trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

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trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:03

Brandon Rose a écrit:

jax & bran
from my eyes, from my sad mouth—
you are the universe made flesh.

(francisco x. alarcon)

Il n’aurait pas dû prendre autant de précautions pour se montrer silencieux, mais quatre années d’entraînements hebdomadaires matinaux n’avaient pas suffi à le défaire de cette étrange habitude qui le poussait à évoluer à pas de loup dans le gymnase, comme s’il se rendait coupable d’effraction alors qu’il était parfaitement dans son droit. L’entraîneur de l’équipe d’escrime lui avait donné les clés lors de sa première année de lycée, pour qu’il puisse s’exercer le samedi matin en plus et Bran faisait bon usage de ce privilège. Privilège, selon certains, qu’il avait gagné en passant de longues heures dans le bureau du coach. Non, avait répliqué Bran avec une suffisance angélique et un sourire qui creusait de délicieuses fossettes au coin de ses lèvres, il était simplement meilleur. Il ne sacrifiait pas ses dimanches matin pour rien. Lui, il était là pour gagner, pas pour se contenter d’une tape sur la tête et d’un trophée de participation. Tant pis pour les autres, Bran n’avait pas de temps à perdre avec une bande de crétins qui pensaient que se vider une bouteille entière de déodorant équivalait à prendre une douche. Et puis, cette clé du gymnase, c’était aussi l’opportunité d’être seul. Souvent, on lui avait demandé d’entrer avec lui. On avait insisté, on lui avait donné un coup d’épaule faussement complice et promis des faveurs – inutiles, car Brandon Rose n’avait besoin de rien ni personne, merci bien – mais il avait toujours refusé, prétextant avec un sourire poli (sans fossettes, cette fois-ci, un sourire de statue de marbre) que le coach lui avait interdit de ramener qui que ce soit. En vérité, le coach ne lui avait rien dit du tout, la plupart du temps parce qu’il était trop occupé à obstruer ses facultés vocales avec des beignets et si des recommandations avaient été faites, Bran ne les avait pas écoutées, trop occupé à réaliser la chance que représentait cet espace vide, tout entier, tout à lui. Il ignorait pourquoi l’endroit avait tant d’importance pour lui. Après tout, il vivait dans une propriété sublime et souvent désertée de ses habitants – son père et sa belle-mère ayant depuis longtemps estimé qu’il pouvait se débrouiller tout seul. Mais ce n’était pas à lui. Ce n’était pas lui.
La porte du gymnase s’ouvrit en grinçant légèrement sur une longue salle encore plongée dans le noir complet, et Bran se dirigea à tâtons vers les vestiaires où l’attendait son équipement d’escrime. Il alluma la lumière, crue et nue, qui vint se répercuter sur le carrelage d’un bleu délavé. L’endroit était moite et sentait la sueur, la compétition et l’angoisse, quelque chose d’aigre et asphyxiant que Bran aspira à pleins poumons, comme si ses veines allaient se gonfler de cette ambiance légèrement flottante. Il se laissa tomber sur un banc, tenta d’absorber l’image du vestiaire vide et ferma les yeux un instant. C’était l’un de ces jeux auxquels il jouait contre lui-même. Lorsqu’il rouvrirait les yeux, les distances seraient-elles les mêmes ? La petite tâche sur le carrelage serait-elle à droite ou à gauche du robinet ? Se sentirait-il toujours aussi vide, toujours aussi aspiré par un ravin vertigineux ? Bran rouvrit brutalement les yeux et la lumière crue lui fit tourner la tête. Il ne voulait pas avoir ce genre de pensées, pas maintenant, et il enfila rapidement son survêtement et son tee-shirt, ouvrit son casier et y récupéra son épée, une lame fine et tranchante encore enveloppée de son fourreau. C’était ce dont il avait besoin. Sa lame, des cibles à n’en plus finir et des heures interminables, jusqu’à ce qu’il ne pense plus, jusqu’à ce que son esprit et son corps soient si épuisés qu’il ne puisse plus aligner un moment devant l’autre. Il quitta les vestiaires pour retourner vers le gymnase et sa main chercha quelques minutes l’interrupteur. Un clic retentit et les néons se mirent à grésiller les uns après les autres, projetant leur lueur blafarde sur la longue salle tous usages et les gradins. Bran balaya l’endroit du regard et stoppa net.
Quelqu’un était allongé, là, au troisième rang.
Et pas n’importe qui, non.
Il fallait que ça soit ce néanderthal de Jax Beauchamp.
Facile de le reconnaître : débraillé, infoutu de s’habiller correctement, l’air énervé même lorsqu’il pionçait. Bran resta interdit, interloqué. La surprise dura dix secondes, tout au plus, avant qu’il ne réalise qu’on ne devait pas attendre grand-chose de ce rustre. En vérité, une entrée par effraction dans un gymnase devait figurer au bas de la liste des exactions dont le fils de l’ancien jardinier avait dû se rendre coupable tout au long de son inintéressante vie.  Bran leva les yeux au ciel et s’approcha à pas légers. Il observa le garçon plus âgé d’un air circonspect, son visage collé contre le bois dur et inconfortable du banc, et décida avec magnanimité de le tirer de son inconfort. Doucement, il enfonça son épée - toujours dans son fourreau - dans l’épaule de Jax et remua légèrement la pointe, juste assez pour que le dormeur-squatteur ne ressente la pression. « Hey, la Belle au Bois dormant. Réveille-toi. » ordonna Bran. Il appuya un peu plus et il haussa un sourcil impatient lorsqu’il vit le fils du jardinier commencer à s’ébrouer faiblement. Beauchamp était en piteux état – ça ne changeait pas de d’habitude – mais ce n’était pas ça qui interpellait Bran. Non, les nombreux fashion faux pas du molosse n’arrivaient qu’en deuxième position après cette épineuse interrogation : que foutait-il là ? « Comment tu es entré ? » demanda Bran alors qu’il tenait toujours son épée enfoncée dans l’épaule du jeune homme. Et comme la réponse ne venait pas assez vite à son goût de petit prince, il ne résista pas à la vague de fourberie qu’il sentait monter dès qu’il croisait le chemin de cet énergumène débraillé. « Le Secours Populaire, c’est à l’autre bout de la ville. » ajouta-t-il, avec une perfidie aussi exquise que le sourire dégoulinant de fausseté qu’il offrit à Jax lorsque leurs regards croisèrent le fer.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:04

