait bien se laisser berner si c’était pour continuer à sentir ce vent chaud souffler dans son corps, écouter son cœur battre plus fort, plus vite, plus brutalement, déceler les picotements dans ses doigts à l’idée d’effleurer la peau satinée du gamin. Il devait cesser tout de suite ces divagations, partir au plus vite, pour ne pas se ridiculiser plus qu’il ne le faisait déjà, mais ses pieds refusaient de lui obéir et le seuil lui paraissait tout à coup une frontière infranchissable. Seul un ordre furieux de l’impudent pourrait le pousser à s’en aller. Ça, ou une remarque assassine dont lui seul avait le secret.
- Fallait recevoir un carton d’invitation, peut-être ? ironisa Jax.
Ces fêtes, elles étaient un secret de polichinelle. Toute le monde était au courant de leur existence, il suffisait d’avoir accès à un réseau social et d’avoir le culot de s’y inviter. Ce dont Jax et ses potes ne manquaient pas en général, même si, dans ce cas-ci, assurément, si Jax avait su où ils allaient, il aurait trouvé une parade pour y échapper. Ça n’était pas seulement l’idée de tomber nez-à-nez avec Bran qui l’y aurait poussé, mais également tous les souvenirs qu’il associait à cette large propriété qui puait le luxe et lui donnait le sentiment d’empester la misère. Le fait qu’il s’y soit également fait casser la figure par son propre père n’aidant évidemment pas à atténuer la douleur de son égo éraflé.
Tout de suite les grands mots. Jax haussa les épaules avec la désinvolture d’un gamin de quinze ans. Et alors ? Les grands mots, ça le connaissait, le trublion, non ? N’en usait-il pas de sa bouche narquoise ? Ne se régalait-il pas à ratatiner l’orgueil de son ainé en appuyant précisément là où cela faisait mal ? En lui rappelant d’où il venait ? Mais Jax n’avait pas envie d’aborder ce sujet vu et revu, ils en avaient fait le tour. Alors l’ouvrier crânait, sortait les premières choses qui lui passait par la tête – vraiment ? le coup de la carte pour définir leurs territoires respectifs ? – et perdait toute maitrise de lui-même.
La voie se libéra quand Bran s’écarta pour s’installer sur son bureau et Jax jeta un œil au couloir plongé dans le noir, un faible halo trahissant la lumière qui brillait au fond de celui-ci. En deux pas, il aurait pu être hors de celle-ci ; en deux minutes, il pourrait être dehors ; en deux heures, il pourrait être vautré dans son canapé usé. Et en deux secondes, son attention revint au trouble-fête qui décréta qu’il serait bien capable de la lire à l’envers exprès. Jax jaugea Bran comme s’il devait y lire une allusion à l’autre soir, à sa dyslexie qui n’avait pas échappée à l’adolescent. Mais s’il était évident que le garçon se payait sa tête, Jax ne pouvait pas dire sur quel point exactement et il plissa légèrement les paupières, comme si cela allait lui permettre de voir ce qu’il se tramait dans l’esprit de Bran. Un léger sourire chatouilla toutefois ses lèvres à la dernière remarque de l’impudent et Jax émit un son indescriptible, qui oscillait entre grondement et ronronnement.
- Faire semblant ? répéta-t-il, narquoisement.
L’ouvrier ne se fit pas prier, tournant le dos à la porte, sa seule échappatoire, il contourna le lit défait et s’approcha de la fenêtre qu’il entrebâilla. Aussitôt, la musique qui résonnait dans le jardin se glissa avec eux dans la chambre et l’air frais de la nuit vint caresser le visage de Jax. Il observa un instant le jardin, tenta tant bien que mal de l’imaginer à la lumière du jour, de s’y voir évoluer, dans des vêtements informes, tachés, avec des auréoles de sueur dans le cou et aux aisselles, puis son regard glissa vers la piscine et, là, il n’eut aucun mal à se figurer le corps luisant et vigoureux de Bran. Combien de fois ne se l’était-il pas représenté, aussi ?
- C’est marrant. Quand je travaillais dans ton jardin, je n’arrivais pas à m’imaginer comment cela pouvait être à l’intérieur. C’était comme si ça n’existait pas, que c’était juste une façade et qu’en vrai, il n’y avait rien derrière les murs et les fenêtres. Rien que le néant. Un décor en carton-pâte comme on voit dans les pièces de théâtre.
D’où sortait cet aveu saugrenu ? Comme bien des choses ces derniers temps, il semblait extorqué par la seule présence de Bran. Le fait qu’ils soient en tête-à-tête, peut-être, sans personne pour capter l’attention de Bran qui n’avait d’autre choix que de se concentrer sur le rat des champs.
Jax décocha un sourire étrange à Bran, comme s’il ne savait pas s’il était cynique ou non. Tournant le dos à la fenêtre et à son panorama, Jax s’installa sur l’appui de fenêtre et tapota du bout des doigts le bord de celui-ci.
- Alors ? Ça s’est finalement arrangé, avec ta gonzesse ? Elle est pas là, ce soir ? Ou c’est elle que tu fuis ?
Alors même que les mots sortaient, Jax aurait voulu les ravaler. Pourquoi fallait-il qu’il amène ce sujet sur le tapis ? C’était simple, en vérité. Il ne savait finalement pas grand-chose de Bran. Il ne savait rien de ce qu’il aimait ou détestait, avait pu entrevoir les doutes qui assaillaient l’adolescent mais s’était arrangé pour retourner cette connaissance contre lui. De quoi aurait-il pu lui parler sinon de ces quelques éléments qu’il avait pu picorer au fil de leurs dernières discussions ?
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:38

Brandon Rose a écrit:Jax aurait pu partir, mais il ne l’avait pas fait et de ça, Bran était reconnaissant, presque trop, alors que son cœur lui échappait, que son esprit abandonnait peu à peu toute emprise sur le réel. Il y avait toujours ce genre de moments, pendant les fêtes, les moments où il s’écartait à la foule dense et brûlante, et qu’un silence relatif retombait autour de lui. Il était au milieu du monde, tout allait bien, il riait, il souriait, il embrassait Aspen et la seconde d’après… La seconde d’après, il n’était plus là. Le monde s’abandonnait à lui, lui échappait et il n’y avait qu’en s’isolant qu’il parvenait, petit à petit, à reprendre pied. Et ce soir, c’était Jax qui était là, terriblement réel. Son corps, sa bouche, sa voix : tout était bien là, quantifiable, atteignable s’il osait tendre la main. Pourquoi tu ferais ça ? soufflait une voix, raisonnable, méfiante, arrogante. La voix qui lui avait toujours intimé de se tenir à l’écart, de rester loin de Jax parce qu’il était différent et dangereux, qu’il pouvait l’entraîner vers le danger et la déviation et tout ce contre quoi il avait été suffisamment prévenu. Et en même temps, oh, ses doigts picotaient si fort, et c’était si doux, si bon de le regarder s’approcher, de le voir trancher son univers à coup de poignard subtil – ce caractère frondeur et brutal, qui heurtait autant qu’il réveillait, qu’il ébranlait.  Un plaisir étrange que Bran ne pouvait s’empêcher d’éprouver. Comme si son univers ne demandait qu’à être détruit, saccagé, comme s’il était entouré de murs et que Jax les démolissait à coups de maillet, chaque choc créant une onde, une vibration qui venait le bousculer. Une fracture exquise. Une fracture nécessaire.
Fracture, aussi, dans son sourire d’ange lorsque Jax répéta faire semblant ?, son visage prenant brièvement l’expression d’un renard. Bran détourna brièvement les yeux, cette fois bien persuadé d’être revenu au réel. Faire semblant, ouais, toujours faire semblant d’être là, d’être bien, faire semblant de savoir où il allait, de savoir qui il était, faire semblant de connaître tel ou tel visage, de s’intéresser à telle ou telle histoire. Faire semblant, oui, et Bran se dit que Jax devait être familier de cette sensation. Lui aussi, il l’avait forcément mis ce masque, à l’école, devant sa petite sœur, avec une fille qu’il aimait bien. Bran l’observa, se demanda s’il le portait en ce moment même, si avec Bran il était aussi sur ses gardes ou si l’ouvrier laissait tomber un peu l’ombre. Impossible de le savoir, de capter quoi que ce soit dans ce visage sombre qui se détournait de lui pour aller s’offrir à la lueur de la lune et à la fraîcheur de la nuit. Ebahi, Bran l’observa s’approprier sa chambre sans la moindre gêne, comme s’il était chez lui – et soudain, il se souvint que oui, chez lui, c’était un peu chez Jax aussi. Il avait été là, souvent, une ombre parmi les ombres, évoluant dans le jardin tandis que lui s’endormait près de la piscine, son corps entrelacé avec celui d’Aspen, le soleil nourrissant leurs peaux d’un hâle moiré. Ils étaient de ceux qui ne prenaient jamais de coups de soleil, de ceux qui pouvaient s’ébattre pendant des heureux dans l’eau et en ressortir aussi lisses et brillants que de la pierre polie. Ils étaient de ceux qui ne voyaient jamais l’injustice de la situation, de ceux qui vivaient pour le soleil et par lui.
Mais Jax, lui, était la pluie. Pire, il était l’orage. Il éclatait sur Bran avec la même violence et la même soudaineté, et le laissait tout aussi surpris, démuni. Comme maintenant, alors qu’il évoquait avec désinvolture ses souvenirs d’étés laborieux. Bran savait ce que Jax avait voulu dire – du moins, il le croyait – et pourtant, cela n’empêcha pas qu’il accuse le coup. Il se mordit la lèvre, retenant la réplique assassine qui serpenta pourtant jusqu’au bout de sa langue et détourna les yeux avec humeur, boudeur comme un enfant, les bras croisés, le soupir excédé ne cachant rien de ce qu’il pensait. Et Jax n’arrangea rien, comme si cet idiot prenait plaisir à s’enfoncer, à faire débouler sur le tapis des sujets que Bran n’avait pas la moindre envie d’évoquer. Pourquoi fallait-il que ce soit systématique avec Jax  ? Où trouvait-il cette prodigieuse capacité à se montrer incroyablement obtus ? Cette fois, Bran sentit qu’il en allait de son honneur de ne pas répondre et il darda des yeux furibonds sur Jax. « Je n’ai pas envie de parler d’elle. Et ce n’est pas une gonzesse, c’est une fille. Et je ne fuis personne. » murmura-t-il, boudeur et ombrageux tout à coup. Pourquoi fallait-il qu’il l’ait ramené dans la conversation ? Il ne voulait pas évoquer sa petite amie. Il ne voulait pas qu’elle s’immisce jusque-là, dans sa chambre.  Elle était ailleurs ; qu’elle y reste, pour le moment. Ce soir, il voulait être détaché (libre ?).
Il hésita quelques secondes, puis s’approcha de la fenêtre à son tour, et s’assit sur le rebord. Pas de l’autre côté, non, alors qu’il aurait pu chercher à mettre de l’écart entre eux. Non, juste assez proches pour qu’ils se touchent presque, comme au diner lorsqu’il s’était approché et que Jax l’avait chassé immédiatement. Serait-ce encore le cas ce soir ? Bran n’osa pas le regarder, pas tout à fait, et il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Dans le jardin, des couples se formaient, des petits groupes riaient et fumaient. La musique leur parvenait étouffée. Il faisait bon, c’était presque une nuit d’été. La colère qu’il avait éprouvé à l’encontre de Jax quelques secondes plutôt s’évapora doucement, noyée dans la douceur du soir, et à nouveau, le silence relatif s’insinua entre eux. Bran ramena ses prunelles glacées sur l’ouvrier, sur ses doigts qui tapotaient lentement le rebord. Certains d’entre eux étaient bandés, un détail qu’il n’avait pas remarqué dans la pénombre. Son regard resta bloqué sur la main mal en point et ses doigts se mirent à picoter tellement fort que cette fois, c’était trop tard, il n’y arriva pas. Ses tempes vrillèrent, brûlantes. Ses doigts avancèrent tout doucement, millimètre par millimètre, râpant contre le bois dans l’encadrement, jusqu’à effleurer les phalanges de Jax.
Plus léger qu’une plume.
A peine une brise, un souffle.
Bran se força à ne pas relever les yeux tout de suite, pour ne pas avoir à affronter ce qu’il craignait de lire dans les yeux de Jax. Au contraire, il s’absorba dans cette vision irréelle. Pour ne rien en perdre. Pour s’en rappeler, vivement, parfaitement. Il ne tolérerait rien d’autre.
Ses doigts contre ses doigts.
Sa main, lentement, sur la sienne.
Jax avait la peau chaude et calleuse, rugueuse.
C’était tout ce qu’il avait attendu. Tout faisait enfin sens, sa main sur la sienne, à peine posée, en suspens.
Sauf que ce n’était pas vrai, n’est-ce pas ?
Ses doigts avaient avancé, millimètre par millimètre et s’étaient arrêtés au moment où la pulpe de leurs index se rencontrèrent. Contact infime, loin de ce qu’il s’était imaginé pendant quelques secondes, les yeux rivés sur leurs mains. Les joues en feu, il garda les yeux résolument baissés, électrisé par le minuscule effleurement de leurs doigts. « Tu t’abîmes vite. » murmura-t-il. Comment s’était-il fait ça ? Voulait-il vraiment le savoir ? « Alors, maintenant que tu as vu la maison, t’en penses quoi ? » Il se foutait de sa réponse. Bientôt, il quitterait cet endroit, ça n’aurait plus d’importance. « Moi aussi, je suis en carton-pâte, c’est ça ? » Etrange sensation que d’être, pour une fois, celui qui doutait. Cette fois, il releva les yeux, et s’absorba dans ces grands yeux verts qui le dévoraient de l’intérieur.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:39