Quand il avait vu l’endroit qu’ils voulaient investir, Jax avait hésité une fraction de seconde. Non pas par peur d’entrer par effraction dans ce lieu-là mais parce qu’il l’associait invariablement à ces gosses de riche qui paradaient dans leur uniforme comme si le monde leur appartenait (ou, plus honnêtement, l’un d’eux en particulier). Le moment de flottement une fois passé, toutefois, Jax avait suivi les trois autres garçons sans broncher, escaladant les murs et arbres avec l’agilité de celui qui s’adonne à ce genre d’acrobaties régulièrement. L’ombre de la nuit était leur alliée et ses acolytes avaient eu l’air de savoir où ils allaient, quels endroits éviter, quelle fenêtre ne fermait pas convenablement. Ils s’étaient hissés et faufilés jusqu’à pénétrer dans une large bâtisse qui s’avéra être une sorte de gymnase, comme en conclut Jax en sautant dans le couloir désert, rejoignant les autres voyous.
Il n’était jamais entré à la Edgewater Academy, pas par une porte dérobée, encore moins par l’entrée principale. Il ne savait pas trop pourquoi. Comme s’il s’agissait d’une part du monde qui était hors de sa portée (ce qui, en soi, n’était pas faux) mais qui, en plus, aurait été auréolée d’un champ électromagnétique qui aurait refoulé tous les pauvres idiots comme lui qui ne pouvaient espérer fouler un jour ces contrées mystérieuses. Une idée absurde qu’il avait chassée d’un sourire narquois alors qu’il suivait la petite bande, non sans jeter des regards curieux autour de lui. A vrai dire, l’infrastructure n’avait rien  d’extraordinaire, elle avait toutes les caractéristiques du centre sportif où la sueur imprégnait les murs, où les éclats de voix semblaient habiter l’atmosphère, même s’il n’y avait ni entrainement ni compétition. Il avait eu le même au lycée, ou presque. La différence, c’était qu’ici, tout respirait le luxe – et, par extension, aux yeux de Jax, le dédain. Raison pour laquelle, à n’en pas douter, ses comparses adoraient s’y frayer un chemin : pour montrer que ce petit monde ne vivait pas retranché, à l’abri de la mauvaise graine de Windmont Bay, et que malgré les disparités sociales, ils pouvaient être les maitres des lieux, s’ils le souhaitaient. Un leurre, songeait Jax, mais un leurre qui n’était pas désagréable.
Ils avaient passé la soirée à boire directement au goulot des bouteilles d’alcool qu’ils s’étaient procurées – Jax n’avait eu qu’à se faufiler dans la réserve personnelle de son père pour en emporter deux – à trouver des surnoms toujours plus grotesques pour affubler les élèves qui arpentaient cette école la journée, à refaire un monde à leur effigie, à se rassurer comme ils pouvaient en prétendant qu’ils avaient autant de chance de réussir que les petits merdeux qui étudiaient dans ce lieu privilégié. Comme à son habitude, Jax s’était contenté de les écouter, le regard dans le vague, absorbant la liqueur, perdu dans ses propres pensées (qu’il ne partageait pas avec les autres), bercé par leurs voix rugueuses et amères.
Et puis il avait dû s’endormir. Et les autres, plutôt que de le réveiller, avaient dû s’éclipser à l’aube, l’abandonnant sur le gradin où il s’était allongé, la tête posée sur la main. Et il avait dû boire à l’excès car même quand les néons se mirent à clignoter et à éclairer la vaste salle que ses potes et lui avaient squattée cette nuit, Jax tressaillit à peine. Son esprit était plongé dans un brouillard épais que rien ne pourrait fendre, pas même la lumière crue et artificielle, pas même l’odeur singulière du gymnase, ou  les pas légers d’un visiteur matinal, dont les chaussures couinaient légèrement sur le sol parfaitement ciré. Il fallut qu’un objet pointu s’enfonce dans son épaule pour que, petit à petit, il émerge de son inconscience. Mais c’est la voix, en réalité, qui finit de le tirer de sa léthargie. Une voix affreusement familière et, pendant une fraction de seconde, dans sa torpeur, Jax se demanda s’il n’aurait pas préféré que ça soit la voix grondante et méprisante de son père qui vienne troubler son sommeil, au lieu du timbre onctueusement narquois et dédaigneux du fils Rose. Jax n’ouvrit pas les yeux, pas tout de suite, espérant que l’autre allait se lasser et lui foutre la paix. Il pouvait même aller appeler la sécurité pour raccompagner l’intrus hors du périmètre du lycée, s’il voulait. Mais la pointe accentua sa pression et la remarque de l’adolescent mit fin à la résistance relative de Jax.
D’un geste brusque, le jeune Beauchamp attrapa l’extrémité de l’instrument de torture et le serra dans son poing tandis que son regard clair incendiait l’imprudent. Il repoussa la pointe d’un mouvement tout aussi brutal et se redressa pour s’asseoir sur le gradin – devenant ainsi un poil plus menaçant pour le vermisseau qui le toisait d’un air provocateur. Machinalement, tout en se massant l’épaule là où la pointe s’était enfoncée, Jax jeta un coup d’œil au décor dans lequel ils se trouvaient et qu’il n’avait pas eu l’occasion de voir lors de sa visite nocturne. Il y avait des cadavres de bouteilles à ses pieds et il devina l’image désastreuse qu’il devait offrir, avec sa gueule de bois évidente, ses vêtements froissés et cerné des vestiges d’une beuverie. Et il fallait bien sûr que ça soit Brandon Rose qui le découvre dans cette position. Mais pourquoi s’en faisait-il ? Même habillé comme un prince, il ne ferait jamais illusion à côté du gamin impétueux élevé dans l’or et les fleurs odorantes.
- Fais gaffe à ce que tu dis, gamin, finit par répliquer Jax d’une voix rauque en saisissant une bouteille vide qu’il fit négligemment tourner dans sa main. C’est pas ton jouet qui va m’empêcher de te refaire le portrait si tu me casses les couilles.
Il releva les yeux vers l’adolescent, pour s’assurer qu’il avait saisi le message mais son regard s’arrêta sur son accoutrement et un sourire mesquin se dessina sur les lèvres du jeune homme qui haussa les sourcils :
- Mais qu’est-ce que t’es mignonne dans ton déguisement. Tu comptais affronter qui ?
Ce qui signifiait, au vu de la lueur moqueuse dans son regard : facile de gagner contre le vent. Et comme pour gagner un peu plus d’autorité sur l’adolescent, Jax se releva lentement, récupérant la dizaine de centimètres qu’il possédait sur son interlocuteur. Bran pouvait bien le prendre d’aussi haut qu’il le voulait, Jax était bien décidé à ne pas lui laisser l’ascendant.
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Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:04

Brandon Rose a écrit:La présence de Jax Beauchamp en ces murs lui hérissait le poil, faisait glisser sur sa peau un frisson désagréable qui lui griffait la nuque. Il n’aimait pas le voir là, irruption d’un monde dans l’autre, collision contre nature de deux univers qui auraient mieux fait de rester parallèles. Ils n’étaient pas faits pour être dans le même périmètre. Il y avait quelque chose chez Jax, une désinvolture, une indifférence qui donnait à Bran des envies irrépressibles de s’approcher un peu trop près de la flamme et de l’asperger d’essence. Jax ne correspondait à rien de connu, et c’était bien ce qui posait problème à Bran : il détestait l’imprévu. Il détestait être déstabilisé, surpris, pris de court, il détestait cette impression de rater une marche et de plonger dans le vide, sans aucune barrière pour se rattraper, sans prise pour éviter de plonger dans le ravin – une image qui le hantait, ces temps-ci. Etait-ce parce que bientôt, il devrait faire un choix et partir de Windmont Bay ? Parce qu’il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait hors des frontières confortables de la petite ville ? Quoiqu’il en soit, croiser Jax et le voir perturber sa routine si bien huilée ne faisait que renforcer la sensation que tout était hors de contrôle.
Et ça, Brandon Rose ne le tolérait pas.
Il ne tolérait pas grand-chose, en fait, quand il s’agissait de Jax Beauchamp.
L’épée s’enfonça dans le mou de l’épaule et secrètement, Bran espéra toucher un point sensible, une blessure fraîche, pour que Jax se réveille plus vite. Car plus vite il ouvrirait les yeux, plus vite il déguerpirait et plus vite il pourrait reprendre ses habitudes parfaitement huilées. Il avait déjà suffisamment de problèmes comme ça – une interro de biologie particulièrement récalcitrante, son coach d’aviron qui ne cessait de lui demander quelle fac il avait choisi, sa copine qui ne lui parlait plus depuis deux jours – pour que le désastre humain ici présent n’en rajoute une couche. Et son souhait fut exaucé plus rapidement que prévu, car soudain, un grognement particulièrement repoussant émana du large corps allongé et Jax s’ébroua à la manière que Bran jugea semblable à celle d’un chien errant. Un chien errant mais rapide, et Bran ne put éviter le poing qui se referma sur le fourreau de sa lame. Son visage se ferma alors, prenant des contours semblables à celui du granite pur et si l’iceberg de ses yeux avait pu se transformer en lames, alors Jax n’aurait plus été qu’un corps ensanglanté à l’heure qu’il était. Il le détestait, seigneur, ce qu’il pouvait le détester, ce grand imbécile et ses sales manières de bête sauvage. Pourquoi fallait-il qu’il tombe sur lui ? La mâchoire contractée et l’œil brillant, Bran résista du mieux qu’il put à la force de Jax et se maudit de devoir faire un pas en arrière, emporté par l’élan que lui imposait le fils du jardinier. Car c’était ce qu’était Jax Beauchamp, pas vrai ? Le fils du jardinier, une ombre brute et silencieuse qui passait à son temps à disparaître derrière les rosiers et autres arbres luxuriants de la propriété des Rose. Il aurait dû être insignifiant, si facilement tombé aux oubliettes, et pourtant, alors qu’ils se tenaient face à face, Bran avait l’étouffante impression que le garçon au profil de loup prenait toute la place et respirait tout son air.
Qu’il aspirait tout autour de lui, et qu’il n’avait pas d’autre choix que de le regarder en face.
Pris au piège entre Jax et son orgueil, Bran battit des cils mais pas en retraite. Au lieu de ça, il observa avec attention chaque mouvement du mastodonte, conscient que les menaces prononcées d’une voix rocailleuse pourraient être très facilement mises à exécution. Mais il était hors de question qu’il ne recule encore une fois. Ce que Bran ne possédait ni en force ni en muscles – face à Jax en tout cas – il le compensait par sa parfaite maîtrise de la joute verbale. Contre lui, Jax, n’avait aucune chance et il comptait gagner du temps avant d’énerver vraiment le fils du jardinier. Mais la tâche n’était pas aisée, pas quand il ressentait cette folle envie qui lui fouettait le sang et l’esprit, cet irrépressible besoin de répliquer, de prouver qu’il était là, lui aussi, qu’il était dans son droit et que Jax avait tort sur toute la ligne. « Merci du compliment. Sois plus discret ou je vais finir par croire que je te plais. » rétorqua Bran, ulcéré de l’impertinence de son aîné qui ne perdait décidément rien pour attendre, et visiblement pas sa langue. Crétin. Jax Beauchamp ne connaissait rien à rien, et le prouvait encore une fois par son ignorance crasse du monde qui l’entourait. Si c’était pour débiter de telles âneries, il pouvait rester au fond de sa grotte, il ne manquerait à personne et sûrement pas à Bran. « J'allais m'affronter moi-même. Ça ne fait pas de mal de se regarder en face de temps en temps. Tu devrais essayer, ça t'éviterait de sortir alors que tu ressembles à un épouvantail. » persifla le lycéen avec un sourire qui avait la froideur du marbre pur. Jax avait la marque du banc imprimé sur la joue. Combien de temps avait-il passé ici ? N’avait-il pas un autre endroit où cuver l’alcool qu’il avait visiblement consommé à outrance ? Quelque chose passa devant les yeux de Bran, un souvenir qu’il aurait voulu enterrer. Non, peut-être que Jax n’avait pas d’autre endroit et cette réalisation le désarçonna pendant quelques secondes. Mais il ne pouvait pas permettre à Beauchamp de s’en tirer à si bon compte et s’il recula d’un pas, ce fut pour mieux attaquer la seconde d’après. « Comment tu es entré ? Histoire que je fasse colmater le trou immédiatement. » Un sourire narquois glissa sur ses lèvres, alluma une lueur dangereuse dans les prunelles d’iceberg. « Si tu me le dis, je te laisserai peut-être filer sans prévenir la sécurité. T’as de la chance, tu ne m’as pas encore assez pris la tête. » susurra-t-il, parfaitement conscient qu’il ne faisait qu’attiser la braise qui ne demandait qu’à se consumer jusqu’à la dernière cendre.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:04