Jax Beauchamp a écrit:Fallait-il être fou pour rechercher cette compagnie quand ils passaient leur temps à se chercher des noises ? Y avait-il une part de masochisme en lui ? Ou bien était-ce l’idée délirante qu’il puisse se passer quelque chose entre eux ? Il n’y avait aucun signe, pourtant. Bran passait son temps à le railler, à pointer du doigt ce qui n’allait pas et lui, dans l’autre sens, faisait exactement pareil. La différence, c’était le talent inné qu’avait le gamin pour jouer avec les mots quand Jax avait toujours peiné à aligner les siens. Se divulguer restait un exercice périlleux auquel il ne s’essayait pratiquement jamais, pas qu’il cherche à entretenir le mystère, loin de là, il ne voulait pas jouer les ténébreux, mais c’était ainsi. Point. Ça remontait déjà au collège et même avant, quand, par exemple, il devait se lever pour faire une présentation quelconque. Les yeux qui convergeaient vers lui le tétanisaient et il préférait récolter une note merdique plutôt que de faire ce qu’on lui demandait. Autre souvenir : la fois où, à l’âge de quinze ans, ils avaient étudié brièvement la généalogie. Jax se souvenait du moment où il avait refusé tout net de faire son arbre. Parce qu’il ne voulait pas avoir à mettre une date de décès à sa mère ; parce qu’il ne voulait pas dire qu’il n’avait aucun souvenir de ses grands-parents ni n’avait aucune idée de ce qu’était leur métier ; qu’il savait vaguement qu’il avait une tante, du côté maternel et rien du côté paternel. Il avait eu un beau zéro pointé et une raclée en rentrant. Mais quand il avait rétorqué à son père pourquoi il avait véritablement refusé de se prêter au jeu, son géniteur n’avait pas moufté. Ce qui ne l’avait cependant pas empêché de donner un dernier coup, juste pour la forme. Et les autres ? Ce n’était certainement pas avec ses potes qu’il allait s’aventurer sur ces terrains de l’intimité. Quant à Riley, elle savait bien des choses sans qu’ils aient eu le besoin de les évoquer à voix haute. Alors c’était peut-être cela que Jax recherchait auprès de l’impertinent, passant outre les provocations, les vexations, préférant se concentrer sur les remous de son âme et de son cœur plutôt que sur son orgueil mal en point.
La réponse de Bran, boudeuse, fit naitre un sourire au coin des lèvres de l’ouvrier. Comme si, tout à coup, l’adolescent lui rappelait l’âge qu’il avait. Jax lui jeta un coup d’œil et constata à quel point Bran semblait jeune, dans cette lumière tamisée, dans cette chambre d’élève studieux, dans cette pose renfrognée. Pouvait-il cependant s’attendre à une autre réaction quand il s’était plus ou moins attaqué à la demoiselle qui partageait la vie de Bran, qui connaissait bien mieux ce dernier que lui ? Elle, au moins, saurait quels sujets aborder, lesquels éviter, ceux qui le passionnaient, ceux qui embrasaient son regard d’une énergie folle. Elle saurait quel geste avoir pour l’apaiser, pour le faire sourire. Et cette amère constatation ramena Jax à une contemplation absente du sol de la chambre, tandis que les talons de ses chaussures heurtaient doucement le mur.
- Comme tu veux, déclara Jax.
Lui non plus n’avait pas envie de parler d’elle. Il ne savait même pas pourquoi il l’avait invitée à s’immiscer entre eux. Et il se maudit d’être aussi maladroit, aussi stupide. Il se mordilla l’intérieur de la joue, bien décidé à ne plus faire de bourde, quand Bran quitta son perchoir pour venir s’asseoir près de lui. Immanquablement, Jax sentit les battements de son cœur cogner avec plus de vigueur, comme si son muscle cardiaque cherchait à s’extraire de sa caverne désertée et il observa l’approche du coin de l’œil. Ils avaient beau ne pas se toucher, Jax avait l’impression qu’une chaleur émanait du corps tout proche et effleurait sa peau, hérissant les poils de ses bras. L’ouvrier eut l’impression que son esprit buggait, tout entièrement tourné qu’il était vers cette proximité. Il n’osa esquisser un regard plus franc vers son voisin que lorsque celui-ci observa le jardin par-dessus son épaule et Jax aurait  été prêt à parier qu’il aurait pu se perdre au milieu des taches de rousseur qui transparaissaient sur le nez de l’imprudent. Hypnotisé par ce tableau qu’il avait déjà pu apprécier à quelques occasions – la fois la plus flagrante étant le moment où Bran s’était concentré sur le pansement au gymnase et où Jax avait eu tout le loisir de détailler les traits fins et ciselés de son visage – Jax ne réalisa pas immédiatement que son souffle s’était coupé et il détourna vivement les yeux quand il en prit conscience, revenant à son point d’ancrage, sauf et inoffensif. Mais la sécurité ne fut que de courte durée car, invariablement, il devina l’approche prudente et délicate des doigts du fauteur de trouble.
Jax refusa toutefois d’y prêter la moindre signification tant que le contact ne serait pas évident. Bran ne se rendait peut-être pas compte de l’approche, peut-être que sa main allait frôler celle de Jax et battre en retraite. C’était en tout cas ce que guettait l’ouvrier et quand leurs phalanges s’effleurèrent, comme au diner, Jax ne voulut pas admettre que cela pouvait être un geste délibéré. Il fallut que la caresse persiste et que le regard mousseux de Jax migre vers le jeu de mime de leurs doigts pour qu’il accepte que, peut-être, Bran puisse être habité du même trouble, hanté par le même désir. À moins qu’il ne s’agisse que d’un jeu, une expérience. Jax ne savait pas pourquoi il préférait toujours l’option la plus désastreuse, pourquoi il l’imputait toujours en premier à Bran avant de lui laisser le bénéfice du doute. Pour se protéger, sans doute. Pour se laisser une porte de sortie si la situation dérapait et lui échappait. Alors il pourrait dire : bien sûr, je savais bien que ce n’était pas sérieux, cela alors même que la douleur lui vrillerait la cage thoracique, inévitablement. Mais là, pouvait-il nier le caractère intentionnel du geste ? Alors que leurs doigts se frôlaient, que la peau douce rencontrait la peau rugueuse ? La fraicheur venant tiédir la chaleur ? Tu t’abimes vite. Une constatation évidente. Qu’est-ce qu’il croyait, au juste ? Qu’il était en pierre ? Que rien ne l’éraflait ? N’avait-il pas le souvenir de tout ce sang qui avait surgi juste parce qu’il s’était cogné ? Mais aucun de ces mots-là n’arrivait à s’échapper des lèvres de Jax, il avait la gorge bien trop nouée pour émettre le moindre son. Puis Bran lui posa deux questions et Jax sentit un sursaut malmener son palpitant. Il délogea ses doigts de ceux de Bran et rapatria sa main blessée entre ses genoux, posant la main intacte dessus.
- C’est une maison de riche, se contenta-t-il d’offrir en guise de réponse.
Ça n’était pas la première fois qu’il mettait les pieds dans une demeure de cette envergure, ayant déjà participé à des fêtes comme celle qui était en cours au rez-de-chaussée, à l’époque où il était au lycée et où Bran n’était qu’un gamin prépubère. Mais les gens qui habitaient cette maison n’avait pas l’importance que Bran avait aux yeux de Jax, raison pour laquelle il avait eu tant de mal à s’imaginer l’intérieur. Pendant des années, les seules images qui avaient pu se frayer un chemin dans l’esprit peu imaginatif de Jax Beauchamp étaient celles du bord de la piscine. Moi aussi, je suis en carton-pâte, c’est ça ? Jax porta instinctivement les yeux sur Bran, cette fois, fronçant légèrement les sourcils.
- Non. Pas toi, répliqua Jax d’une voix rauque.
Toi, t’es l’acteur principal, placé juste au milieu des faisceaux lumineux qui convergent vers toi, eut-il envie de dire. Mais il se tut, assourdi par les échos de son cœur qui battait jusque dans ses tempes et ses paumes moites. Alors il chercha un moyen de faire diversion et son regard dévia vers l’étagère qui avait capté son attention quelques minutes plus tôt. Il chercha quelque chose, n’importe quoi, pour que Bran ne le regarde plus comme ça. Sans savoir ce que voulait dire ce comme ça. Tout ce qu’il savait c’était que les yeux bleus l’embrasaient, la proximité la tétanisait, le parfum délicieux l’enivrait. Déglutissant nerveusement, Jax donna un coup de menton vers l’étagère du haut et il lâcha la première chose qui lui venait à l’esprit :
- La photo dans le cadre, là, avec tes potes, c’était quand ?
Question parfaitement absurde et dont il se fichait complètement de la réponse. Question uniquement destinée à détourner le regard inquisiteur. Question inutile qui lui permit d’expirer brièvement l’angoisse qui lui étreignait le cœur tandis que Bran tombait dans le piège, soit parce qu’il lui fallait un instant pour se remémorer les circonstances de la prise de la photographie, soit parce qu’il ne comprenait pas ce brusque changement de sujet. Mais c’était tout ce que Jax demandait. Et au moment où l’adolescent ouvrait la bouche pour répondre, Jax se pencha et combla la distance d’un mouvement fluide, sans accroc, qui disait et puis merde pour presser ses lèvres sur celles de Bran, son épaule venant appuyer contre celle du garçon, tandis que son cœur éclatait dans sa poitrine.
Le contact ne dura peut-être qu’une poignée de secondes mais cela sembla l’éternité et rien du tout à l’ouvrier qui s’écarta finalement pour s’adosser au mur, guettant brièvement la réaction de Bran avant de jeter un œil au jardin pour vérifier que personne n’avait pu apercevoir le rapprochement. Puis comme le monde semblait avoir continué à tourner, même si Jax avait bien cru qu’il s’était arrêté, il reporta son attention sur Bran.
- Pas toi, répéta-t-il, faute de trouver une meilleure conclusion à son geste désespéré.
Mais il ne regrettait pas. Même si Bran se mettait à l’injurier et lui ordonnait de partir, Jax avait goûté à la douceur de ses lèvres et cela n’avait pas de prix.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:39

Brandon Rose a écrit:Il était un peu ivre, la tête lui tournait légèrement, et le goût sucré de l’alcool mêlé au jus de fruit titillait sa langue. Il se la mordait doucement, pour ne pas dire de bêtises, le genre de sottises un peu taquines qu’il regretterait le lendemain – ou alors qu’il ne regretterait pas du tout, et c’était bien ça le problème. Son cœur avait beau résonner dans tout son corps, ses tempes avaient beau brûler, il y trouvait un délice inextricable et inexplicable. Il aurait voulu trouver une comparaison digne de ce nom, une analogie qui lui aurait permise de mieux comprendre ce qu’il se passait mais il ne trouvait rien qui puisse évoquer avec finesse ce qu’il éprouvait à cet instant, alors que ses doigts effleuraient à peine ceux de Jax et qu’il pouvait ressentir des minuscules impulsions électriques remonter le long de son bras et créer des frissons qui naissaient sur sa nuque pour mourir, délicieusement, au creux de son ventre. Jamais une agonie n’avait été plus douce et s’il devait mourir ainsi, alors Bran acceptait le coup de grâce exquis. C’était d’ailleurs une agonie qui avait l’étrange pouvoir paradoxal de le faire se sentir plus vivant que jamais. Etait-ce parce qu’il avait un peu, et que tout devenait soudainement plus présent, plus aigu autour de lui ? Etait-ce cette presque soirée d’été qui réveillait sa peau endormie aux caresses d’un temps clément ? Ou alors c’était peut-être juste Jax. Peut-être qu’il n’avait pas besoin d’aller chercher si loin, peut-être que la réponse était là, juste sous son nez bien droit, tellement évidente qu’elle en était d’abord invisible avant de se dévoiler progressivement. Peut-être que la solution de l’énigme résidait là, quelque part derrière les yeux brumeux, la ligne sévère de la bouche, dans le creux de cette épaule qu’il voulait—
Jax retira sa main.
Au bout de ses doigts, Bran sentit l’électricité mourir.
La nuit perdit tout son éclat enchanté, les étoiles s’éteignirent, tout devint blafard, comme si on avait passé un voile devant les yeux de Bran. Le voile de la réalité, celle avec laquelle il se débattait depuis tout à l’heure – y entrer, en ressortir, s’y réfugier, s’en enfuir, il ne savait pas, il ne savait plus quoi choisir – et cette fois-ci, il sut qu’elle était bien trop grise et terne pour qu’il puisse s’en contenter. Pourtant, il n’avait pas le choix. Les mains de Jax étaient bien gardées, enfouies sous cette raideur qui caractérisait l’ouvrier, celle qui œuvrait tel un mur autour de lui et Bran n’osa plus rien faire, ni approcher, ni s’écarter. Cependant, son regard resta rivé sur ce visage indéchiffrable, pas parce qu’il était hypnotisé mais parce qu’il ne se sentait même pas la force de détourner les yeux de son échec total. Venait-il de se prendre… un râteau ? Pour la première fois de sa vie ? Mais pour se prendre un râteau, il fallait avoir fait des avances, non ? Une vague de panique le submergea alors qu’il réalisait lentement ce qu’il venait de faire – son approche, le frôlement à peine suggéré de ses doigts contre ceux de Jax, sa question lourde d’un sous-entendu dont il prenait pleinement conscience – et les implications auxquelles il ne voulait surtout pas penser. De toutes façons, son ego écorché prenait toute la place, l’empêchant de se pencher sur les myriades d’autres problématiques que son comportement erratique et indécis venait de créer. Il avait la détestable impression que Jax se foutait complètement de lui, merci bien, et l’ouvrier n’aurait pas pu plus lui hérisser le poil que lorsqu’il désigna la photo qui trônait sur l’étagère. C’était à peine si Bran avait enregistré sa réponse, quelques secondes plus tôt. J’en ai rien à foutre, de ce cadre à la con, crétin, rugit-il intérieurement, bien moins éloquent que d’habitude. Il détourna les yeux pour suivre le mouvement de Jax, ses yeux étincelant d’une fureur retenue et il s’apprêtait à exprimer en trois parties trois sous-parties sa façon de penser lorsque quelque chose d’inattendu se produisit.
Les lèvres de Jax contre – sur – les siennes.
Des lèvres douces, pleines, charnues. Comme un fruit très mûr.
Mais ce n’était même pas ça, le plus enivrant. C’était bien, mais pas aussi bien que l’épaule qui venait se presser contre la sienne et qui imprimait la robustesse de Jax contre son corps, l’enveloppant de sa force. Bran s’abandonna sans aucune résistance. Il aimait que Jax soit plus grand que lui. Il aimait que même une pression aussi simple de la part de l’ouvrier le fasse légèrement pencher de côté. Il aimait qu’il soit plus vieux, et plus sombre, plus difficile à comprendre, il aimait même lorsqu’ils se disputaient, et il aimait surtout qu’ils s’embrassent comme ça, sur le bord de sa fenêtre, alors que personne n’était au courant de quoi que ce soit et qu’ils étaient seuls au monde.
Le baiser cessa trop vite, la pression disparut promptement et Bran fut à nouveau délaissé, laissé sur le carreau. Au-dessus de lui, les étoiles semblaient s’être rallumées, la nuit avait repris ses teintes magiques et au milieu de tout ça se découpait le visage de Jax. « Jax, qu’est-ce qui te prend ? » lâcha-t-il, le cœur en feu, le corps sur des charbons ardents. Pas qu’est-ce qui te prend ? dans le sens où il s’interrogeait sur l’acte de Jax (et dire que quelques secondes plus tôt, il pensait se prendre un râteau, comment avait-il pu douter autant de lui-même ?), plutôt qu’est-ce qui de te prend d’arrêter ?, voilà où il voulait en venir mais Jax n’avait pas l’air de saisir la subtilité et Bran leva les yeux au ciel, poussant un soupir très appuyé afin de manifester son mécontentement. « C’était un peu superficiel, non ? Tu distribues juste un échantillon ? » Il haussa un sourcil narquois et s’approcha de Jax qui tentait visiblement de fusionner avec le mur derrière lui. Doucement, Bran posa sa main – complètement et franchement, cette fois-ci – sur celle, valide, de l’ouvrier et se pencha légèrement. Jamais ses entrailles n’avaient été aussi nouées, jamais il n’avait autant voulu voir quelqu’un fondre entre ses mains qu’à cet instant précis et il releva les yeux vers ceux de Jax, affamé, toutes brides abattues. « Petite leçon de français. » murmura-t-il tout bas avant de retrouver la bouche qui lui donnait l’impression d’avaler un fruit sur le point d’éclater. Là où Jax s’était contenté d’une chaste première rencontre, Bran ne se mit pas autant d’interdits et il approfondit – sans forcer, mais impétueux, désireux, avide d’exploration. Sa main remonta le long du bras, tandis que l’autre glissait lentement sur la cuisse puis sur le t-shirt, effleurant au passage le cœur qu’il sentit battre à toute allure. A moins que ce ne soit le sien, qui cognait tellement fort qu’il en avait mal. Sa main s’attarda, s’accrochant au tissu, tandis qu’il s’arrachait à la douceur de cette bouche chaude et accueillante. Il était essoufflé et ses joues s’étaient piquées d’un joli rose pastel, image même de la jeunesse insouciante – car c’était ce qu’il était, à cet instant, Bran, insouciant des conséquences, d’Aspen, de sa vie qui ne serait plus la même – et il se mordit la lèvre inférieure alors qu’il s’écartait un peu pour retrouver le visage de Jax. Et maintenant ? Bran ne voulait pas qu’ils s’arrêtent. Il n’avait pas la moindre envie de prétendre que c’était une erreur, même si c’en était une – une monumentale, une énorme erreur. Il ne voulait pas retourner à cette soirée débile, ni que Jax s’en aille. « Est-ce... Est-ce que c'était tout ce que tu voulais ? » demanda-t-il d’une voix écorchée, encore rauque de baisers, alors qu’il n'osait pas enlacer ses doigts à ceux de l'ouvrier, se contentant de les effleurer dans l'espoir qu'il accepte une caresse plus approfondie.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:39