Par-dessus tout, Jax se maudit d’avoir baissé sa garde au point d’être découvert en train de roupiller sur le lieu de son effraction. Il ne s’était jamais fait avoir comme un bleu comme ça et, la première fois où cela arrivait, il fallait que ça soit pour être pris la main dans le sac par la petite fouine aux yeux étincelants et au visage constellé de taches de rousseur – oh, comme il se serait damné pour celles-ci. La raison de cette erreur fatale, elle résidait sûrement dans le fait que ses acolytes et lui étaient entrés dans l’école un vendredi soir et que, par conséquent, Jax en avait conclu qu’il n’y aurait pas âme qui vive et que le premier visiteur ne surviendrait qu’à l’aube d’une nouvelle semaine, lundi matin. Sinon, à n’en pas douter, il se serait arrangé pour filer avec les autres et ne laisser d’autre trace de son passage que les cadavres de bouteille et un joint consumé. Le jeune homme maudissait donc doublement sa bêtise mais il n’allait certainement pas s’appesantir sur celle-ci. D’ailleurs, il n’aurait pas pu puisque le lutin accaparait toute son attention.
C’était drôle comme la voix de Bran s’était imprimée dans la mémoire de Jax Beauchamp qui, pourtant, n’avait eu de cesse d’éviter soigneusement de croiser la route de l’adolescent. Quand il travaillait pour son père, il empruntait les sentiers détournés, ne s’approchait pas de la demeure à moins d’y être contraint. Ensuite, cela avait facilité les choses, de ne plus avoir à se rendre sur la propriété des Rose : les risques – ou chances – de croiser le prince héritier étaient considérablement réduites et comme, de par leurs origines opposées, ils ne fréquentaient pas les mêmes lieux, Jax n’avait plus qu’entraperçu le héros de ses fantasmes, de façon lointaine et fugace (et souvent affublé de son petit uniforme de golden boy agaçant). En soi, Bran ne lui avait jamais rien fait si ce n’est offrir ce visage d’ange déchu prêt à lui jeter un sort, mais l’éloquence de ses gestes et de son attitude avait toujours poussé Jax à battre en retraite, même s’il n’aimait pas cette conception. Il n’empêchait que, mû par un instinct de préservation, Jax s’était toujours comporté stupidement dès que le gamin était dans les parages. Comme cette fois-là où, au volant du pickup d’un pote, il avait fait mine de foncer sur une bande de jeunes endimanchés, pour ne s’arrêter qu’à quelques mètres d’eux, crissant des pneus et abusant du coup de klaxon. Le sursaut de ses victimes avait été évident et en voyant le teint blême de certains, le passager du véhicule avait éclaté de rire. Jax avait attendu qu’ils aient fini de traverser pour redémarrer en trombe et quand son regard avait croisé celui du garçon qu’il visait en particulier, il avait sorti le bras par la fenêtre pour brandir un majeur moqueur. Bran se rappelait-il seulement de ce jour lointain qui, si Jax ne se trompait pas, était survenu l’été précédent ? C’était là l’une de ses seules incartades, comme il préférait disparaitre au coin d’une rue comme il le faisait au détour d’un rosier dans le jardin de l’impudent. Il n’y avait donc pas eu de réelle raison pour qu’il reconnaisse d’emblée le timbre sucré du gamin. Si ce n’était que tout ce que faisait ou disait Brandon Rose se tatouait dans l’esprit de Jax Beauchamp. La vision de l’adolescent dans son accoutrement ridicule n’y ferait pas exception, Jax le savait.
Un grondement rauque – un ricanement, en réalité – émana de Jax à la réplique du jeune mousquetaire et un sourire narquois lui étira les lèvres :
- Prends pas tes rêves pour la réalité, lui asséna-t-il en enfonçant la main dans sa poche pour en extirper un paquet de cigarettes dont il tira l’ultime spécimen, qui formait un angle disgracieux, avant de la fourrer entre ses lèvres pincées et de l’allumer à l’aide de son briquet presque à sec.
Il tira une longue bouffée qui le rasséréna et lui permit d’amadouer la tempête qui sévissait dans son corps et dont il ne savait pas si elle était provoquée par le réveil brutal, par l’absorption exagérée d’alcool la nuit même ou la présence de l’élève assidu. Car il devait l’être, n’est-ce pas ? Pour se pointer un samedi matin dans un lieu qu’il fréquentait déjà trop de jours par semaine ? Jax n’avait jamais été fait pour l’école et ne pigeait donc pas qu’on puisse se torturer par plaisir en faisant des heures supplémentaires. Ou peut-être fut-il étonné par le sérieux de l’adolescent, s’étant toujours imaginé que tout lui tombait dans le bec sans qu’il n’ait rien à faire de particulier.
L’insulte suivante lui passa sur le dos comme une brise fraiche et, en réponse, Jax souffla la fumée de sa bouffée dans le visage de l’impertinent. Il n’avait peut-être pas pour lui la vivacité des mots et l’assurance inébranlable du gosse de riche mais il n’avait pas peur pour autant. La seule personne sur cette terre qui le terrorisait était son père et même devant ce dernier, Jax n’avait jamais reculé, quitte à se prendre une bonne raclée.
- Va te faire foutre, lâcha simplement Jax, qui ne voyait pas l’utilité de se défendre.
En quoi cela changerait sa vie d’être mieux fringué ? Pour ça, il fallait des économies et Jax n’en avait aucune. Mais qu’est-ce qu’il savait de la vraie vie, l’impétueux ? Lui à qui tout était offert sur un plateau. À n’en pas douter, il avait sa propre carte bleue, approvisionnée par papa. Jax secoua la tête avec un rire cynique et manqua de quelques secondes la lueur qui glissa dans les prunelles de son adversaire. Il se pencha, attrapa sa veste et sauta en bas des gradins, ne se tournant vers Bran que lorsque celui-ci lui demanda comment il était entré.
- Colmater le trou ? répéta Jax avec un brin d’aigreur dans la voix. Quoi ? Pour que le sale rat que je suis ne puisse plus s’y faufiler ?
L’insulte était évidente mais il n’était pas d’humeur à mordre à l’hameçon. Il était encore ivre, il avait une faim de loup et il n’aspirait pas à être crucifié sur place par Brandon Rose. Pourtant, il n’en aurait fait qu’une bouchée en d’autres circonstances, ou en tout cas était-ce ce dont il voulait se persuader.
- Mais vas-y, je t’en prie, appelle ta garde rapprochée. Pour ce que j’en ai à foutre.
Ou bien il aurait filé, bien avant que les gorilles d’Edgewater Academy surviennent. Dans le pire des cas, il se retrouverait au poste, ce ne serait pas la première fois, ni la dernière et, comme à son habitude, il appellerait Riley pour le sortir de là.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:05