Jax Beauchamp a écrit:Il n’avait rien calculé. Il n’avait jamais su calculé. Il vivait à l’instinct et même si cela lui apportait souvent des misère – la plupart du temps, même – il arrivait que cela lui réussisse. Même si, évidemment, à cet instant précis, alors qu’il dévisageait Bran sans avoir la moindre idée de ce qui se tramait dans l’esprit retors du garçon, il ne savait pas si son audace allait tourner en sa faveur ou, au contraire, ruiner ses chances d’avoir la moindre relation avec le jeune Rose. Pouvait-il cependant vraiment considérer son geste comme de l’audace alors que c’était Bran qui avait initié les premières ébauches d’avances, jouant délicatement avec ses doigts pour prodiguer des caresses aussi légères que des ailes de papillons mais qui n’avaient pas manqué d’embraser entièrement l’ouvrier ? Aurait-il osé embrasser l’adolescent sans lui demander la permission s’il n’y avait eu ces indices ? Jax savait que oui. Même sans ça, il ne serait pas parvenu à garder ses distances beaucoup plus longtemps, pas alors qu’il était invariablement et irrésistiblement attiré par Bran, comme un insecte par la lumière, prêt à se griller juste pour toucher le soleil. Mais cela avait très certainement contribué à la combustion de ses réticences et maintenant que les dés étaient jetés, Jax ne pouvait se fier qu’à l’instant présent et aux vibrations de ses sens, tous tournés vers Bran. C’était comme si son cœur battait dans sa gorge, prêt à bondir s’il osait ouvrir la bouche, et son ventre ne formait plus qu’une bouillie en ébullition. Il avait l’impression de ne jamais s’être senti plus nerveux tandis qu’il faisait distraitement craquer les phalanges de sa main intacte, ménageant celle qui le faisait encore souffrir s’il y allait trop fort.
Pourtant, malgré cette angoisse qui se répandait en lui comme une coulée de lave, Jax ne parvenait pas à détourner le regard de Bran, comme s’il voulait voir le déclic – ou affronter la mort en la regardant droit dans les yeux. Qu’on l’achève, là, tout de suite, il s’en fichait pas mal quand il était sous hypnose, victime de cet enchantement qui durait depuis bien trop longtemps et qu’il avait refoulé autant que possible. Ce qui n’avait pas été très compliqué à partir du moment où ils vivaient dans des sphères distinctes, quand leurs rencontres se bornaient à des échanges brefs et sans véritable saveur. Une confrontation plus qu’autre chose. Mais tout cela était tombé en ruine à partir du moment où ils étaient entrés en collision, brisant le mur invisible qui les tenait à distance. Jax avait cru qu’il se heurterait éternellement à cette paroi transparente qui l’empêchait d’approcher de l’adolescent, comme s’il devait l’observer derrière une vitrine. L’altercation du gymnase avait été une catastrophe mais elle avait au moins eu l’avantage de provoquer un contact.
Et depuis, Jax avait l’impression de ne vivre que pour ces instants volés, ces moments égarés, dont la tournure et la durée restaient des mystères entiers, pouvant déboucher sur une chose comme son opposé. Comment aurait-il pu s’imaginer, dès lors, que ce soir serait le soir où il assouvirait l’un de ses désirs les plus enfouis, l’un des premiers à être venu hanter l’esprit de l’ouvrier ? Embrasser Brandon Rose, cela avait si longtemps semblé relever du rêve qu’il peinait encore à croire qu’il venait de le faire. Pourtant, il avait toujours la sensation des lèvres de l’impudent sur les siennes, douces, chaudes, envoûtantes. Comment pouvait-on proférer des horreurs et avoir une bouche aussi tendre ? se demanda Jax, souriant à moitié, l’air ailleurs. Et, en même temps, à quoi s’était-il attendu ? A se piquer à des épines, peut-être ? Ridicule. A être empoisonné par le venin que le garnement n’hésitait pas à cracher dès qu’il était contrarié ? Risible. Tout ce dont Jax était assuré, c’était qu’il n’y avait pas eu de recul horrifié, pas de coup vengeur, pas d’exclamation dégoûtée, mais cela était peut-être uniquement dû à l’effet de surprise, raison pour laquelle le regard orageux scannait le visage moucheté de taches de rousseur, espérant se noyer dans un océan clément.
Déglutissant avec peine, Jax essaya de prendre une profonde inspiration mais ses poumons semblaient prisonniers d’un poids insupportable et il se mordit l’intérieur de la joue, sur le qui-vive, même si ça semblait être une attitude qu’il adoptait naturellement quand Bran était dans son champ de vision. Jax, qu’est-ce qui te prend ? Le jeune Beauchamp haussa légèrement les sourcils, interloqué, ne saisissant pas le sens de la question.
- Quoi ? demanda-t-il dans un grognement méfiant.
A nouveau, cet air de garnement impatient qui s’affichait sur le visage du petit démon. Quoi qu’il fasse, de toute manière, cela ne semblait jamais convenir à l’imprudent. Au moins, cette fois, il aurait une raison de lui en vouloir d’avoir osé prendre des libertés sans lui demander son avis. Mais, comme toujours, Bran surgit là où il ne l’attendait pas et la suite extorqua un grondement interloqué à l’ouvrier. Le cœur de Jax se mit à avoir des ratés quand Bran amorça une approche, posant la main sur la sienne et murmurant des inepties qui furent rapidement effacées par ses lèvres impétueuses. Jax sentit une nouvelle fois son muscle cardiaque éclater dans sa poitrine – s’était-il reformé le temps de l’interlude où ils s’étaient dévisagés ? – ou bien ce fut le souffle qu’il avait retenu qui fit exploser ses poumons. L’un ou l’autre, cela n’avait pas d’importance. Tout ce qui en avait, c’était la bouche contre la sienne, dont Jax put déceler le goût fruité et alcoolisé que le premier baiser lui avait fait manqué. Enivré par ces sensations neuves et la fougue de l’adolescent, Jax répondit sans hésiter à ses lèvres quémandeuses, glissant la langue entre les dents parfaites du garnement, partant à la rencontre de celle de Bran, qui pouvait tuer autant qu’elle pouvait enfiévrer, à l’évidence. Attiré comme un aimant, Jax se rapprocha, son genou venant heurter celui de Bran et il eut la sensation que son cœur allait sauter hors de sa cage thoracique pour se réfugier dans la paume de la main caressante qui glissait sur lui. Les siennes, elles étaient vissées à l’appui de fenêtre, comme si Jax redoutait qu’elles prennent leur indépendance s’il les laissait approcher du corps du fruit défendu. Et quand le fruit en question s’écarta, Jax ne put réprimer un soupir de frustration. Le rat des champs rouvrit les yeux à contrecœur et les plongea dans ceux de Bran. Qui se mordait la lèvre inférieure. Une image qui damnait Jax à chaque fois.
- Ne te mords pas la lèvre comme ça. Ça me rend dingue, souffla-t-il, plus pour lui-même qu’autre chose.
Il aurait pu le dévorer tout entier, là, tout de suite, s’il n’avait pas eu l’impression que son cœur devait pomper comme un dégénéré, peu habitué qu’il était à être assailli de tant d’émotions. D’un geste prudent, Jax détacha sa main de son point d’ancrage et approcha un pouce du coin de la bouche de Bran pour effacer un filament luisant, preuve confondante que leurs salives s’étaient mêlées. Jax déglutit à nouveau et releva les yeux quand Bran l’interrogea. Est-ce que c’était tout ce que tu voulais ? Jax fronça les sourcils, secoua la tête d’un air dubitatif et laissa retomber sa main avec un ronronnement incrédule :
- Te revoilà avec tes questions sans sous-titres que je suis censé comprendre du premier coup. Qu’est-ce que t’entends par là ?
Le jeune homme ne voulait pas se mouiller alors même qu’il était trempé jusqu’au cou dans l’évidence. Il se racla la gorge et baissa les yeux sur les doigts qui persistaient à l’effleurer, comme pris d’indécision. Ou de peur qu’il retire sa main, à nouveau. Lentement, Jax se redressa et tourna la main de sorte que ses doigts venaient toucher les veines bleues qui transparaissaient sous la peau de Bran, au niveau du poignet. Son index et son majeur dessinèrent les fleuves sanguins et glissèrent vers le creux de la paume de la main douce, vierge des douleurs et des aléas de la vie pour y tracer des cercles légers.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:40

Brandon Rose a écrit:Sa vie avait changé, mais Bran n’en avait pas encore conscience. Il était trop jeune pour prendre ce recul qu’il aurait dû avoir – quoique, était-ce vraiment une obligation ? Pourquoi devoir s’arracher d’un moment si doux, d’un baiser si tendre pour le mettre en perspective et constater que ça y est, la fracture était là, que la rupture était consommée ? Bran n’avait aucune idée de ces considérations-là. Pas maintenant, alors qu’il avait encore le goût de Jax – salé et métallique - sur le bout de sa langue et qu’il rêvait d’amplifier la sensation, de se perdre une nouvelle fois dans l’antre de sa bouche, sans se soucier d’aucune des conséquences que cela impliquait. Il avait envie de beaucoup de choses à cet instant et aucune d’elles n’était Aspen, ses amis en bas ou se soucier de ce qu’on allait dire de lui. Non, ses désirs étaient beaucoup plus immédiats, beaucoup plus urgents, et naissaient entre ses jambes pour remonter paresseusement dans son ventre, se diffusaient jusqu’à sa nuque, venaient gonfler ses lèvres de sève sucrée. Il n’avait pas honte de ce qu’il éprouvait – il était au-dessus de toutes ces problématiques garçons et garçons, filles et garçons, filles et filles, quand bien même c’était la toute première fois avec un autre gars – et il en redemandait. Le genou de Jax contre le sien mettait le feu à son ventre : encore une fois, l’ouvrier démontrait sa force, son inflexibilité, et il y avait quelque chose dans leur différence de gabarit qui domptait Bran. Qui lui donnait envie d’obéir à n’importe quel ordre, n’importe quelle demande de Jax, pourvu qu’il le fasse de sa voix rauque et –
Ne te mords pas la lèvre comme ça. Ça me rend dingue.
Si Bran s’était écouté, il aurait laissé échapper une plainte tant ses entrailles se nouèrent à l’entente de cet aveu. Mais il avait encore sa dignité et il se contenta de libérer la lippe malmenée, hypnotisé malgré lui par les doigts de Jax qui s’avançaient, les doigts qui le touchaient et effaçaient les stigmates de leur étreinte. Bran faillit s’écarter. Effacer signifiait terminer, et il ne voulait pas que ça se termine, pas aussi vite, pas comme ça. Il brûlait. Comment Jax ne pouvait-il pas le voir ? Comment ne pouvait-il pas saisir son état d'excitation ? Il voulait que Jax le touche. Qu'il mette les mains là où il en avait envie. Qu'il attise la braise, plutôt que de l'éteindre, et Bran s'offrait tout entier, sans réfléchir mais – et c'était ce mais qui le retenait d'attraper l'ouvrier par le col du tee-shirt et de lui murmurer des choses un peu folles (mais qu'il ne regretterait pas) – était-ce le cas de Jax ? Lui aussi, était-il habité de cette ivresse qui ne devait rien à l'alcool ? Bran n'en avait aucune idée et il se faisait funambule, le cœur au bord des lèvres, prêt à exploser, d'où sa question maladroite. La réponse de l'ouvrier lui fit lever les yeux au ciel et il fut secoué d'un petit rire incrédule. « C'est toi qui m'a embrassé, c'est toi qui devrais savoir ce que tu veux. » lâcha-t-il, une pointe d'amertume dans ses yeux clairs alors qu'il frissonnait sous la caresse fragile du plus âgé. Ses yeux suivirent le mouvement, se posèrent comme de la gaze sur la voltige tactile. Comment en étaient-ils arrivés là ? Etait-ce un moment-étoile filante, quelque chose qui ne reviendrait jamais de leur vivant ? A cette pensée, Bran déglutit péniblement et sa main vint se poser sur les doigts de Jax, qu'il saisit avec une autorité presque tendre. Les doigts abîmés de Jax glissèrent contre ses lèvres et il embrassa la paume lésée afin de le faire glisser contre sa propre joue. Le découvrir, centimètre par centimètre, cicatrice par cicatrice, goutte par goutte, c’était ça qu’il exigeait et à l’idée qu’il puisse laisser glisser ses doigts aux frontières du tissu et de la peau, Bran en mourrait un peu. Sa main vint se refermer autour du poignet de Jax pour glisser à nouveau sur le bras marqué par une vie brutale. Mais ça ne dérangeait pas Bran de laisser courir ses doigts immaculés sur les minuscules cicatrices, ça ne le dérangeait pas de parcourir la route semée d'embûches, pas quand il pouvait se rapprocher à nouveau de Jax et effleurer son nez avec le sien, pas quand il pouvait sentir sa respiration chaude et rapide caresser la caverne sombre qui s'épanouissait entre ses lèvres entrouvertes. Il lâcha le bras de Jax, vint encadrer le visage entre ses mains capricieuses et osa un regard en biais. « Reste un peu ? » avança-t-il à tâtons, incertain de la marche à suivre lorsqu'on tombait la tête la première dans le piège des yeux verts de Jax Beauchamp. Le nez droit, les lèvres pleines et humides, les pommettes anguleuses – tout passa au crible des doigts conquérants de Bran, comme pour le marquer. Très vite pourtant, l'instinct revint au galop, ses lèvres vinrent s'épanouir délicatement contre celles de l'ouvrier et il s'abandonna – encore – contre ce grand corps nerveux qui accueillait si bien le sien. Oh oui, qu'il reste un peu, juste un peu... Mais s'il ne voulait pas ? Pire, si c'était un jeu, un pari ? Faisait-il l'objet d'une blague stupide que Jax allait s'empresser d'aller raconter à tout le monde en bas ? Presque instinctivement, Bran sut que non et il s'en voulut d'avoir eu cette sale pensée qui trahissait autre chose – autre chose qu'il n'aimait pas chez lui. Brutalement, il s'arracha au baiser et recula, apeuré. « Si tu ne veux pas… J’ai peut-être mal compris. » balbutia-t-il, s’écartant soudainement, les joues rouges et le regard affolé. A l’idée qu’il puisse perdre Jax et cet instant divin, à l’idée qu’à nouveau ils ne se comprennent pas, son ventre se remplit de plomb et pourtant, Bran se leva, jambes lourdes et la tête qui tournait, quittant leurs centimètres carrés de sanctuaire. Il tourna le dos à Jax, le cœur galopant, puis se retourna vivement, incapable de réprimer ce qui se bousculait dans ce cœur malmené de toutes parts. « C’est ça que j’attendais. Au gymnase. Au diner. C’est ça. » lâcha-t-il d'une voix saccadée, comme si chaque mort le heurtait délibérément. Il ne pouvait plus mentir ; il revoyait les scènes presque comme du théâtre. La maladresse de ses regards, l'incohérence de son attitude, un pas en avant, deux pas en arrière, tout avait mené jusqu'ici et Bran le savait parfaitement. « Toi… Moi… C’était ça. » répéta-t-il, les joues en feu, les yeux brillants et les cheveux un peu défaits. Toi et moi, ailleurs, seuls et puis surtout ensemble. « Et toi ? » Il se détestait d'être aussi quémandeur, d'être aussi peu confiant. D'être aussi peu Brandon Rose, finalement. Car il n'avait que ça pour lui et face à Jax et à tous ces doutes, il en prenait douloureusement conscience.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:40

Jax Beauchamp a écrit:Jax ne savait plus où il se situait. Il oscillait constamment entre malaise et étrange sérénité et si le premier lui était très familier, la seconde le laissait hébété, ne sachant trop comment l’accepter, l’absorber. C’était le résultat de plusieurs éléments combinés : le fait qu’il soit sur le territoire de Bran et que celui-ci ne l’en ait pas chassé, l’écho de la musique qui envahissait la pièce mais ne les écrasait pas, le fait qu’ils soient seuls, surtout. Isolés. En tête-à-tête. Comme emprisonnés dans une bulle fragile mais qui les maintenait à l’écart du monde réel. Ou bien était-ce dû aux mouvements doux et électriques qui voyageaient inlassablement entre eux, faisant naitre des frissons dans le creux de son ventre pour se répandre dans tout son corps ? Jax ne le savait pas. Tout ce qu’il savait, en vérité, c’était que ça n’était pas comme d’habitude. Il n’avait pas retrouvé Bran dans un endroit bien précis, en sachant qu’il avait la même idée que lui en tête. Il ne s’était pas trouvé un coin sombre où desserrer les boucles de ceintures, où faire légèrement glisser les pantalons, où seules les mains effleuraient l’autre, où cela se bornait à l’acte avant de repartir chacun de son côté. C’était même tout le contraire : ses rencontres avec Bran avaient été inopinées – infortunées, aurait-on même pu dire s’il n’y avait cet élan irrépressible qui les poussait l’un vers l’autre ; il n’avait aucune idée de ce que cherchait l’adolescent jusqu’à ce qu’il aventure ses doigts près des siens, alors même que cela n’était pas la première fois qu’ils se frôlaient. Il n’y avait aucun calcul, juste un courant qui l’emportait dieu sait où. Vers Bran, c’était la seule chose de certaine. Vers Bran et sa bouche hérissée d’un sourire envoûtant. Et s’il était clair qu’il y avait un feu qui brûlait et le consumait, Jax ne voulait pas se contenter de ça, comme il l’avait si aisément fait avec le reste du monde. Il ne voulait pas que cela se borne à une étreinte fugace et rapidement oubliée. Peut-être était-il masochiste, pour le coup, car rien ne les prédisposait à se côtoyer et parler avec Bran revenait souvent à être écorché par ses remarques venimeuses. Mais c’était un mal qu’il voulait bien subir si cela lui permettait de découvrir le gamin, de plonger sous la surface, de s’y noyer si nécessaire. Car c’était indéniable : il y avait quelque chose d’hypnotique chez l’impudent, d’assez fort pour attirer les autres vers lui, d’acculer même le plus rustre des ouvriers pour le faire sien. Jax savait pertinemment qu’il n’était qu’un parmi des dizaines qui orbitaient autour du jeune Rose, qu’il se brûlerait plus sûrement les doigts qu’autre chose mais c’était comme ça, il était incapable de résister à l’attraction, de ne pas être l’un des multiples sujets de sa majesté Brandon Rose. Ce soir, en tout cas, il ne se sentait pas la force de jouer les récalcitrants et les baisers n’avaient fait que l’assujettir davantage.
C’est toi qui m’as embrassé, c’est toi qui devrais savoir ce que tu veux. Un sourire indéchiffrable glissa sur la bouche de Jax qui émit une sorte de soupir (mi-soupir las, mi-rire incrédule) et il secoua la tête. En vérité, il ne savait pas ce qu’il voulait, il savait juste ce qu’il ressentait : cet attrait irrésistible qui l’écartelait, entre aspiration à se laisser attraper et y résister âprement, comme s’il s’agissait d’une question de survie. Mais à cet instant précis, dans le calme relatif de la chambre de Bran, alors que son cœur battait à tout rompre, Jax ne voyait plus en quoi il s’agissait de survie ou d’abandon. Les efforts déployés en valaient-ils la peine ? Ne l’éloignaient-ils pas de cette félicité qui lui étreignait le corps en ce moment ? Comme là, tout de suite, alors que Bran saisissait sa main blessée pour la porter à ses lèvres douces, ce qui fit vrombir le cœur déjà malmené de l’ouvrier. Un frisson d’un délice indescriptible glissa sur la peau de Jax tandis qu’il contemplait le geste tendre, le visage à la finesse divine, trop parfaite pour être réelle. C’était un rêve, une chimère. Il allait bientôt se réveiller dans son lit aux draps décolorés, au matelas usé, n’est-ce pas ? Il laissa sa main là où Bran l’avait posée, même si cela lui paraissait incongru de sentir la peau douce et imberbe sous ses doigts, lui qui n’avait jamais eu de contact semblable avec un autre. Il observa l’approche d’un œil absent, comme si une partie de son âme était piégée et voyait le visage de Bran à travers une petite lucarne et il ferma les yeux pour effacer cette sensation, préférant se concentrer sur le nez qui effleurait le sien, sur le souffle chaud et sucré qui caressait ses joues et son menton. Il ne rouvrit les paupières que lorsque les mains de l’adolescent encadrèrent ses joues et, à la requête de Bran, Jax répondit en posant la main sur le genou du garnement. Où veux-tu que j’aille ? eut-il envie de demander, sans s’y résoudre. Quand je ne voudrais plus jamais quitter cette chambre ? Pour l’instant, du moins, car Jax n’était pas dupe, il savait que la situation pouvait basculer en un quart de seconde. Par sa faute ou celle de Bran. Ils l’avaient déjà suffisamment prouvé par le passé, non ?
Jax laissa cependant Bran à sa découverte, comme s’il était un aveugle qui cherche à s’imprégner de ce qu’il sent sous ses doigts et, doucement, l’ouvrier passa un bras dans le dos du trouble-fête pour l’attirer un peu plus près, pour pouvoir sentir la chaleur de son corps contre le sien, le cœur toujours embarqué dans une cavalcade folle, et répondre à ses lèvres, peinant toujours à croire que tout cela puisse être réel.
Puis, subitement, Bran s’écarta en balbutiant. Si tu ne veux pas… J’ai peut-être mal compris. Jax secoua la tête pour le détromper mais Bran s’était déjà redressé, quittant l’alcôve de la fenêtre – et du bras de Jax qui retomba contre le flanc de ce dernier - pour s’éloigner. A ce que l’impudent lui lâcha ensuite, Jax ne put réprimer un rire narquois avant de répondre :
- C’est ça que tu attendais au gymnase ? rétorqua-t-il, peinant à croire une telle allégation.
Ou bien ils n’avaient pas vécu le même moment. Parce que là où leur tête-à-tête au diner avait été ponctué de moments d’accalmie, leur confrontation au gymnase avait été la pire expérience de Jax. Mais pourquoi remettait-il en question l’assurance de Bran ? N’éprouvait-il pas cette attirance depuis des mois – voire des années – et ne s’était-il pas comporté comme le dernier des connards ce matin-là ? Toi… Moi… C’était ça. Jax laissa échapper un soupir qui trahissait son désarroi face à la tournure de la conversation. Il replia une jambe et s’installa de manière à être adossé au mur de la fenêtre. Et quand Bran lui lança ce et toi ? qui attendait à l’évidence une réponse, Jax détourna les yeux pour fixer le fond du jardin, plongé dans la nuit. Il ne pouvait pas regarder Bran, il ne pouvait pas contempler son attente, déceler la réaction que sa réponse provoquerait. Bien trop conscient de la lave en ébullition qui envahissait son ventre, il haussa les épaules, comme si cela n’avait pas d’importance, alors que ses lèvres formaient des mots qui laissaient deviner le contraire :
- Tu n’as pas mal compris, dit-il d’une voix rauque en triturant la bande serrée qui maintenait ses doigts lésés ensemble, avec l’impression que son cœur allait lui sortir par la bouche et rebondir sur l’appui de fenêtre. Sauf que ça ne se résume pas au gymnase et au diner, pour moi.
Il déglutit nerveusement, comme si cela allait remettre son cœur à l’endroit et émit un rire, comme s’il se moquait de lui-même, le regard perdu dans le brouillard de ses souvenirs.
- Je ne savais jamais comment m’y prendre avec toi. Alors je jouais au con. C’est la seule chose que je sache faire.
Jax resta ainsi quelques secondes supplémentaires puis se força à reporter son attention sur Bran, au cas où l’adolescent attendrait la suite de sa confession. Sauf qu’elle s’arrêtait là. C’était déjà bien plus que ce que Jax avait pu imaginer livrer un jour. Alors peut-être était-ce l’ambiance qui était propice à l’aveu. Ou bien la fébrilité qu’il décelait chez Brandon Rose et à laquelle il n’était pas habitué. Peu importe, au final, puisque les mots étaient sortis et qu’il ne pouvait plus les ravaler. Et qu'il ne lui restait qu'à attendre de voir ce que Bran en ferait.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:41