Brandon Rose a écrit:Quelque chose bouillonnait en lui. Quelque chose de mauvais, dont il aurait dû avoir honte et qu'il ne parvenait pourtant pas à réprimer, qui affluait à la zone grise de sa conscience – celle qu'il s'obstinait à nier et à recouvrir d'un voile pour ne pas lui faire face, pour ne pas se perdre dans la ravin qu'il sentait se creuser chaque jour un peu plus. S'il ne le voyait pas, c'est que ça n'existait pas, pas vrai ? S'il foutait tous ses problèmes sous le tapis, c'était comme s'ils n'existaient plus, non ? Alors Bran s'obstinait, s'obstinait, s'obstinait mais quelques fois – comme aujourd'hui – il sentait le couvercle siffler sous la vapeur brûlante de sa colère et Jax allait se le prendre en pleine face. C'était sa faute, en même temps. Il n'avait qu'à pas être là, il n'avait qu'à se plier gentiment à l'autorité de Bran et il n'avait qu'à pas opposer cette sale tête frondeuse et revêche qui restait parfaitement insensible à tous les trésors de charme que Bran pouvait bien déployer. Et ce n'était pas faute d'avoir essayé, mais Jax était aussi vif qu'une brique engluée dans du ciment. La remarque acide du vagabond lui tira un sourire mauvais et Bran eut un reniflement de royal mépris. « Mon cauchemar, plutôt. » répliqua-t-il entre ses dents, la bouche tordue en un rictus hautain et les yeux crépitant d'une électricité mal contenue. De toutes façons, il savait parfaitement que c'était faux. Jax n'avait pas besoin de parler pour lui faire comprendre toute l'animosité – toute la haine, même – qu'il lui vouait. Ils étaient juste nés sous deux étoiles trop éloignées et leur collision provoquait une sorte de choc dans cet univers si policé qu'était Windmont Bay.
Sans le quitter une seule fois des yeux, Bran observa Jax se foutre allègrement de lui. Il ne disait rien pourtant, le fils du jardinier, il se contentait d'allumer une cigarette aussi tordue que sa sale tête et pourtant, il faisait passer un message parfaitement clair : toi et tes règles, tu peux te les mettre où je pense.
Attraper la cigarette du bout des doigts.
Tirer dessus, juste une fois – les yeux dans les yeux, lame glaciale contre pierre.
Puis l'écraser sous le talon, d'un coup sec, impitoyable.
Bran battit des cils. Il n'était pas assez fou pour croire qu'il mettrait ce plan à exécution, et pourtant, il en mourrait d'envie. Juste pour voir la tête de l'autre, juste pour le voir se décomposer un peu et savourer le goût délicieux de la victoire. Mais il lui faudrait obtenir la reddition de Jax par d'autres moyens et un sourire plein de fiel fit apparaître le démon qui dormait au beau milieu du visage d'ange lorsqu'il sentit que le fils du jardinier commençait à perdre patience. C'était là qu'il allait le cueillir, cet espèce de navet. « Quelle éloquence. » lâcha-t-il en levant les yeux au ciel, feignant l'indifférence la plus totale alors qu'il ne lâchait pas Jax des yeux. Et alors que son aîné s'approchait, aussi imposant et dangereux qu'un animal féroce, il se tendit, prêt à bondir lui aussi, prêt à venir pour la jugulaire qu'il trancherait d'un mot affûté. Ils étaient proches, désormais, et Jax lui apparaissait dans toute sa hauteur, dans toute sa longue silhouette imposante et pleine de force, silhouette qui rappelait à Bran qu'il pouvait le faucher en un instant et lui faire ravale sa langue de serpent en quelques secondes. Et pourtant, Bran ne reculait pas. Et puis, c'était presque comme si Jax lui offrait sa propre défaite sur un plateau, comme si décidément, il ne savait pas à qui il avait affaire. « C'est toi qui l'as dit. Ne va pas mettre dans ma bouche des mots que je n'ai pas dit. » sifflota-t-il d'une jolie voix flûtée, parfaitement dénuée d'animosité mais aussi hérissée qu'un sol recouvert de verre brisé. Ses yeux souriaient, de ce rictus d'ange chassé du paradis venu tourmenter la malheureuse victime qui lui aurait été assignée lors de sa chute.
Alors pourquoi ce creux dans sa poitrine, pourquoi ce poids dans son ventre, pourquoi ce goût de bile sur le bout de sa langue ? Pourquoi éprouvait-il tant de mal à jubiler quand tout ce qu'il désirait, c'était mettre Jax à terre et appuyer sur sa gorge, pour faire passer l'envie de répondre ? Tout était gris autour de Bran, le gymnase, la lumière blafarde des néons, et seuls se détachaient au milieu de tout ça deux yeux couleur de pierre couverte de mousse, aussi profonds et insondables. Il aurait voulu se réjouir de ce face-à-face mais tout ce qu'il réussissait à éprouver, c'était cette foutue colère qui sifflait à son oreille comme la vapeur d'une cocotte-minute oubliée sur le feu et l'impression de tourner en rond, l'impression de ne rien faire avancer. Encore une fois, Jax lui crachait son mépris et son indifférence au visage. Pour ce que j'en ai à foutre. C'était ça, le problème avec Jax, il n'en avait rien à foutre de rien et quoi qu'il fasse, Bran savait qu'il se heurtait à un mur. « Pourquoi t'es comme ça ? » La question, brutale, claqua comme une balle de revolver dans le silence relatif du gymnase, chargée d'une exaspération arrivée à son paroxysme. Bran pencha légèrement la tête et lâcha son épée qui tomba au sol dans un bruit sourd, pour mieux croiser les  bras. C'était ça ou exploser, c'était ça ou faire quelque chose qu'il allait regretter et qu'il ne pourrait pas se pardonner – et ce malgré l'immense latitude qu'il s'octroyait à ce niveau. « Tu te crois malin ? Tu peux jouer aux caïds tant que tu veux, ça fera pas oublier qui tu es. » persifla-t-il, l'oeil brillant et les lèvres pâles et serrées. Le fils de ton père, c'était ça que Bran voulait dire mais il voulait vivre encore un peu. Pourquoi s'en souciait-il autant ? Il aurait dû tourner les talons, appeler cette fichue sécurité, le faire escorter en bonne et due forme au-delà des limites de l'école. Au lieu de ça, il perdait son temps à parler à un roc.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:05

Jax n’était pas bagarreur, il n’avait pas le sang chaud de son père. Il n’allait certainement pas chercher sciemment des noises aux autres mais n’hésitait pas à passer à l’action quand la confrontation devenait inévitable, ce qui arrivait généralement parce que l’un de ses potes avait moins de scrupules à lever les poings. Peut-être était-ce dû au fait qu’il avait assez à faire avec le climat tendu qui régnait chez lui, où il était constamment sur le qui-vive, son père pouvant changer d’humeur d’une seconde à l’autre. Jax n’aimait pas l’incertitude, ni la violence gratuite, ni le danger latent, mais vu ses origines modestes, c’était son lot quotidien. Face au petit gosse de riche et son déguisement immaculé, Jax ne se sentait donc pas le moins du monde menacé. Que lui ferait-il, ce gamin qui n’avait assurément jamais eu le nez cassé ou la pommette entaillée ? Mais l’ouvrier n’était pas dupe non plus : il savait que l’arme de l’impudent ne résidait pas dans ses mains ou ses pieds mais dans sa langue trop pendue et trop prompte à jouer avec les mots. Sur ce terrain-là, Jax se savait vaincu d’avance et son état d’ébriété ne l’aiderait en rien. Raison pour laquelle il laisserait passer les insultes, la provocation, le sentiment de supériorité qu’il donnait peut-être à l’autre. Il ne réagit pas davantage à la réponse du jeune homme qui le qualifia de cauchemar. Enfin, pas exactement, mais c’est comme cela que Jax le prit et il se retint de justesse de dire qu’il pouvait rejoindre le club, dont son père était évidemment le président autoproclamé.
Il ne se faisait pas d’illusion : bien sûr que Bran n’éprouverait à son encontre que mépris et dégoût, il avait été élevé dans l’opulence, il avait grandi en regardant son père donner des ordres au jardinier (et à tous les employés qui œuvraient sûrement dans l’ombre pour donner à la demeure des Rose des airs de palace enchanté). Il lui semblait naturel de traiter les autres comme s’ils étaient nés pour le servir et cette école de luxe, avec ses cours d’escrime, n’allait certainement pas le faire valser en bas de son piédestal. Qu’à cela ne tienne, ça n’était pas parce que son père était forcé de baisser le nez et d’obéir aux riches que lui devait plier l’échine devant un adolescent impétueux qui ferait mieux de prendre garde à son attitude : s’il pensait qu’il suffisait d’asseoir son autorité pour dominer, il allait vite déchanter. Là d’où il venait, Jax savait qu’il n’y avait rien que les poings ne puissent régler et réduire en bouillie une bouche trop effrontée était un jeu d’enfant. Que ferait l’insupportable gamin si on devait lui remplacer la moitié de ses dents ébréchées par un joli dentier ? Pourtant, Jax le savait : aussi forte aurait pu être l’envie de refaire le portrait à Brandon Rose, il serait sûrement incapable de passer à l’acte. Car abimer ce visage de démon angélique aurait presque relevé du blasphème, même pour lui qui ne croyait en rien et certainement pas en une quelconque déité.
La pirouette du garçon ne fit qu’accentuer son sourire narquois et il émit un petit rire incrédule en secouant la tête. Finalement, il avait sauté à pieds joints dans le piège en offrant sa traduction de l’insinuation, laquelle Bran aurait tout le loisir de nier puisque, effectivement, il n’avait pas prononcé ces mots-là. Mais Jax le voyait presque écrit dans les yeux clairs et tranchants du garnement : il n’était qu’un rat, un rat qui le dépassait d’une bonne tête mais un rat tout de même. L’intrus ne se laissa cependant pas démonter et opta pour une réponse venimeuse et aigre :
- Evidemment. T’aurais pas les couilles de dire ouvertement ce que tu penses et, franchement, tu fais bien.
Si tu tiens à la vie (ou à ton joli minois), voilà ce qu’il sous-entendait à son tour. À Bran d’en faire ce qu’il voulait, à présent. Jax le fixa encore quelques secondes, pour voir s’il oserait ouvrir à nouveau son caquet, puis il tourna les talons, lançant sa veste sur son épaule, prêt à abandonner ces lieux qu’il se jurait de ne plus jamais visiter. Edgewater Academy était l’illustration de tout ce qui échappait au contrôle de Jax, tout ce qui le ferait toujours se sentir comme le pauvre type raté qu’il était et que son père avait bien pris soin de lui fourrer dans le crâne. Il n’avait pas besoin d’être mis face à la réalité de sa condition pour en avoir conscience. Mais ce samedi matin, il quitterait les lieux encore plus au fait de ce vide qui lui creusait l’âme et qui nourrissait son désespoir de ne jamais sortir de cette vie de merde qu’il menait. Beauchamp rimait finalement avec fatalité et déchéance et Brandon Rose ne faisait qu’appuyer sur les points faibles de Jax, ce dont ce dernier n’avait certainement pas besoin.
- Pourquoi t’es comme ça ?
La question perça l’air et atteignit Jax comme une flèche empoisonnée, se fichant dans son dos, juste entre ses omoplates. Il se figea de stupéfaction, s’étant attendu à tout sauf à une question aussi saugrenue. Jax se tourna lentement pour voir le lutin qui avait lâché son épée pour croiser les bras. Le jeune homme essaya de voir la traduction de l’interrogation sur le visage de l’adolescent, en vain.
- Je suis de nouveau censé comprendre ce que tu ne dis pas, pour que tu puisses prétendre après que ce n’est pas ce que tu as dit ? le railla Jax qui ne ferait certainement pas deux fois la même erreur.
Mais il aurait peut-être préféré ne pas demander d’explication, cette fois, car la clarification lui glaça le sang alors que son regard s’enflammait. Serrant les mâchoires, Jax avala l’affront que Bran avait à nouveau déguisé sous des mots qui pourraient sûrement être interprétés de multiples façons pour quiconque ne connaissait pas la situation générale de l’ouvrier mais qui paraissait clair comme de l’eau de roche au concerné.
- Eh bien quoi ? Qu’est-ce que t’attends ? Continue. Dis-moi donc ce que je suis.
C’était un défi, rien de plus, rien de moins. Un défi qui pourrait tourner mal mais Bran venait d’appuyer sur le point faible de Jax Beauchamp bien plus sûrement qu’il ne l’avait fait avec son épée dans son épaule quelques minutes plus tôt. Jax lâcha sa veste qui tomba à ses pieds.
Non. Jax n’était d’ordinaire pas bagarreur mais il pourrait faire exception pour l’effronté qui avait un don inné pour enflammer ce qui faisait le plus mal chez Jax et il allait regretter son obstination s’il persistait à danser sur la corde raide sur laquelle il venait de s’aventurer.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:05