Brandon Rose a écrit:Ce qu'il disait n'avait aucun sens parce que justement, ça – eux, leur rapprochement, leurs baisers – n'avait aucun sens et Bran n'était pas habitué à ce que ça ne file pas droit dans son petit monde. Tout était toujours si bien rangé. Tout était toujours si logique, si évident, si normal. Une normalité qui avait fini par se transformer en vide, ce mal du siècle. Il se regardait dans le miroir, ne voyait que sa propre surface polie jusqu'à en perdre tout relief, toute réalité. Il était fait pour le papier glacé, les publicités Abercrombie de 3 mètres sur 2, les clips qui se passaient en Californie. Il n'était même plus une personne, dilué tout entier dans ce qu'il projetait, il n'était rien d'autre qu'une coquille vide qu'on remplissait de promesses impossibles à tenir. Il étouffait, Bran, et voilà que Jax, en l'embrassant, lui donnait de l'air quand il aurait dû le faire suffoquer jusqu'à l'épuisement, jusqu'à l'asphyxie. Tout son corps se réveillait, comme s'il avait été prisonnier jusque-là d'une sclérose qui l'empêchait de s'éveiller au monde. Tout son être fleurissait – comme si Jax en posant ses lèvres sur lui plantait le secret d'un printemps intime, juste pour eux. Et Bran avait beau savoir que ce n'était que de la poésie de gamin, il avait l'impression de les sentir, ces fleurs, ces roses dont le bouton éclorait timidement partout dans son corps. Était-ce pour ça qu'il frissonnait sans cesse, qu'il avait mal au creux du ventre et que ses jambes menaçaient de lâcher à tout moment ? Non, prendre ainsi racine aurait dû l'ancrer fermement dans le sol, l'empêcher de vouloir être aspiré par le sol. Non, c'était plutôt ce qui insidieusement venait empoisonner le champ floral à peine né, cette mauvaise herbe pleine d'épines qui venait écorcher son euphorie toute neuve. C'était la crainte que Jax ne le regarde, ahuri, puis éclate de rire. C'était la peur – panique, indescriptible, qui mordait les entrailles – de s'être fait avoir, d'avoir laissé tomber le masque pour rien. Il ne pouvait pas se le permettre. Il ne pouvait lui donner la possibilité de ne serait-ce qu'entrevoir la faiblesse qui le dominait. Il avait déjà trop donné, trop montré, en imprimant à ses baisers l'empreinte d'une telle envie, d'une telle désespérance. Jax avait-il senti tout ça lorsqu'il avait répondu à son étreinte ? Avait-il été si faible, si inconscient ? Bran l'ignorait et tout ce qu'il pouvait contrôler à cet instant, c'était les battements erratiques de son coeur qu'il tentait tant bien que mal de calmer. Comme Coach lui avait appris, allez, c'était pas si difficile, respire, juste respirer, ça va aller. Alors il respirait mais ça brûlait encore dans ses poumons, et plus encore alors qu'il regardait Jax se détourner de lui, plonger les yeux en contre-bas vers le jardin. Regarde-moi. C'était tout ce qu'il voulait (avait toujours voulu, en fait) mais ça se saurait si Jax Beauchamp obéissait aux ordres et Bran se heurta à ce visage de trois-quarts, découpé à la serpe, la mâchoire anguleuse, l'ombre des cils, toute la posture qui indiquait ce désir de fuite. Une épine se planta dans son coeur. Ca le foutait en rogne. Lui non plus, il n'en menait pas large, lui non plus il ne s'attendait pas à passer la soirée ainsi, mais il ne fuyait pas pour autant. Il était sur ses deux jambes, le regard rivé sur Jax, il ne fuyait pas, non, pour la première fois de sa vie, il affrontait sa peur bien en face, œil pour œil, dent pour dent, et il attendait que la peur fasse de même, qu'elle daigne au moins lui rendre la pareille à défaut de disparaître. Mais pas une seconde, non, pas une seconde il n'aurait pu s'imaginer que la peur puisse avoir peur de lui.
Tu n'as pas mal compris.
Le coeur de Bran tressauta et il retint sa demande d'enfant gâté – alors pourquoi tu me regardes pas ?- conscient qu'il y avait d'autres choses à venir et qu'elles ne seraient ni faciles à dire, ni faciles à entendre. Il déglutit péniblement et continua d'observer, parce que c'était tout ce qu'il pouvait faire, Jax tenter se débarrasser de cette carapace qu'il semblait avoir mis tant de temps à échafauder. Et soudain, Bran réalisa : c'est pour moi qu'il l'enlève. C'était pour lui que Jax alignait plus de deux mots d'affilée, pour lui qu'il semblait avoir tant de peine à mettre des mots sur des émotions inintelligibles, des émotions qui sortaient de nulle part, trop longtemps tues et réprimées. L'épine s'assouplit, tomba quelque part où elle fut engloutie dans les racines d'une nouvelle fleur qui poussait au creux du ventre de Bran. Bien sûr, ça ne l'empêchait pas de rester piquant et il eut un petit reniflement arrogant lorsque Jax avoua être a major pain in the ass. « Sans blague. Je te le confirme. » répondit-il du tac-au-tac, comme pour faire le malin alors qu'il éprouvait un maelstrom de choses. Etait-ce ça que ressentait un naufragé sauvé de la noyade complète du navire ? Un soulagement intense, suivi de près d'un peur panique de réaliser que rien n'était fait, qu'il était encore en pleine mer, seul et perdu ?
Bran poussa un soupir à son tour. Il décrispa ses mains du dossier de la chaise derrière laquelle il s'était posté et se passa la main dans les cheveux. Et maintenant ? Il savait qu'il aurait dû se faire violence et mettre de la distance, rappeler à Jax qu'il avait une copine et que ça ne se passait pas comme ça, que ça ne suffisait pas de lui balancer cette vérité à la figure pour que tout se démêle. Le silence s'installa entre eux et Bran poussa à nouveau un soupir las.
Ouais, il aurait dû. Il aurait dû faire beaucoup de choses, ça ne signifiait pas pour autant que ça arrivait. Alors la leçon de morale, les mesures de sécurité, rien de tout ça n'arriva. Bran avisa son lit et s'y assit, tourné vers Jax. Sous ses doigts, jamais la couette n'avait paru aussi accueillante, aussi propice à l'intimité que maintenant, et il fut submergé par l'envie de l'avoir là, contre lui, pour que son lit sente comme Jax quand il serait parti. Car Bran ne perdait pas le nord, il savait que le fils du jardinier allait lui échapper un jour ou l'autre, à commencer par le bout de cette nuit qu'il voyait se rapprocher mais qu'il voulait repousser au maximum. « Viens. » fit-il en tendant la main pour l'encourager, avant de la laisser retomber sur le tissu. C'était autant un ordre qu'une question, mais Bran espérait y avoir mis assez d'assurance pour que Jax n'entende que le premier. Un sourire naquit au coin de ses lèvres et il se mordit la lèvre, maintenant qu'il savait ce que le geste contenait. « Viens te faire pardonner d'avoir été un insupportable rabat-joie. Montre-moi comment tu t'y prendrais avec moi, Beauchamp. » poursuivit-il, laissant à nouveau le désir palpiter le long de ses veines. Il haussa un sourcil plein de défi et releva le menton, prêt à la joute verbale s'il le fallait. « Peut-être que je m'excuserais d'avoir été un peu désagréable, si tu me convaincs. » ajouta-t-il en penchant légèrement la tête. Viens, contre moi, avec moi, loin de la fenêtre où on pourrait nous voir.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:41

Jax Beauchamp a écrit:On ne lui avait jamais appris à dire ce qu’il ressentait. Sa mère n’avait pas eu le temps de le lui apprendre parce que chaque fois qu’elle essayait de lui faire comprendre que pleurer n’était pas une faiblesse ni une honte, son père était là pour la rappeler à l’ordre et montrer à son rejeton que rien ne valait une peau dure comme le cuir, imperméable aux sentiments. Sa sœur avait été élevée de la même façon, sauf qu’elle était encore plus jeune lorsqu’elle avait perdu sa mère et Jax se demandait parfois si elle en avait seulement le moindre souvenir. Lui, il cultivait ses élans de mélancolie et de douceur pour la mémoire de celle qui les avait mis au monde et, pour le reste, il verrouillait tout à double tours, ayant appris, depuis le temps, que c’était bien plus simple de se cacher derrière un mur imprenable que de regarder à travers les failles.
Alors pourquoi s’offrait-il en pâture ce soir ? Pourquoi avouait-il cet attrait qui sommeillait depuis une éternité au creux de son estomac ? Pourquoi donnait-il ce pouvoir à un adolescent qui avait su montrer qu’il pouvait frapper durement, juste là où cela faisait mal ? Parce qu’il n’y avait pas eu que ça. Voilà pourquoi. Parce qu’au cours des dernières minutes, le masque de marbre de Brandon Rose s’était craquelé et émietté à leurs pieds et que Jax n’arrivait pas à faire autrement qu’à suivre le mouvement, dessinant en décalcomanie ce qui se tramait véritablement au fond de lui. À moins qu’il soit fou, à moins qu’il soit hypnotisé par les yeux transparents du gamin, foutu pantin qu’il suffirait de démembrer d’un mot juste, d’un souffle acide. C’était facile, de ne pas s’ouvrir quand les seules interactions intimes que l’on avait étaient réservées à des mecs comme lui, paumés, désorientés, hantés. Quand les seuls à connaitre ses secrets étaient ceux qu’il côtoyait depuis toujours, ou presque. Mais laisser une personne supplémentaire s’inviter dans son cœur ? Impossible. Danger mortel. Il n’était pas préparé à ça. Comme il n’était pas préparé à Brandon Rose dans son ensemble. Alors il en était à ce stade, où il contemplait les sentiers qui se séparaient devant lui d’un œil hagard, avant d’en choisir un, au hasard, prêt à tomber dans le ravin ou à se prendre dans les ronces. Mais quelle douce morsure que celle-là. Les mots parfois cruels d’un impudent qui ne connaissait rien à la vie, les mots qui pouvaient se défaire de leurs épines pour venir le caresser timidement, comme les doigts qui effleuraient les siens et fichaient le feu aux barrières que Jax s’était borné à élever.
Et maintenant, c’était comme si son cœur était mis à nu, il battait fébrilement, cible parfaite pour les flèches empoisonnées que Bran pourrait y ficher si l’envie lui en prenait. Pauvre chose mortifiée et aussi couturée que la peau de l’ouvrier. Pauvre muscle qui tressauta en voyant la silhouette de son bourreau se remettre à bouger. Qu’allait-il faire, maintenant ? La question était éloquente, dans le regard méfiant de Jax qui s’attendait à tout et à rien en même temps. Il était bien incapable de prédire les moindres décisions et actes de l’imprudent. Si cela avait été le cas, serait-il là, sur le qui-vive, à observer chacun des gestes de son interlocuteur ?
Viens.
Tel un félin qui avait passé son existence sous le fouet d’un dompteur cruel, Jax fixa cette main tendue, craignant le revers de celle-ci. Mais Bran la laissa retomber et Jax chercha l’air, le corps toujours prostré, le cœur toujours frissonnant, et quand son regard avisa cette manie qu’avait Bran de se mordre la lèvre, Jax ne put réprimer un grondement de protestation. Il le faisait exprès ! L’ouvrier avait eu la faiblesse de laisser échapper l’effet que lui faisait cette simple vue et Bran en jouait impunément. Quels autres détails avait-il soigneusement consignés dans l’unique but de dresser l’ours méfiant ? Un long frémissement parcourut la colonne vertébrale de Jax et une lueur farouche éclaira son regard qui se darda résolument sur l’adolescent. Il laissa le silence fondre sur eux. Puis un mince sourire vint ourler ses lèvres :
- Je ne suis pas sûr que tu mérites que je te montre quoi que ce soit…
La seconde d’après, pourtant, il avait déplié son long corps, s’éloignant de la fenêtre et des échos des conversations qui persistaient à l’étage inférieur, inconscientes de celle qui se tramait à l’étage. Jax vint se poster devant le garnement, la différence de taille étant accentuée par le fait qu’il soit debout et Bran toujours assis sur le lit. D’un geste lent mais précis, l’ouvrier vint effleurer la mâchoire parfaitement dessinée du trouble-fête. Ses yeux vert-de-gris détaillèrent le visage offert à la lumière tamisée et ses lèvres s’écartèrent en un sourire conquis, perdu dans un lointain que personne ne pourrait jamais atteindre et où il cacha ce tableau parfait, bien décidé à ce que personne ne puisse jamais lui ôter ce souvenir. Il le voulait gravé dans sa mémoire, dans ses rétines et dans sa peau. Conscient qu’il ne pourrait pas éternellement se perdre dans ce mirage, Jax finit par combler la distance entre leurs bouches, se penchant pour cueillir les lèvres entrouvertes et retrouver le goût délicieux de ce que Bran avait bu avant de monter dans sa chambre, les doigts glissés sous le menton de Bran, le guidant dans l’autre sens pour le forcer à se redresser. Une délicieuse coulée vint brûler les entrailles de Jax qui peina à reprendre son souffle, comme si tout l’air que contenaient ses poumons avait été aspiré par le baiser et il fallut qu’il perçoive son propre déséquilibre pour rompre le baiser. Loin de lui donner envie de reculer ou retourner à l’abri relatif de l’alcôve de la fenêtre, l’interlude lui arracha un rire ronronnant et il passa le pouce sur cette lèvre tentatrice.
- Ils vont finir par se demander où tu restes, murmura-t-il avant de laisser retomber son bras, s’écartant d’un pas pour mieux se laisser tomber sur le lit, à la droite de Bran.
Car malgré le rêve éveillé qu’il vivait, Jax avait toujours un pied dans la réalité et celle-ci ne lui faisait pas oublier que ceci n’était qu’un sursis, une incohérence qui se dissoudrait dans le temps dès que la raison serait revenue à Bran. Non pas que l’ouvrier aille jusqu’à se persuader que l’autre n’agissait que sous l’effet de l’alcool mais il restait prudent et il émit un profond soupir en fixant le plafond, se passant une main dans les cheveux, l’autre caressant distraitement le dos de son jeune tourmenteur.
Au lieu de se coucher, n’aurait-il dès lors pas mieux fait de se lever et de s’en aller ? Mais c’était impossible. Comme si une force d’attraction irrésistible le clouait là, près de Bran, vers lequel il ramena son regard. Un regard un peu cynique qui disait : t’imagines leur tête si on te trouve ici ? Avec moi ? Mais il ne voulait pas le dire à haute voix parce que cela aurait terni le silence et Jax ne voulait y entendre que les battements lourds de son cœur et le sifflement de leurs souffles. Et, peut-être, dans le lointain, la vie qui continuait.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:41