Brandon Rose a écrit:Et lui, faisait-il oublier ce qu’il était, sous l’uniforme de l’équipe d’escrime brodé d’une petite abeille facétieuse ? Son visage taillé dans le marbre parvenait-il à dissimuler toutes les fissures qui craquelaient son âme de gamin paumé ? Bran avait envie de dire que oui. Personne ne se posait la question de savoir ce qu’il se passait derrière ses prunelles de glace. Personne ne cherchait à lui superposer quoi que ce soit d’autre que cette image glorieuse et scintillante. C’était ce qu’on lui avait toujours dit de faire, non ? Serre les dents et encaisse, ça passera, tout passe, tu verras. Et tout était passé, le divorce de ses parents, la grande maison vide, la peur du noir (quoique, parfois elle revenait, celle-là, sans prévenir et il se réveillait en pleine nuit, le cœur bouffé d’angoisse et incapable de se rendormir sans la lumière allumée), le besoin maladif de faire ses preuves, d’être au sommet sinon rien. Il était arrivé là où il voulait, non, quoi, c’était pas ça le but ? Parfois, durant de très brèves secondes où il laissait son esprit dériver vers d’autres rivages, il se disait qu’il n’y avait aucun but à toute cette farandole et qu’il se trompait sur toute la ligne, et qu’il ferait mieux de prendre ses cliques et ses claques, et de se barrer très loin. Mais ça ne durait jamais longtemps, ces petites escapades blotties dans le secret de son esprit calmement dissimulé derrière le rideau. Ça finissait toujours par s’évaporer et il revenait à la réalité, sa réalité, la seule qu’il possédait et sur laquelle il régnait sans opposition.
Mieux valait être prince de son propre mensonge qu’un gueux en liberté.
Si Bran avait été plus âgé, moins arrogant, moins obsédé par la victoire et l’envie de faire ravaler sa fierté à Beauchamp, s’il n’avait pas eu que dix-huit ans et la fougue de sa jeunesse, il aurait compris que c’était ça qui le hérissait tant chez Jax. L’ouvrier lui renvoyait l’image de tout ce qu’il n’était pas, de tout ce qu’il n’avait pas et qu’il ne pourrait jamais oser rêver d’avoir. Que malgré tout, malgré son allure de seconde zone et ses pathétiques tentatives pour l’impressionner, Jax possédait quelque chose de précieux : la liberté de se foutre du monde, des autres et de tout le reste. Un trésor précieux que Bran ne pouvait même pas effleurer du bout des doigts, prisonnier des règles qu’il s’était imposé pour évoluer dans le monde.
Il avait beau être couvert de bleus et sans doute de cicatrices, Jax était intouchable.
Mais Brandon Rose ne donnait pas de coups.
Il caressait, effleurait à peine.
Et tout ça, avec le sourire.
Jax rétorqua et le sourire d’ange réapparut, illuminant son visage d’éphèbe tout droit sorti d’un bloc d’airain. Ce n’était pas sa faute, il ne pouvait pas s’en empêcher : dès que Jax ouvrait la bouche, Bran percevait tout de suite la faille, la crevasse où aller injecter son venin. « Quelque chose comme ça. » confirma Bran avec un petit haussement d’épaules, d’une voix mélodieuse où perçait une moquerie veloutée. Jax Beauchamp n’était finalement pas si crétin qu’il le faisait croire, finalement. Ravi de son petit effet, Bran savoura le changement subtil qui s’opéra en sa victime favorite – la flamme dans les yeux, la posture soudain prête à bondir. C’était facile, trop facile, et Bran y prenait un plaisir inconscient. Soudain galvanisé par l’attitude combattive de Jax, enivré au point de croire qu’il pouvait être de taille – physiquement, en tout cas – face au fils de l’ancien jardinier, il approcha avec une démarche féline, celle de la panthère qui approche en douceur de sa proie pour mieux lui accorder le coup de grâce. Il était tout proche de Jax désormais, peut-être plus proche qu’il ne l’avait jamais été mais il ne cilla pas. Au contraire, Bran prit son temps, le dévisagea des pieds jusqu’à la tête, lentement, parce que ça lui chantait et qu’une telle mise à mort, ça se dégustait. Lentement, lentement, il releva le regard et finalement, le bras de fer s’enclencha entre la glace et la pierre. Jax allait regretter d’être venu le défier jusqu’ici. « T’en vaux pas la peine, rat des champs. » Première estafilade, mais Bran n’allait certainement pas s’arrêter en si bon chemin, pas alors qu’il se sentait particulièrement inspiré. Jax était une source intarissable de réflexions toutes plus senties les unes que les autres et Bran se sentait d’humeur particulièrement facétieuse. Enhardi, il se permit même d’enfoncer un doigt autoritaire sur le sternum de Jax et appuya pour le faire reculer. « Va plutôt faire le larbin ailleurs. Après tout, t’as été à bonne école avec ton paternel, non ? » Sourire d’ange à nouveau, qui aurait presque fait passer l’insulte – et tout ce qu’il y avait derrière, toute leur histoire inégale dès le début, toute l’injustice de leur situation – pour une mélodie aussi douce que du miel.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:05

Il était pourtant évident, ce signal – comme si un grand WARNING clignotait derrière la silhouette du lycéen – mais Jax avait le sang qui bouillonnait et il n’était pas sûr qu’il puisse imputer cette colère qui sourdait à son état d’ébriété encore avancé. Sa faiblesse, elle n’était pas seulement due à l’insulte à peine voilée, elle était toutefois exacerbée par le fait que c’était Bran qui la proférait, de toute sa hauteur et de sa jeunesse impétueuse, et avec ce sourire narquois que Jax aurait bien voulu lui faire ravaler, pour ne pas avoir à se sentir écorché par le mépris qui en dégoulinait. Mais il l’avait lui-même cherché en se comportant ainsi, il le savait. Cela rendait-il pour autant le résultat de la confrontation plus facile à accepter ? Loin de là. Un frisson de fureur lui glissa sur l’échine tandis qu’il fusillait le gamin du regard. Comment pouvait-on susciter tant de hargne et de désir en même temps ? Parce que ça aussi, ça foutait Jax en l’air : de pressentir cette boule qui grossissait à vue d’œil, qui gonflait son orgueil et qui se gorgeait de la vue magnifiquement cruelle de cet adolescent trop sûr de lui, que la vie n’avait pas encore éprouvé d’une quelconque manière et qui se croyait dès lors invincible, ce qui ne faisait que renforcer l’envie de Jax de lui montrer comment c’était, de vivre vraiment sur Terre, parmi les mécréants de son espèce. À cet précis, cependant, l’ouvrier tâchait de se maitriser et toute sa frustration se concentrait dans ses doigts qui s’ouvraient et se refermaient inconsciemment, comme s’ils lui démangeaient, comme s’ils étaient dotés d’une vie propre.
Il aurait dû partir – fuir, même – abandonner les lieux à celui qui s’en croyait propriétaire, juste parce qu’il était né dans la bonne famille. Il aurait échappé à la provocation, aux insinuations, à l’insulte qui affleurait la surface et qui n’allait pas tarder à émerger pour mieux lui éclater à la gueule, comme une bombe à retardement. Combien de secondes s’écouleraient, encore, avant que Bran ne donne le coup de pied final au nid de guêpes qui bourdonnaient dans le ventre de son adversaire ? Avait-il seulement conscience du danger de sa situation ? Après tout, n’était-il pas seul, loin du moindre secours, avec un voyou qui avait déjà vu l’envers du décor d’un commissariat ? Qu’est-ce qui lui assurait que Jax n’allait pas le tabasser jusqu’à l’inconscience et l’abandonner là, baignant dans son sang, les os brisés ? N’avait-il pas vu le milieu duquel son interlocuteur était issu ? Un monde où les poings valaient dix fois un discours ? Jax savait qu’il fallait qu’il se calme, qu’il oublie cette morsure qui lui grignotait le cœur, qu’il chasse ce besoin de faire taire l’impertinent. Lui opposer le silence, lui refuser l’accès à ses émotions aurait été bien plus efficace comme moyen de défense mais, voilà, tel un insecte hypnotisé par la lumière d’une lampe, Jax volait à sa perte et s’apprêtait à se griller sur les néons pour ne laisser qu’une odeur de roussi affolante.
Invariablement, le jeune Beauchamp sentit une chaleur prendre possession de son corps, envahir son cou, ses joues, son front, virer en une flamme brûlante et menaçante au fond de ses yeux clairs et furieux. Il accusa le coup, uniquement parce qu’il le trouva assez risible, comme si l’appeler rat des champs allait subitement lui faire perdre la raison.
- Me touche pas, gronda-t-il toutefois, en guise de mise en garde illusoire, alors que le gamin le poussait du doigt.
Les muscles de l’intrus se bandèrent, comme ceux d’un félin prêt à bondir et il résista sans peine à la pression. Qu’était un doigt face à sa masse faite pour le travail manuel ? Son emploi à la scierie locale lui avait au moins apporté ce gage de force, développant un corps qui était déjà préparé aux aléas de la vie, grâce à ce fameux paternel que Bran eut le malheur d’évoquer avec tant de perfidie.
Et Jax perdit les dernières réserves de sang froid qu’il avait. Malheureusement pour lui, Bran et sa langue bien pendue et fourchue ne faisaient pas le poids face à la poigne de fer qui se referma sur l’avant-bras du trouble-fête des bacs à sable. D’une torsion qui trahissait une mauvaise habitude, Jax lui arqua le bras dans le dos, juste assez pour que l’adolescent ne puisse plus bouger sous peine de sentir ses os craquer sous la pression, pas assez pour instiller une réelle douleur.
- T’es vraiment qu’un petit connard, tu le sais ça ? Tu veux savoir ce que mon père m’a appris d’autre ? glissa-t-il à l’oreille de Bran, la voix tremblant d’une rage mal contenue. Comment tordre un bras juste assez pour que tu ne puisses plus l’utiliser pendant plusieurs semaines, par exemple. Ça te fera une belle jambe pour jouer avec ta petite épée, hein, Peter Pan ?
Il accentua la pression, juste assez pour qu’un élancement traverse le membre tordu de Bran. Il connaissait cette douleur par cœur, il détestait l’infliger, tant elle lui rappelait son père. Mais le sale gamin avait un don inné pour dévaster toutes les barrières qu’il tentait d’ériger autour de lui et il en payait le prix aujourd’hui. À trop jouer avec le feu, il ne fallait pas s’étonner s’il finissait par se brûler.
- Vaudrait mieux pour toi que je croise plus ta route parce que la prochaine fois, je te la ferai avaler, ta langue de petit merdeux.
Jax le relâcha pour mieux le repousser et profita de son déséquilibre pour attraper sa veste et déguerpir, comme il aurait dû le faire dès le départ.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:06

Brandon Rose a écrit:L'espace de quelques secondes, Bran fut certain d'avoir gagné. L'ombre qui passa sur le visage de Jax lui indiqua qu'il avait visé parfaitement juste en évoquant le père. Après tout, Bran l'avait vu à l'oeuvre dans toute sa cruauté et sa violence, et le souvenir était gravé en lui, clair, aveuglant même. Il se rappelait de tout, la chaleur insoutenable de ce jour d'été qui n'en finissait pas, la sensation d'être le témoin de quelque chose qu'il n'aurait jamais dû voir – pas parce que ça ne le regardait pas, mais parce que l'idée même qu'une telle chose puisse se passer entre ses propres murs le révoltait – le poing qui s'écrasait sur le visage de Jax, le craquement atroce du cartilage, le flot d'hémoglobine. Rien n'avait quitté sa mémoire, au contraire et alors que Beauchamp se dressait devant lui, c'était ce que Bran ne pouvait s'empêcher de lui superposer. Éprouver de la pitié, en revanche, il n'y parvenait pas tout à fait, pas quand Jax n'avait jamais caché son dédain envers lui, pas quand il avait ignoré la main tendue (suppliante, même). Il y avait dans la bouche de Bran l'amertume des choses manquées, quand il regardait Jax, et il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus, à comprendre ce qu'ils avaient raté, et pourtant, pourtant, c'était ce dépit qui lui creusait l'estomac, cette incompréhension qui le poussait à jouer les trublions insolents.
Ou alors, peut-être était-il simplement un gamin insupportable, insensible, vantard, arrogant, ravi de tourmenter plus faible et moins malin que lui. Peut-être était-il ce garçon-là finalement, peut-être que ça ne servait à rien de chercher d'autres raisons à ce qui grignotait sa raison et qu'il fallait juste embrasser le fait qu'il était une (jolie) tête à claques. Quoiqu'il en soit, il soutint le regard de Jax, l'acier l'opposant au diamant, sans se départir une seule fois de son sale sourire de fouine. C'est ça, barre-toi, t'as rien à faire là. Non, Jax ne collait pas au précieux décor d'Edgewater, il n'entrait pas dans les paramètres établis par Brandon Rose et par conséquent, il devait avoir la décence de dégager gentiment de son chemin. Du moins, c'était ce qui était censé se passer en temps normal.  En temps normal, Jax ne le saisissait pas violemment par le bras pour mieux le faire ployer, il ne glapissait pas comme un lionceau dominé par un lion plus âgé. Pris par surprise, Bran n'eut d'autre choix que de subir l'attaque de plein fouet et leva un regard féroce vers Jax qui avait l'air sur le point d'exploser. Deux bombes, c'était ce qu'ils étaient à ce moment précit et Bran n'avait qu'une envie : déflagrer au beau milieu du gymnase. « Tu vaux pas mieux que lui. Lâche-moi tout de suite. » ordonna-t-il, livide, le visage tordu de douleur. Il n'avait pas réfléchi à cette option où Jax finissait par répliquer. Il l'avait toujours vu fuir, après tout, il n'avait pas pensé qu'un jour Beauchamp puisse finalement lui exploser au visage comme la bombe à retardement qu'il était. Une nouvelle vague irradia tout son corps et il serra violemment les dents pour ne pas donner à Jax le plaisir de l'entendre glapir de douleur comme un chaton dont on aurait marché sur la queue. Plus il tentait de se libérer, plus il avait mal et Bran se jura de lui faire ravaler chacune de ses menaces, une par une s'il le fallait. « Connard. » souffla-t-il lorsque Jax le relâcha brutalement. L'insulte suintait le vitriol et Bran ne voyait plus clair. Personne ne le touchait. Personne ne s'en prenait à lui. Personne ne venait le provoquer ainsi, aussi ouvertement, avec autant d'audace mal placée et Jax allait le regretter. Le dos tourné de l'aîné enflamma ce qui restait de bon sens à Bran et il s'élança à sa poursuite, ignorant la douleur qui se diffusait dans tout son bras. Qu'est-ce qu'il croyait faire, exactement ? « Hey ! Hey ! » La main de Bran se referma sur le tee-shirt de Jax et il le tira violemment en arrière pour le déséquilibrer. « Tu ne vas nulle part, connard. » lâcha-t-il, blanc de colère, un écran rouge devant les yeux. Sans prévenir, il vint faucher la cheville de Jax avec un croche-pied violent, sec et vicieux. Qu'importe qu'il le prenne par surprise, qu'importe que ça ne se fasse pas dans les règles, Bran n'en avait rien foutre. Seul lui importait de faire mal et de rendre, coup à coup, l'humiliation dont Jax avait été l'instigateur. Il accompagna l'ouvrier dans sa chute, tomba plus ou moins sur lui et saisit le col de sa veste à deux mains, secouant autant qu'il pouvait, la vue et les sens brouillés. « Et tu vas faire quoi là, hein Jax ? Tu vas faire quoi ? » Le visage de Jax n'était plus qu'un brouillard vaguement humain tandis que la rage submergeait Bran, déformant son joli visage pour craqueler le marbre, faisant apparaître le démon qui sommeillait derrière les faux-semblants. Il le détestait, il le détestait tellement que son poing se referma tout seul au-dessus du visage de Jax et Bran l'aurait bien abaissé avec toute sa force si contre son genou, il n'y avait pas eu cette sensation poisseuse et chaude que son instinct reconnut avant même de le voir. « Qu'est-ce que... » Il s'immobilisa, le poing suspendu en l'air et baissa les yeux pour localiser l'origine de l'étrange sensation. C'était là qu'il la vit, la fleur pourpre s'épanouissant sous le tee-shirt de Jax et sur le sol du gymnase. Du sang, en quantité trop importante pour que ce soit anodin. Le lycéen se sentit tout à coup léger, trop léger, flottant presque.
Une image lui revint en mémoire.
Celle d'un poing qui venait s'écraser sur le visage de Jax.
Tu ne vaux pas mieux que lui, c'était ce qu'il avait dit à Jax quelques minutes plus tôt, mais tout à coup, les rôles s'inversaient, se mélangeaient. Il y avait trop de sang, et c'était sa faute, c'était forcément sa faute, il n'avait pas voulu, juré, il n'avait pas voulu lui faire de mal, pas comme ça en tout cas, vraiment pas. « Qu'est-ce… Qu'est-ce qui t'arrive ? » Sa voix était blanche et glacée de peur, son visage complètement transfiguré. Il prenait soudain conscience de leur position, du corps de Jax sous le sien, de la violence de leurs gestes et du bourdonnement qui résonnait encore à ses oreilles. Sa tenue d'escrime était constellée de petites tâches, galaxie d'étoiles sanglantes, et Bran chercha bêtement le regard de Jax, comme s'il allait lui expliquer tranquillement ce qui se passait.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:06