Brandon Rose a écrit:C’était parce qu’il n’y croyait pas vraiment qu’il se permettait de sourire comme une canaille. Comme ça, si Jax le repoussait, il n’aurait pas le temps d’avoir l’air déçu. Tout était dans le sourire de brigand, qui séduisait autant qu’il moquait. Tout était dans la lueur des yeux, caressante puis acérée, une nuance qui naissait au coin des lèvres pour se propager aux prunelles sans pitié. Si Jax se jouait de lui, Bran était préparé. Du moins, c’était ce dont il voulait se persuader alors qu’il passait au crible sévère et méfiant de l’aîné. Comment expliquer ce que ce regard lui faisait, là, au creux du ventre, et puis dans la gorge ? Il avait l’impression de ne pas le mériter. Et quelque part, c’était vrai. Il ne devrait pas être là. Il aurait dû s’enfuir au premier rapprochement, s’écarter dès que Jax s’était approché. Il aurait dû se tenir à distance, calmer les velléités d’indépendance de sa main qui n’avait aspiré qu’à trouver celle de Jax. Tout ça, c’était mal, Bran le savait parfaitement. Il avait une copine, à qui il était incapable de penser dès que Jax était dans les parages. Il avait une trajectoire, un plan tout tracé, qu’il n’avait pas envie de respecter. Tout était déjà prêt, parfaitement étudié pour qu’il réussisse – et l’échec serait vertigineux. Mais pas plus vertigineux que le frisson qui parcourut sa colonne vertébrale lorsqu’il vit Jax se lever et avancer vers lui. Son corps se bloqua, son sourire de fripouille disparut pour ne laisser qu’une nudité fébrile, presque craintive. Au-dessus de lui, Jax exerçait ce pouvoir magnétique auquel Bran était incapable de résister. Et il ne le souhaitait pas, d’ailleurs. En lui ne se jouait aucun duel. Non, il était entièrement consentant, assujetti volontairement à l’énigme de ces yeux inexplicables. Il ne comprenait pas les motifs de Jax, il était incapable de se mettre à sa place, de deviner sa vie, ses pensées, les raisons qui l’avaient poussé à taire ce qui pourtant paraissait si évident lorsqu’ils se touchaient. Il l’acceptait, parce qu’il n’avait pas d’autre choix.
Les doigts calleux vinrent caresser sa mâchoire, en retracer les contours affûtés et dans un imperceptible abandon, Bran pencha légèrement la tête pour venir épouser la paume de Jax. Il voulait ces mains encore et encore, et puis pas seulement sur son visage. Il les voulait ailleurs, sur son cou, dessinant des lignes invisibles sur ses clavicules offertes, sur ses bras qui frissonneraient sous le zéphire délicat, sur son ventre et puis peut-être encore ailleurs, encore plus loin, où elles seraient moins caressantes et plus audacieuses. Mais pas tout de suite.
Pour l’instant, il y avait la bouche de Jax contre la sienne, la moiteur chaude de son baiser qui l’enveloppait et faisait ronronner son ventre, comme s’il était un chaton se prélassant au soleil. Obéissant et docile, Bran laissa l’aîné guider son corps vers le sien et il s’étendit autant qu’il le put pour ne jamais rompre le contact, absorbé dans la douceur ouatée, fébrile, ses phalanges blanchies à force de se cramponner au bord du lit pour ne pas se laisser aller contre l’épaule ferme et robuste de Jax. Pourtant, s’y appuyer, la tête dans le creux, s’imprégner de son odeur, tendre l’oreille pour attraper un battement de cœur, Bran en avait le vertige rien que d’y penser. Les yeux fermés, il laissa échapper un son de frustration lorsque Jax s’écarta et il posa sur lui un regard presque offensé. A quoi bon lui faire tourner la tête si c’était pour s’arrêter au premier tour de manège ? Le pouce passé sur la lèvre encore toute enflée de tendresse ne suffit pas à contenter Bran qui eut un petit rictus incrédule lorsque Jax évoqua les « ils ». Ils, des visages sans nom, des noms sans visage, des spectres qui passaient de fête en fête sans qu’au final, ils ne se connaissent jamais vraiment. Que venaient-ils faire là ? « Je me fiche royalement de ce qui se passe en bas et c’est réciproque. » répliqua-t-il, acide tandis qu’il suivait Jax du regard et l’observait prendre possession du lit, prudemment (et sans enlever ses chaussures, mais Bran se retint de dire quoi que ce soit).
Jax Beauchamp, dans son lit.
Quelque part, le nœud qui avait pris racine en Bran se resserrait encore plus tandis que son cœur-fleur grandissait encore, pétale par pétale, investissait ses poumons et l’empêchait de respirer correctement. Leurs yeux se rencontrèrent et Bran y lut la même incrédulité cynique qu’il avait éprouvée un peu plus tôt.
La main dans son dos le fit frissonner.
Il ne bougea pas, pas tout de suite.
Doucement, tout doucement, centimètre par centimètre, Bran fit remonter sa main qu’il ne quittait pas du regard. D’abord sur la cuisse, contre le tissu rêche du jean, et des milliers de coquelicots fleurirent sur ses joues lorsqu’il effleura sa boucle de ceinture, conscient du chemin qu’il avait délibérément emprunté sans pour autant approfondir. Il fit comme si de rien n’était – parce que de toutes façons, rien n’était – et continua son exploration, bord de peau contre bord de tissu comme s’il s’agissait d’un ravin qu’il n’osait pas franchir. Il hésita pendant quelques secondes, y aller, ne pas y aller, puis rendit les armes lorsque par mégarde, il effleura la peau douce du ventre. Lentement mais sûrement, il s’aventura sous le tee-shirt de Jax. Il se rappela le diner, la façon dont ses doigts avaient picoté à l’idée qu’ils puissent se glisser sous le tee-shirt de Jax, à la simple idée qu’il puisse effleurer cette peau qui lui faisait si effrontément face. Désormais, ses doigts ne le démangeaient plus. A la place, ils se consumaient, comme tout son corps, comme tout son esprit. « C’est peut-être toi qu’on cherche. Tes potes doivent se demander ce que tu fais. » parvint-il à extraire – ou à croasser plutôt, sans pour autant quitter son audacieuse avancée des yeux.
C’était si doux, la peau de Jax, mais aussi tout le moment, toutes ces minutes en suspens que Bran aurait été bien incapable de décrire. Il n’avait pas les mots pour comprendre, et quelque part, ça l’inquiétait. Car s’il n’avait pas les mots, comment se rappeler de ce qui était en train de se passer ? Comment recréer le moment dans sa tête quand il serait seul, même au milieu de la foule ? Sa mémoire serait-elle suffisante pour rendre justice à ce minuscule fragment d’univers ? Doucement, Bran se coucha à son tour, sur le côté pour pouvoir continuer son exploration timide. Il se blottit, glissant une jambe par-dessus celle de Jax et après une brève hésitation, posa sa tête sur l’épaule du jardinier. L’odeur de Jax, masculine et profonde, l’envahit et sous son oreille résonnait un son caverneux et rapide. Bran ferma les yeux. Il inspira, il écouta.
Sous le tee-shirt de Jax, sa main atteignit finalement le flan et sous ses doigts s’épanouit la cicatrice. Bran n’avait pas besoin de la voir pour la reconnaître. Il n’avait pas oublié l’endroit, c’était bien là. Il vint en redessiner la surface, trop conscient de la différence entre la peau tendre et la rudesse de la blessure. Il allait et il venait, au même rythme des battements de cœur qu’il percevait sous la poitrine de Jax. Les yeux à moitié fermés, on aurait pu croire qu’il s’endormait mais c’était tout le contraire : jamais il n’avait été plus alerte, plus à l’écouter du silence de sa chambre. Il guettait chaque respiration, chaque irrégularité dans le souffle ou dans le cœur, le moindre détail qui pouvait lui signaler un danger, lui signifier la fin du rêve. Mais elle ne venait pas alors il osa une tentative, une première amorce. « Tu me faisais tellement peur. » avoua-t-il, la voix un peu étouffée. Ce sentiment lorsqu’il croisait Jax, ce nœud qu’il ressentait, cette envie qu’il résistait à grande peine. Tout cela l’avait terrifié pendant si longtemps. Et maintenant qu’il avait franchi le pas, était-ce justifié ? Peut-être. Il n’aurait pas dû se sentir aussi bien dans ses bras. Il n’aurait pas dû ressentir un tel calme, un tel contentement à s’abandonner dans les bras de Jax Beauchamp. Mais c’était le cas et Bran savait qu’il n’y avait pas de retour en arrière. « Et maintenant, j’ai encore plus la trouille. » continua-t-il, le cœur en feu. Ses doigts avaient arrêté de danser sur la cicatrice, se contentant désormais de la recouvrir, presque protecteurs. « Je sais que je le mérite pas, mais je veux pas que ce soit la dernière fois, Jax. » conclut-il en faisant disparaître son visage dans le creux de l’épaule, là où son aveu ne pourrait être entendu qu’eux deux, là où il ne pourrait blesser personne, là où il était une confession maladroite et pas une déclaration de guerre, là où ils n’existaient que seuls et ensemble.
The problem is, if I kissed you, that I don’t think I’d be able to stop.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:42

Jax Beauchamp a écrit:Jax aurait voulu que ça soit une bulle intemporelle où ils pourraient rester autant qu’ils le voudraient, parce que, dehors, le monde aurait cessé de tourner et personne ne pourrait remarquer l’absence de Bran, personne pour s’immiscer entre eux, pour interrompre ce tête-à-tête. Vivre éternellement dans cette chambre d’adolescent – de gosse de riche – et ne plus jamais avoir à la quitter, ne plus avoir à retrouver la réalité et tout ce qu’elle impliquait. Mais ça n’était qu’une chimère et Jax n’avait pas eu l’habitude de se bercer d’illusions et savait que le temps leur était compté. Ça ne signifiait pas pour autant qu’il voulait précipiter les choses, que du contraire. Il voulait savourer chaque seconde, imprimer les sensations dans son esprit et dans son corps, afin de pouvoir se rappeler la texture de la peau de Bran sous ses doigts, le goût de ses lèvres dans sa bouche, la chaleur moite de sa langue qui dansait avec la sienne, l’odeur agréable et unique de son parfum, dont il ne parvenait pas à démêler les origines. C’était Bran, c’était tout ce qu’il lui fallait alors qu’il inspirait longuement, espérant naïvement que cela dénouerait ses entrailles, déferait l’étau qui imprimait son poids sur son cœur malmené ou libérerait l’air qui était comprimé dans ses poumons. En vain. La sensation était douloureuse et bienvenue à la fois, une sorte de masochisme dont il pourrait s’abreuver jusqu’à plus soif, jusqu’à mourir heureux d’avoir pu rester si longtemps avec le trublion et d’avoir pu embrasser ce dernier. La notion même lui paraissait irréelle alors qu’il déglutissait nerveusement.  
Comme cette lueur entraperçue dans le regard de Bran quand il s’était approché pour le surplomber. La verve du gamin avait l’art de le mettre sens dessus dessous – de façon positive comme négative – mais ça n’était rien comparé au grondement interne qu’avait fait naitre l’inquiétude fugitive dans les yeux glacés de Bran. La vulnérabilité de l’adolescent laissait Jax abasourdi. Jamais il n’aurait cru Bran capable d’une telle souplesse dans son attitude. Se montrer vindicatif était clairement un talent inné qu’il maitrisait à la perfection mais il était également capable de foudroyer son assurance d’un mot écorché, d’un regard vacillant. L’ouvrier n’était pas préparé à ça. Et la constatation faisait battre son cœur beaucoup plus vite, beaucoup trop vite.
En réalité, il le savait pertinemment : il n’était en rien préparé à Brandon Rose, seule sa fierté égratignée avait pu lui faire miroiter qu’il l’était. Terrible erreur de jugement qu’il ne regrettait aucunement mais qui le poussait à rechercher cette douceur insoupçonnée, à savourer cet aspect de Bran qu’il n’avait même pas eu le loisir d’imaginer. C’était peut-être cela aussi qui l’avait poussé à être plus franc qu’il pensait pouvoir l’être. Jamais il n’avait voulu avouer son attirance enracinée profondément dans le passé, car cela aurait été un aveu de faiblesse irréfutable et irrécupérable, et voilà qu’il la livrait sur un plateau, conscient, au fond, qu’il avait confiance en Bran, que même s’ils ne se connaissaient pas suffisamment, l’impudent n’irait pas jongler avec les confessions pour les faire éclater comme des pots cassés sur le sol. Jax ne savait pas par quel miracle – ou envoûtement – Bran était parvenu à pareil exploit mais il ne voulut pas investiguer. Il n’avait pas le temps pour cela, ni l’envie d’ailleurs.
Il n’en avait que pour sa contemplation rêveuse, les doigts suivant la courbe du dos, butant sur chaque vertèbre, remontant dans une caresse distraite tandis que son regard s’ennuageait, se perdait dans le coton de l’absence, hypnotisé, subjugué par l’improbabilité de l’instant : lui, sur le lit de Bran, Bran qui lui rendait son regard sans émettre le moindre son venimeux. Et la main de Bran qui glissait imperceptiblement, de sa cuisse vers d’autres altitudes. Le regard de Jax cilla légèrement quand les doigts de l’adolescent effleurèrent une zone plus sensible et son souffle se coupa, une demi-seconde, avant de reprendre, alors qu’il voyait les joues du garnement s’empourprer d’un joli rouge obsédant. Bran ne le regardait plus mais Jax s’en fichait, il le regardait regarder sa main évoluer, comme douée d’une volonté propre et le jeune Beauchamp se demanda si c’était Bran qui les maitrisait ou si c’était elles qui maitrisaient Bran. Peu importe, songea l’ouvrier, qui sentit son corps frissonner au contact des doigts de l’imprudent sur son ventre. Jax décela clairement l’avancée de la chaleur qui se diffusa dans son grand corps tendu, comme si son point central était l’endroit que Bran effleurait et que les rayons de la caresse s’étendaient à toutes les zones sensibles de la carcasse de Jax – autant dire partout. Car il avait beau être un homme fait, avec les vestiges de son enfance malmenée, il  n’en restait pas moins humain, victime de ses sens, qui étaient à cet instant précis entièrement tournés vers Bran, voués à Bran.
C’est peut-être toi qu’on cherche.
Jax émit un rire qui dénotait son cynisme quant à cette suggestion. Il bougea à peine pour extirper son téléphone de la poche de son pantalon, de peur d’effaroucher les doigts aventureux, et jeta un coup d’œil à l’appareil.
- Apparemment pas, lâcha-t-il d’un ton railleur en voyant son écran vierge de toute activité. Tu peux être sûr que s’ils ont trouvé des nanas à enrouler, ils m’auront complètement oublié.
Et tant mieux, se dit Jax. Eux aussi, ils faisaient partie de cette réalité à laquelle il ne voulait pas penser ni retourner. Alors il éteignit complètement son téléphone et l’enfonça dans sa poche. Même s’ils cherchaient à le joindre, Trent et Jake ne s’inquiéteraient pas de son silence radio, le nombre de fois où la batterie de son téléphone l’avait abandonné étant incalculable.
Il préférait largement se concentrer sur Bran et il glissa une main sous sa tête, reportant son regard sur Bran, dévoilant par son attitude que l’adolescent pouvait bien faire ce qu’il voulait de lui, quand bien même la conscience de son épiderme couturé et lésé était bien là, et Jax se demanda ce que Bran percevait sous la pulpe de ses doigts. Sentait-il les boursouflures des cicatrices, les ronds presque parfaitement symétriques des brûlures ? Se doutait-il de ce qui avait pu les produire ? Lisait-il sa peau comme du braille ? Ou son esprit était-il ailleurs ? Mais, dans ce cas, où ça ? Celui de Jax, en tout cas, était là, bien présent. Here and now. Mais il crut bien qu’il allait être victime d’un évanouissement spontané quand Bran s’allongea près de lui. Sa main logée dans le creux de sa nuque s’écarta et son bras resta arqué quelques secondes dans le vide alors qu’il sentait son cœur vrombir au contact de la jambe de l’adolescent sur la sienne, de son corps chaud et robuste contre le sien… et de sa tête qui vint reposer contre son épaule. Le bras raide de Jax resta quelques secondes en suspend avant qu’il arrive à déverrouiller son épaule pour venir enlacer le fauteur de trouble.
À n’en pas douter, Bran devait entendre, haut et fort, le tambourinement affolé du cœur de l’ouvrier mais Jax décida que c’était une trahison qu’il était prêt à accepter si cela lui permettait de garder le garçon contre lui. Lentement, les doigts de Jax remontèrent vers l’épaisse chevelure de lionceau de Bran et il les enfonça dans les mèches blondes avec une délectation inavouée. Bran aurait l’air d’être passé sur la chaise électrique quand il se redresserait mais Jax s’en fichait. Rien ne valait la douceur des cheveux de Bran, si ce n’est tout le reste qui le concernait et tandis que la main du jeune Rose explorait un territoire interdit – invariablement, le souvenir du sang et de la bagarre surgit devant les yeux de Jax mais il en chassa résolument l’image – Jax tourna légèrement la tête et effleura le haut du crâne de Bran avec son nez et sa bouche, inspirant profondément – pour s’imprégner du parfum de Bran mais aussi dans une vaine tentative de calmer les coups sourds qui sévissaient dans sa cage thoracique.
C’était sans compter sur l’imprévisibilité de Bran. Jax sentit son cœur rater un battement mais il n’émit aucun son, ni pour encourager ni pour dissuader Bran de poursuivre. Un sourire un peu narquois s’ébaucha sur les lèvres de l’ouvrier qui retint de justesse une remarque. N’était-ce pas le but recherché ? Effrayer pour tenir à distance ? Effrayer pour avoir l’air d’une brute épaisse à laquelle il ne valait mieux pas se frotter ? Il baissa les yeux en écoutant la suite des aveux et se remit caresser les cheveux de Bran alors que l’ampleur de leur signification le pénétrait, injectait dans ses veines un feu ardent qui, il le savait déjà, ne se consumerait jamais. C’était comme si le garnement soufflait sur les braises de flammes qui ne demandaient qu’à rugir et Jax se passa la langue sur les lèvres avec l’impression qu’elles s’étaient subitement asséchées. À moins que ça soit sa gorge qui se nouait alors que le silence les enveloppait, alors que le prénom de l’ouvrier flottait encore, libéré par la voix écorchée et chantante du garçon qui le terrorisait et l’hypnotisait à la fois.
À court de mots, comme souvent – comme toujours ? – Jax ne chercha même pas à répondre dans l’immédiat. Il se redressa sur un coude, juste pour pouvoir glisser de quelques centimètres et retrouver les lèvres qui le tourmentaient et les dévorer avec la fièvre d’une sorte de désespoir. Mais pouvait-on parler de désespoir quand les derniers mots de Bran donnaient des ailes à Jax Beauchamp ? Il avait parfaitement conscience de l’absurdité de l’ensemble : le roi des fleurs et le rat des champs ; la petite amie qui flottait comme une ombre dans un coin du tableau, que Jax le veuille ou non. Mais il s’en fichait, à cet instant précis. Tout ce qui lui importait, c’était que Bran reste là, contre lui, dans cette chambre, loin de tout et de tous. D’une main sûre, l’ouvrier ramena la jambe de Bran plus haut pour pouvoir rouler sur le côté et se trouver plus près, ventre contre ventre, cœur contre cœur, lèvres scellées et corps en émoi.
Lorsqu’il s’écarta, finalement, à peine, juste assez pour pouvoir esquisser quelques mots essoufflés, Jax avait un sourire sur les lèvres :
- Est-ce qu’on peut éteindre la lumière et rester ici jusqu’à la fin de nos jours ? demanda-t-il sur le ton de la plaisanterie.
Mais sa question reflétait le ridicule de leur situation. Bien sûr que non. Et malgré ce que Bran exprimait avec sa déclaration, Jax n’était pas dupe. Il savait que lorsque l’interlude prendrait fin, ils retourneraient à ce flou artistique qui les définissait.
Raison pour laquelle il ne voulait pas qu’un élément extérieur – ou intérieur – vienne rompre leur douce intimité.
Et, qu’à sa façon, il déclarait ne pas vouloir que ça soit la dernière fois non plus.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:42

Brandon Rose a écrit:Bran luttait en silence pour ne pas fermer les yeux. Il ne fallait pas qu’il se laisse bercer, qu’il tombe dans le piège de ces battements de cœur qui imprimaient un rythme, une mélodie à leur échange. Il ne fallait pas qu’il s’abandonne dans le creux de cette épaule. Il devait lutter, trouver un angle inconfortable quitte à ce que les angles escarpés de Jax ne lui rentrent dans la joue ou dans le cou pour l’empêcher de s’abandonner. Mais partout où il essayait de s’écorcher contre le corps de Jax, il ne trouvait qu’une surprenante douceur comme si ce corps pourtant si coriace et déchiré ne cherchait qu’à le recevoir. Alors au bout d’un moment, il arrêta de chercher à tout prix à se faire mal. De toutes façons, il n’aurait pas pu opposer beaucoup de résistance au bras de Jax qui vint l’entourer. Tout son corps se décramponna, ses muscles se relâchèrent et les dernières barrières s’écroulèrent d’elles-mêmes.  Comment auraient-elles pu subsister quand jamais il ne s’était senti plus protégé qu’à cet instant, dans l’abri de ce bras qui avait décidé pour lui ? Comment aurait-il pu protester, alors que les doigts de Jax venaient se perdre dans ses cheveux, actionnant un frisson secret qui naquit à la base de sa nuque et alla mourir délicieusement dans le bas de son dos ? Un ronronnement sourd et conquis, qui n’avait même pas la force ni l’envie d’être une protestation, résonna dans son ventre et Bran enfonça encore un peu plus son visage dans l’épaule de Jax, tandis que les lèvres du jardinier venaient effleurer son front. Bran sentit le torse de Jax se gonfler sous sa joue et il écouta, attentif.
Que lui racontait le cœur de Jax, là, sous cette cage – une cage d’os et de crocs, un coffre-fort que le garçon à la peau couturée défendait bec et ongles, à grands coups de griffes, à coups de clé de bras et de grognements ?
Ta-dam. Ta-dam. Tadamtadamtadam. Ta-dam. Ta-
L’histoire était irrégulière, affolée, saccadée. Bran perdait le fil.
Mais ce n’était pas grave. Qu’importe que la mélodie s’en mêle, qu’importe qu’elle ne soit pas la plus harmonieuse, ce n’était pas ce qu’il recherchait. Il ne voulait pas un cœur à l’unisson du sien, au contraire. Il cherchait juste à s’assurer qu’il n’était pas seul dans cette merveilleuse, virevoltante, terrifiante confusion des sentiments. Car son cœur à lui aussi avait des ratés. Un myocarde défaillant, qui aurait dû appartenir tout entier au sourire d’une jolie blonde aux yeux translucides, qui n’aurait pas dû bondir comme il le faisait en ce moment contre le flan de Jax, si fort qu’il craignait que demain le jardinier ne se réveille avec un bleu en forme de cœur, trace des dérives affolées et incertaines de l’adolescent à ses côtés. Bran ferma les yeux, essaya d’invoquer en pensée cette ecchymose imaginaire sur la peau de Jax. S’il appuyait dessus, lui ferait-il mal ? Bran imaginait le contraire. Non, il voulait que lorsque Jax effleure cette blessure, il éprouve ce que Bran était en train d’éprouver à cet instant : une amertume absolument exquise, la réclamation plaintive d’un corps assoiffé de l’autre. Et lorsque Jax laisserait passer ses doigts sur cette blessure imaginaire, alors Bran ressentirait la même chose dans son corps, comme s’ils étaient connectés, liés par leurs peaux.
Cette fois, ce fut son cœur qui rata un battement.
Déjà parce que l’idée faisait bouillonner ses veines, et puis parce qu’il réalisait qu’ils étaient déjà liés, qu’ils le veuillent ou non, que chaque baiser, chaque seconde qu’ils passaient ensemble plutôt que de se séparer comme ils auraient dû le faire, jetait entre eux ce pont de singe bancal. Et sur chacun des ravins au bord desquels ils se trouvaient était affiché un large panneau où s’étalait en lettres d’or : attention, trésor au milieu du pont.
L’image le fit sourire imperceptiblement, sourire avalé par les lèvres de Jax qu’il n’avait pas tout de suite senti se déplacer. Bran les reçut comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, d’embrasser le fils du jardinier, comme si c’était sans conséquences de glisser ses bras autour de lui, de fermer les yeux et de le laisser s’appuyer sur lui, d’entrouvrir les lèvres et de le laisser investir sa bouche, prendre possession de tout ce qu’il y avait à posséder. Et pendant ce court laps de temps où les lèvres de Jax étaient sur les siennes, Bran crut au doux mensonge qu’il se racontait. Il crut vraiment qu’il n’y aurait aucune conséquence à son incartade, qu’il pouvait s’abandonner autant qu’il le voulait, s’offrir sans conditions ni regrets. Il inclina le cou vers l’arrière, glissa la main dans les cheveux de Jax pour marquer qu’il était bien là, ne chercha même pas à étouffer la faible plainte qui franchit ses lèvres. Tout dans son corps et dans son attitude disait prends-moi, pas forcément comme ça mais oui, prends-moi quand même, fais tout ce que tu veux, serre-moi, touche-moi, je te donne tout. Tout son corps le murmurait, le frémissait contre celui de Jax et lorsque la main de ce dernier vint chercher sa jambe pour mieux rouler contre lui, Bran n’opposa pas la moindre résistance. Leurs corps se rencontrèrent de tous leurs longs et Bran ne cacha rien de la courbe de son ventre qui vint épouser celle de Jax. Leurs peaux s’effleurèrent. Il sentait bon. Et lorsque sa belle voix écorchée vint faire frissonner Bran, il resserra sa prise. Sens-moi, ressens-moi, vraiment, complètement.
Il ne voulait pas le laisser partir. Il allait se casser la gueule, il allait avoir mal, il allait faire du mal, mais tant pis. Il refusait de laisser partir Jax. C’était son côté enfant gâté, péremptoire, obstiné, définitif. Pendant quelques secondes, pourtant, il n’osa pas le regarder, préférant jouer avec le col du tee-shirt et effleurer la douceur chaude de ce cou sur lequel il s’imaginait déposer sa bouche pour mordiller et goûter ce territoire interdit. « Tu peux rester cette nuit, pour commencer. » finit-il par murmurer en relevant craintivement les yeux, conscient des idées qui pouvaient peut-être naître entre les interstices de ces mots anodins. Bran sentit ses joues rosir et se mordit la lèvre, sans faire exprès cette fois-ci. « Je veux que tu dormes avec moi. » A nouveau, l’acier glissait par-dessus le velours mais c’était un acier tendre et encore chaud, encore malléable, pas encore tout à fait battu. « Et que tu me caresses les cheveux, comme tout à l’heure. » Nouvelle demande, presque boudeuse, alors qu’il regardait toujours Jax. Mais Bran n’était pas idiot : il sentait bien que dans ses doléances, il manquait quelque chose qu’il n’avait pas l’habitude de dire. « S’il te plaît. » finit-il par murmurer, comme si le mot lui coûtait. Et pourtant, il y avait un délice, un goût d’interdit à se mettre dans cette position du quémandeur, de l’incertain, une sensation d’inédit qui le faisait frissonner et le plongeait à nouveau dans cette douleur exquise qui lui mordait les entrailles.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:43