Oh, il n’était pas fier. Pas fier du tout, même. Pendant une fraction de seconde, il s’était vu à la place de Bran, pliant sous la douleur, ravalant la plainte qui vrombissait dans sa cage thoracique, refusant de donner satisfaction à son assaillant. Par conséquent, il n’y avait pas échappé : c’était son père qu’il avait vu penché sur l’adolescent, c’était un gars plus grand, plus fort, qui profitait de cet avantage pour donner une bonne leçon à un imprudent. Était-ce ce qu’il avait été aux yeux de son père ? Un garnement qu’il fallait remettre à sa place ? Il n’avait pas le souvenir d’avoir usé du dixième de la provocation que Bran avait eue à son encontre mais qu’en savait-il ? Quoi qu’il en soit, il n’avait aucune excuse, même le passé trouble et violent dont il était issu ne pardonnait pas son coup d’éclat et c’était avec effroi qu’il avait relâché sa proie, tétanisé par le spectacle qu’il avait offert. Non pas que Bran ne méritait pas une bonne correction mais pas comme ça, pas en jouant de sa taille et de sa force pour asseoir son ascendant – qui n’était qu’une pathétique illusion, Jax le savait. Peu importe que l’impudent ait sauté à pieds joints sur son ego froissé, qu’il ait éraflé cette paroi qui faisait si mal et qui brûlait chaque fois que Jax avait le malheur de penser à son paternel. Même émancipé, même vivant par ses propres moyens, il était encore le pantin de son tyran de père et cette constatation faisait bouillir son sang plus qu’il ne voulait l’admettre. Il avait cru qu’en échappant à son joug, en gagnant sa croûte, en ne dépendant plus de personne, il se dissocierait de son géniteur mais il s’était bien leurré et Bran venait juste de lui fourrer le nez dans sa merde, à son grand désespoir.
Alors la fuite.
C’était la seule solution, même si Jax ne la voyait pas comme telle. Une retraite stratégique, plutôt, pour ne pas devenir le monstre qu’il redoutait, pour ne pas s’engluer dans le sillage de celui qui avait aspiré le moindre bonheur de sa trop courte existence. Tu vaux pas mieux que lui, avait éructé Bran, malgré la douleur que Jax lui infligeait. Et il avait parfaitement raison. Voilà ce qui vrillait l’esprit du jeune homme qui s’éloignait à grandes enjambées, dans le seul but de mettre un maximum de distance entre lui et le portrait qu’il venait d’offrir, raison pour laquelle, sans doute, il ne s’aperçut que le gamin n’avait pas dit son dernier mot que lorsqu’il était trop tard.
Instinctivement, Jax se raidit en sentant les doigts lui agripper le t-shirt et il voulait se contenter de repousser l’effronté d’un coup de coude bien senti mais Bran avait plus de force qu’il n’avait voulu lui en laisser et le fuyard fut donc pris de court quand l’adolescent le tira violemment en arrière. Il aurait encore eu une chance de retrouver son équilibre si Bran n’avait pas fauché sa cheville et Jax éprouva une légère stupéfaction en sentant la gravité peser sur lui. L’intrus tenta d’amortir sa chute mais son bras s’écrasa sous son poids et celui de son assaillant et un objet pointu lui écorcha la taille, juste sous les côtes. Juste à l’endroit où une ancienne plaie avait mis tant de temps à cicatriser. Jax émit un grognement sourd et fut subitement étourdi, sans savoir si c’était dû au choc de sa chute ou à la douleur qui irradiait dans tout son corps.
- Et tu vas faire quoi là, hein Jax ? Tu vas faire quoi ?
Le jeune homme cligna des paupières en levant un regard voilé, sonné, vers le gamin qui le dominait maintenant d’une tête et, pendant un instant, Jax eut envie de rire, car il n’aurait jamais imaginé une seule seconde se retrouver un jour avec cette vision-là, celle de Bran le surplombant, penché sur lui, et certainement pas avec un poing brandi, prêt à l’abattre sur lui. Qu’attendait-il ? pensa Jax dans un état de semi-conscience. C’était là une chance unique qu’il valait mieux qu’il saisisse car elle ne se représenterait pas. Mais la colère quitta les traits du gamin qui baissa les yeux, la perplexité envahissant son visage. Et Jax sut ce qu’il voyait avant même qu’il baisse à son tour le regard pour voir que son t-shirt virait au rouge sombre, presque noir, là où la douleur l’avait percé de part en part.
Machinalement, Jax pressa la paume contre son flanc lésé et sentit le liquide chaud qui imprégnait le tissu. Il resta encore quelques secondes hagard, à fixer le néant, puis l’adrénaline donna une secousse à son corps ankylosé et Jax retrouva soudainement ses esprits. Son sang se remit à bouillonner dans ses veines et il repoussa brutalement Bran, laissant une trace écarlate sur son torse immaculé quelques instants plus tôt.
- Bouge-toi de là, gronda-t-il en se redressant pour s’asseoir.
Il fallait qu’il voie, même s’il savait pertinemment quelle plaie s’était rouverte. Il la connaissait par cœur, sa peau couturée de cicatrices et de marques indéfinissables, il savait associer chaque détail à un événement, comme un testament gravé à même son corps. Et quand il souleva son t-shirt qui exhalait cette odeur qui le répugnait tant, Jax découvrit la cicatrice qui avait cédé et d'où le sang s’écoulait sans relâche.
- Putain, lâcha Jax avec un grognement furieux et quand il leva les yeux pour voir l’air tétanisé de Bran, un rictus vint ourler ses lèvres. Hé, va pas t’imaginer que t’as le moindre mérite. C’était déjà là.
Disait-il vraiment cela pour que l’autre n’aille pas se vanter d’avoir tailladé un mec plus costaud que lui ou, au contraire, pour faire disparaitre la panique qui avait investi son visage d’ange déchu ?
- Qu’est-ce que t’attends ? Vous n’avez pas un kit de premiers secours pour les débiles profonds qui s’empalent avec leurs petites épées ?
Et comme pour prouver qu’il n’était pas au seuil de la mort, bien que la douleur soit vive, Jax se releva péniblement, la main pressée contre son flanc ensanglanté. Il récupéra sa veste avec une grimace et ferma les yeux, pris d’un vertige. Il ne pouvait pas avoir perdu tant de sang que ça, même si la quantité qui souillait le sol pouvait paraitre inquiétante. Il savait, par expérience, que c’avait souvent l’air plus grave que ça ne l’était en réalité. Mais ça ne signifiait pas pour autant qu’il tenait à se vider dans ce gymnase pour gosses de riches.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:06