Jax Beauchamp a écrit:Jax songea qu’il pourrait rester comme ça une éternité, alors même que son bras, passé autour des épaules de Bran, commençait à s’engourdir. Des picotements qui naquirent au niveau de son coude pour s’étendre au reste du membre. Mais c’était un mal qu’il pouvait supporter sans difficultés, alors qu’il se concentrait plutôt sur ce qui faisait du bien. Comme la chaleur douce qui émanait de leur étreinte, rendant le corps du garnement presque brûlant contre le sien. Ou le fait qu’à chaque fois qu’il inspirait, le parfum du garçon l’imprégnait un peu plus. Ou encore la douceur des cheveux qu’il laissait filer entre ses doigts. Sans parler du feulement de son ventre et de sa main libre qui migrait du genou de Bran vers sa hanche, qu’il pressa doucement avec sa paume, comme pour assouplir un muscle. Il n’avait même pas réalisé qu’il pouvait lui aussi aventurer ses doigts sous le tissu jusqu’à ce que son majeur caresse une parcelle de peau satinée. Le feu se divisa en deux, lui montant aux joues et descendant vers ses entrailles et Jax peina à garder une respiration neutre, qui ne trahisse pas son émoi. Trop tard. Tant pis. Au point où il en était, de toute manière… Il baissa légèrement la tête, son front venant reposer contre celui de Bran, son ventre se gonflant longuement dans une veine tentative de contrôler les battements fous de son cœur, et il glissa la main sous le t-shirt pour dessiner des arabesques du bout de ses doigts abimés, caressant le creux des reins de l’adolescent.
S’il devait définir le bonheur, là, tout de suite, ce serait ça. Les bras enroulés étroitement autour de l’impudent, baignant dans la chaleur réconfortante et dans le parfum délicat mais masculin. Rien ne pouvait égaler cette sérénité, cet instant volé qui était peut-être justement plus pur parce qu’il ne pouvait durer. Parce qu’il ne savait pas si une telle occasion se représenterait. Aurait-il dès lors dû profiter de cet avantage ? Se jeter à corps perdu dans des avances, simplement parce qu’il risquait de regretter de ne pas avoir été plus loin ? Aussi étrange que cela puisse paraitre – même à lui-même, non. C’était parce qu’ils se racontaient des choses inédites, parce qu’ils se perdaient dans les bras l’un de l’autre, que cet instant était magique. Quelque chose de plus animal aurait dénaturé ce premier baiser, ces premières caresses. Jax avait beau désirer le trublion de tout son être, il ne voulait pas que cela soit comme d’habitude, comme avec d’autres. Chimère ou naïveté, peu lui importait, c’était comme ça. Et s’il avait parfaitement conscience que Bran pouvait tout entendre de son trouble, Jax n’y pouvait plus rien. Il pouvait bien savoir, tiens, l’effet qu’il lui faisait, du moment qu’il ne s’arrachait pas à ses bras pour le fuir.
Et ce fut donc un instinct primaire, un naturel galopant, qui poussa Jax à imprimer sa paume contre le dos de Bran quand celui-ci resserra son étreinte et l’ouvrier eut le souffle coupé par la force de l’émotion qui se répandit en lui, comme une vague bienheureuse, comme un vent d’été chaud, comme une onde électrique qui le fit trembler. Le bras passé autour des épaules se verrouilla comme un étau, l’autre remonta plus haut dans le dos pour ramener le corps du fruit défendu encore un peu plus près, comme si Jax cherchait à le faire fusionner avec lui. Il n’avait même pas eu à réfléchir, son corps avait décidé pour lui et Jax voulait bien être son esclave, obéir à chacune de ses pulsions.
Tu peux rester cette nuit, pour commencer.
La suggestion provoqua un nouveau raz-de-marée que le rat des champs exprima d’un grondement sourd, alors même qu’il n’en croyait pas un mot. Quel doux tableau que celui-là, pourtant. Ne pas avoir à se soucier des minutes qui filaient à toute allure, du risque que quelqu’un surgisse et les trouve enlacés. S’endormir avec cette chaleur qui se diffusait d’un corps à l’autre, comme un échange standard, équitable. Pouvoir ponctuer les moments de torpeur de baisers enfiévrés. Continuer à parcourir la peau douce sous le t-shirt. Tout ça, c’était trop beau pour être vrai et Jax refuserait obstinément de se laisser berner. Le retour sur la terre ferme n’en serait que plus fracassant et l’ouvrier s’estimait déjà assez abusé par la vie pour se heurter au miroir de ses désirs les plus enfouis. Le regard brumeux de Jax se perdit un instant dans la source d’eau claire des yeux de Bran et il eut un léger sourire, désabusé, désenchanté. Tu ne sais pas ce que tu veux. Pas vraiment, eut envie de rétorquer Jax mais il ne voulait pas froisser leur intimité, l’innocence de la demande, si tant est qu’on puisse associer quoi que ce soit d’innocent à Brandon Rose. Pourtant, là, c’était le mot qui lui chatouillait les lèvres et Jax pensa que c’était peut-être simplement sa jeunesse ou l’effet surprenant que pouvait avoir un tête-à-tête entre deux êtres aussi opposés qu’ils l’étaient. Un léger gloussement échappa à l’ouvrier. L’incrédulité s’y mêlait à la frustration de ne pouvoir accéder à la demande. Jax releva les yeux vers les cheveux blond cendré dont il caressa quelques mèches entre son pouce et son index. Mais était-ce vraiment les fils d’or qui l’intéressaient ou le besoin de fuir l’attention de Bran ? Jax déglutit nerveusement et sentit son cœur se lancer dans une nouvelle cavalcade. S’il te plait. Le regard de Jax cilla et revint se perdre dans celui de l’imprudent, restant muet quelques longues secondes, comme s’il pesait le pour et le contre avant de répondre :
- Et ta cour, t’en fais quoi ? Je sais, je sais, t’en as rien à battre.
Un sourire narquois s’était épinglé à ses lèvres alors qu’il anticipait la réponse de Bran. D’un geste souple mais déterminé, il fit basculer Bran sur le dos et se retrouva à le surplomber. Mais la proximité de l’instant précédent s’était perdue et l’ouvrier se retrouva agenouillé, dominant à moitié le garnement. Il n’était cependant pas prêt à dire au revoir et il se pencha, repoussant légèrement le haut de Bran pour dévoiler son nombril et le début de ses côtes. Jax effleura le ventre offert à la lumière tamisée avec ses doigts. Puis ses lèvres. Y imprimant une poignée de baisers frustrés et affamés avant de se redresser au moment où il entendait un écho dans le couloir. Il aurait été prêt à parier qu’il avait entendu le prénom du trouble-fête.
- Qu’est-ce que je disais ? lâcha-t-il, d’un ton équivoque, à la fois amer et cynique.
Jax quitta le lit et chaque centimètre qui l’éloignait de Bran était un calvaire, raison pour laquelle, sans doute, il lui adressa à peine un regard alors qu’il tirait sur son t-shirt pour ne pas avoir l’air complètement froissé.
- Tu devrais aplatir un peu tes cheveux. Juste pour éviter les questions suspicieuses. A la prochaine.
C’était sans parler des vestiges des joues qui avaient été cramoisies. Et les lèvres qui trahissaient quelque peu le jeu auquel elles s’étaient adonnées. Mais Jax ne pouvait rien y faire et il se faufila dans le couloir plongé dans l’obscurité, se dirigeant vers l’escalier qu’il avait emprunté une demi-heure plus tôt pour chercher les toilettes. Une ombre s'étira sur le mur et Jax se glissa de justesse dans une pièce – la fameuse salle de bain qu’il n’avait pas trouvée – pour laisser passer le fêtard qui appelait (et cette fois il n’y avait plus aucun doute) Bran. Jax attendit qu’il se soit éloigné pour sortir de sa cachette et poursuivre son échappée belle. Le cœur en vrac. L’esprit encore envoûté.
Si on lui avait dit ce qu’il allait fabriquer ce soir une heure plus tôt, à n’en pas douter, il se serait bien fichu de la gueule du malheureux qui pouvait lui sortir de telles inepties.
Et pourtant.
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Re: does it burn you like you burn me ?

Message par Jax Beauchamp le Mar 22 Mai - 20:43

Brandon Rose a écrit:Reste. C’était tout ce que Bran demandait. Qu’il reste là, dans ce lit un peu trop étroit, qu’il s’enfonce dans le matelas, qu’il imprime la forme de son corps, qu’il y laisse le parfum musqué et piquant. Qu’il se fonde là, et qu’il ne reparte plus jamais. Qu’il ne lui tourne plus jamais le dos.
Bran s’imaginait déjà pouvoir glisser ses mains sous le t-shirt de Jax. Il le lui ôtait lentement, maladroitement, parce qu’ils étaient serrés dans son lit et que pour une raison qui lui échappait alors qu’ils étaient seuls, il craignait de faire du bruit, d’attirer l’attention sur eux. Sous ses doigts glisserait une peau abîmée et déchirée dont il pourrait l’histoire en braille et qu’il embrasserait, centimètre par centimètre, comme si ses lèvres étaient un baume. Et Jax lui ôterait son t-shirt, ou s’il n’osait pas, Bran le ferait pour lui et il lui prendrait les mains pour les poser sur sa peau, pour qu’il le découvre, pour qu’il comprenne qu’il n’avait rien à craindre, qu’au contraire, il ne demandait que ça, ses mains sur lui, sa bouche sur la sienne, son corps imprimé contre le sien, et puis qu’ils s’endorment comme ça, tous leurs secrets cachés entre les interstices de leurs deux peaux, si profondément collées l’une à l’autre qu’il ne saurait plus où il commençait et où Jax se finissait.
Il revint à la triste réalité cependant, là où ils étaient encore habillés, là où Jax le fixait, de ces grands yeux clairs et accablés, un sourire cassé aux lèvres, et Bran sut instinctivement qu’il n’obtiendrait pas ce qu’il voulait ce soir. Le nœud dans son ventre se resserra d’un coup et il eut mal, comme jamais auparavant il n’avait eu mal à cause d’un sourire. Les doigts de l’aîné glissèrent dans ses cheveux et Bran ferma les yeux pour capturer la sensation. Reste, songeait-il de toutes ses forces. Il ne voulait pas s’humilier à nouveau, il ne voulait pas quémander à voix haute encore une fois alors il ne pouvait qu’espérer que Jax puisse lire dans ses pensées. Reste, juste pour dormir, pour être avec moi. Ses mains se resserrèrent autour du corps de Jax pour le convaincre silencieusement. Il rouvrit les yeux et leurs regards se rencontrèrent, s’écorchèrent l’un l’autre, et jamais Bran ne se sentit aussi démuni qu’à cet instant. A nouveau, Jax pointa du doigt les courtisans qui l’attendaient en bas, et si Bran avait consenti à se montrer indulgent la première fois, cette fois, il sentit un nœud de colère obstruer sa gorge. Pourquoi fallait-il qu’il se comporte toujours ainsi ? Pourquoi ne pouvait-il pas profiter de l’instant présent ? N’étaient-ils pas bien, là, tous les deux alors que le reste du monde les ignorait ?  « T’es sérieux ? » siffla-t-il entre ses dents. Mais Jax ne lui répondit pas. Emporté par la force de l’ouvrier, Bran se retrouva sur le dos, dominé – le mot le fit rougir jusqu’aux oreilles, pas de honte mais d’un plaisir coupable – par la silhouette de Jax. Toute colère disparut, mais le nœud dans sa gorge resta bien là. Il fixait Jax comme un naufragé qui aperçoit la terre pour la première fois depuis des mois. « Qu’est-ce… » Les mots furent aspirés par la bouche de l’ouvrier sur son ventre, et Bran ferma les yeux, inspirant à fond. Naturellement, ses mains vinrent glisser sur les épaules de Jax et il se liquéfia entre ses draps. Pendant quelques secondes, son esprit fut complètement ailleurs mais son corps, lui, était bien là, douloureusement, délicieusement conscient de la chaleur humide des lèvres de Jax sur la peau de son ventre qui ne demandait que ça.
Puis Jax se redressa et il eut froid tout à coup, très froid. Il rouvrit brutalement les yeux pour découvrir que l’ouvrier s’extirpait du lit. Interloqué, Bran se releva sur ses coudes. Il se fichait de l’allure qu’il devait avoir, débraillé, les cheveux ébouriffés, la bouche humide et les joues couleur pivoine. « Tu fais quoi, là ? » demanda-t-il, la voix plus aigue qu’il ne l’aurait voulu, alors qu’il observait Jax remettre en ordre son tee-shirt et ses cheveux sans lui adresser un seul regard. Il partait ? Aussi simplement que ça ? Sous le choc, Bran resta immobile quelques secondes puis finit par se lever. Il ne permettait pas cette séparation, non, il ne l’acceptait pas une seule seconde. « Jax, attends ! » Il tendit la main, avança d’un pas, mais Jax avait déjà disparu sans lui adresser un seul regard.
Bran ! Quelque part, on l’appelait, mais il se contentait de fixer la porte par laquelle Jax s’était enfui comme un voleur. Etait-ce son plan depuis le début ? S’infiltrer dans la chambre de Bran, lui voler un baiser pour mieux disparaître par la suite ? Le corps en feu et le cœur malmené, Bran était incapable d’apporter une réponse à cette question qui le hantait et lorsqu’on l’appela une seconde fois, il sursauta. « J’arrive ! » s’exclama-t-il d’une voix agacée. Il se passa la main sur le visage comme pour en enlever les stigmates des baisers qu’il avait encore l’impression de sentir sur sa peau, puis dans les cheveux pour se redonner contenance et une allure décente. Lorsqu’il sortit de sa chambre, personne n’aurait pu deviner la demi-heure de paradis qu’il venait de passer. Sauf si Jax était encore là, quelque part au milieu des invités, prétendant que rien de tout ça n’était jamais arrivé.
Mais lorsque Bran redescendit, il ne put que constater la triste vérité. Jax avait complètement disparu. Il ne lui restait que ses souvenirs.
Et l’impression d’avoir manqué la plus belle soirée de sa vie.

fin.
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