Brandon Rose a écrit:La fleur de sang s'épanouissait contre son genou, là où il venait toucher le flanc dévasté de Jax, et le sang venait coller, pâteux et métallique, contre sa peau. Pourtant, Bran ne bougeait pas, pétrifié par l'image du liquide presque noir qui venait absorber à vue d'oeil le tissu, comme si c'était la première fois qu'il était confronté au corps humain et à sa fragilité. Pourtant, c'était loin d'être le cas. Alors pourquoi restait-il aussi stupidement inactif ? Pourquoi restait-il presque assis sur Jax, douloureusement conscient de ce corps qui souffrait le sien – qui souffrait par sa faute, qui plus est ?   Quelques instants plus tôt, il s'était senti léger au point de quitter son propre corps ; désormais, il avait l'impression de peser aussi lourd que du plomb et son regard était inexorablement attiré par sa faute.
S'il n'avait pas poussé Jax.
S'il n'avait pas été aussi facilement provoqué.
Si, si, si. Avec des si, on faisait entrer New York dans une canette de Coca, et avec des si, Jax ne se serait pas trouvé là. Avec des si, ils se connaîtraient même pas, tiens.
Avec des si, ils n'en seraient pas là, et ça ne servait à rien d'imaginer tout ça, parce que ce qui comptait, c'était ce terrible présent, ce moment qui existait qu'il le veuille ou non. Jax y revint plus rapidement que lui, et Bran l'aurait presque remercié de le repousser avec violence, assénant au passage à son carcan immaculé l'empreinte d'une main ensanglantée, comme si la victime venait désigner son bourreau. Bran bascula en arrière, se retint de justesse pour ne pas s'étaler de tout son long et se releva avec difficulté, les jambes un peu tremblantes. Il réalisa qu'il avait aussi du sang sur les mains, et probablement sur le visage comme s'il s'était rapidement frotté avec la manche de sa combinaison. Et alors qu'il observait Jax s'asseoir et relever légèrement son tee-shirt pour contempler l'ampleur des dégâts, il ne put s'empêcher de se demander pourquoi – mais bon sang, pourquoi – il fallait que leurs rencontres soient toujours marquées sous le signe du sang, de la violence, de cette main qui prenait à la gorge et qui empêchait de respirer et d'y voir clair. Là où tout était rouge quelques instants auparavant, désormais, tout était d'un blanc blafard et aveuglant. Et au milieu, deux touches d'un vert mousseux – les yeux de Jax, qui parvenaient à briller au milieu de ce champ de bataille. C'était déjà là. Ca n'arrangeait rien, ça ne le faisait pas se sentir mieux. C'était encore pire, à cause de tout ce que ça signifiait sans rien dire et Bran fut happé par la vue de cette peau qui se dévoilait crûment. Quelque chose se referma autour de son cou et serra, serra fort.
Là, sous la barbouille ensanglantée, il y avait une peau bardée de cicatrices et de marques. Malgré lui, il s'imagina les vestiges des soirées passées dans la peau, des coups qui s'abattaient pour un oui ou pour un non, des ventres tordus par l'appréhension de rentrer chez soi, la sensation de n'être à l'abri nulle part. Quelque chose lui tordit les entrailles, la sensation de toucher quelque chose du bout des doigts et savoir pourtant que ce n'était pas exactement ça, que ça ne le serait jamais car lui, il n'avait connu que sa luxueuse maison et sa famille recomposée avait le culot d'être quasiment parfaite. Bran ne pouvait pas s'empêcher de fixer cette peau lézardée comme il déchiffrait un papyrus, comme si l'épiderme lésé allait lui livrer le secret que Jax s'évertuait à lui cacher. Mais comme à son habitude, le fils du jardinier le ramena sur terre et Bran sursauta, honteux de s'être laissé absorber alors qu'il aurait dû prendre les devants. Il le vit chanceler légèrement et à nouveau, comme il y a quelques années, le réflexe fut de tendre la main. « Jax... » La main se rétracta presque aussitôt, comme mue par une espèce de mémoire musculaire et Bran se tendit, dépité, le ventre en bouillie. « Reste là. » lui intima-t-il d'une voix qui ne trompait personne. Comme si Jax allait brusquement s'enfuir et semer derrière lui, goutte par goutte, la résolution de l'énigme. Bran courut vers les vestiaires et alors qu'il allait ouvrir l'armoire à pharmacie, il croisa son reflet dans le miroir. Le col de sa combinaison était déchiré, le demi-contour d'une main de sang s'étalait sur son torse et une trace pourpre fendait sa joue droite en deux. Coupable, voilà ce que criait toute sa posture et surtout son regard affolé de faon. Si l'on avait croisé à l'instant, nul doute qu'il aurait perdu sa place à Edgewater sans autre forme de procès. L'idée lui fila un frisson d'angoisse et il ouvrit l'armoire pour attraper le nécessaire. Il allait revenir vers le gymnase quand une réalisation – ou l'instinct, plus tôt, quelque chose qui n'était même pas formulé dans sa propre tête – le frappa et il alla farfouiller dans son sac quelques minutes pour en extirper son maillot de l'équipe d'aviron cette fois, un large tee-shirt trop grand pour lui mais qui siérait sans problème à Jax, s'il voulait bien faire abstraction du « ROSE » qui s'étalait en lettres liserées de bleu et de bordeaux dans le dos. Bran considéra l'offrande quelques secondes, puis trancha en sa faveur sans autre forme de procès et revint dans le gymnase, où Jax était toujours là. Il le rejoignit en quelques foulées et agita vaguement le maillot. « Pour toi. » marmonna-t-il sans croiser le regard de son aîné, avant de le laisser tomber au sol. Il ne voulait pas le lui donner directement pour s'éviter l'humiliation d'un refus, et préféra tendre vers Jax un coton imbibé d'alcool : ça, il en était certain, le fils du jardinier ne lui refuserait pas.
Sa main tremblait légèrement lorsqu'elle s'approcha, et c'est là qu'il rassembla le courage – proche de l'inconscience – de relever un regard presque bravache, presque défiant sur Jax. « Besoin d'une infirmière ? » Le coton effleura la peau déchirée et une nouvelle fois, Bran se sentit trop léger pour rester sur terre, trop nauséeux, trop fragile. Une impression qui mourut dès qu'il ouvrit à nouveau la bouche, comme s'il était incapable d'être la même personne quand il pensait à Jax et qu'il lui parlait. «  Ça risque de piquer. » ajouta-t-il, presque mesquin, comme s'il voulait effacer ses instants de faiblesse et la compassion qu'il avait éprouvé quelques secondes plus tôt, matérialisée par le don de son maillot qui était encore à leurs pieds. Coach le tuerait – ces jerseys coûtaient une fortune – mais tant pis...
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:06

Ça avait beau ne pas être la première fois, il avait beau avoir déjà vu pire, Jax ne s’habituerait jamais à l’écoulement du sang. Il voyait le flot sanguinolent et il voyait sa vie défiler devant ses yeux. Sa vie faite de hauts et de bas – mais de bas, surtout. Une vie faite de tracas et qui, à l’évidence, n’était pas prête de s’améliorer. Était-il soulagé que ça soit une vieille blessure qui s’était rouverte et non qu’une nouvelle ait pu abimer sa peau déjà trop lésée ? A peine. Parce que la douleur était là, parce qu’il avait la preuve colorée qu’il n’était pas invincible, malgré ce que sa jeune existence lui laissait parfois miroiter. Il n’était pas invincible et il affichait sa faiblesse aux yeux d’un sale gamin à l’épiderme immaculé. Oh, s’il avait pu, Jax se serait volontiers volatilisé – désintégré, si c’était ce qu’il fallait pour ne plus être criblé par le regard alarmé de Brandon Rose. Mais il était là, tenant vaille que vaille debout, la paume pressée contre son flanc, étanchant à peine l’écoulement et son lit lui semblait désormais se trouver à des milliers de kilomètres. Y parviendrait-il seulement ? Ou s’écroulerait-il avant ? Il ne se leurrait pas, il doutait pouvoir éviter la case hôpital, il allait sûrement avoir besoin de points de sutures. Mais pour cela, il fallait qu’il calme le saignement et, pour le coup, l’histoire de sa vie s’avérait l’alliée idéale. Il savait ce qu’il devait faire, il savait comment limiter les dégâts, ce qui lui avait sauvé la mise bien des fois par le passé.
Il avait donc besoin du strict minimum mais ça n’était pas uniquement cela qui l’avait poussé à grogner à l’attention de Bran. Il voulait aussi voir le minus s’éloigner, ne plus le regarder avec cette détresse, comme s’il venait de le briser par inadvertance. Ne le savait-il donc pas encore ? Jax était déjà fêlé de toutes parts, ça n’était pas cet incident qui allait menacer sa vie ou la rendre plus pénible qu’elle ne l’était. Et par-dessus tout, il ne voulait plus voir le visage du démon de ses rêveries zébré de son propre sang, cela avait quelque chose d’indécent et irréel. Tout comme avoir révélé au garnement ce qu’il cachait généralement sous le confort de tissus informes. Jamais il ne dévoilait sa peau couturée. Ni à sa sœur, ni à ses potes, ni à ceux qu’il rencontrait la nuit, se gardant bien se désaper en leur compagnie. Mais par-dessus tout, c’était au garçon qui l’observait qu’il ne voulait pas offrir ce spectacle pitoyable et Jax compta sur le choc pour que Bran n’ait pas enregistré la preuve de la sauvagerie du père Beauchamp. N’était-ce pas suffisant qu’il ait dû assister à leur empoignade quelques années plus tôt ? Empoignade au cours de laquelle Jax ne s’était certainement pas montré sous son meilleur jour. Mais ce devait être de l’histoire ancienne, il doutait même que l’adolescent se souvienne de cet incident. Celui-ci, par contre, vu le rôle apparent qu’il y avait joué…
Jax avait jeté un regard teinté d’une menace sourde quand Bran avait prononcé son prénom, sans savoir ce dont il le menaçait exactement, surtout quand il n’avait inconsciemment jamais rien tant désiré que d’entendre ces trois lettres dans la bouche du garnement. Mais admettre cela revenait à réaliser qu’il avait désiré davantage et, à cet instant, tout ce à quoi il aspirait, c’était fuir cet endroit maudit et ce qu’il s’y était tramé. L’imprudent lui ordonna de rester là et Jax émit un rire méprisant, comme pour dire où veux-tu que j’aille, dans cet état ? et il attendit que Bran s’éloigne en direction de ce que Jax devina être les vestiaires pour relever les yeux et contempler la silhouette de l’effronté, une lueur de regret et d’il ne savait trop quoi calé au fond des pupilles.
Sa lèvre se retroussa dans une grimace de douleur et de dégoût quand il reporta son attention sur son flanc. Il marcha lentement jusqu’au long mur du gymnase et s’adossa précautionneusement à celui-ci puis il souleva à nouveau son t-shirt, soulagé de pouvoir le faire à l’abri du regard de Bran, et il écarta légèrement la peau pour évaluer l’ampleur des dégâts avant d’appuyer dans le sens contraire pour rapprocher les deux lèvres de la plaie. Ses doigts étaient poisseux et il les frotta sur sa cuisse dans le ridicule espoir de s’en débarrasser. En vain, évidemment. Il prit alors conscience de la sueur qui avait commencé à perler sur son front et sa lèvre supérieure et il l’effaça d’un mouvement du poignet. Assurément, le coup de chaleur était le premier symptôme de sa gueule de bois et le fait qu’il se vide de son sang n’arrangeait certainement pas, même si, comme il le constata, l’écoulement s’était calmé, à défaut de s’être complètement tari.
Bran revint et Jax le dévisagea, les sourcils légèrement froncés, se demandant ce qu’il agitait et qui ne ressemblait aucunement à un kit de premiers soins. Pour toi. Le bout de tissu échoua au sol et Jax le contempla avec une pointe de perplexité. Il voyait bien, évidemment, que c’était un maillot sportif aux couleurs d’Edgewater mais qu’était-il censé faire avec celui-ci ? L’impudent s’attendait-il vraiment à ce qu’il se penche pour le ramasser alors qu’il peinait déjà à tenir debout ?
- Qu’est-ce que t’espères, au juste ? Me coincer pour vol, en plus du reste ? lui demanda-t-il d’un ton cynique, comme s’il allait être assez idiot pour prendre ce maillot et l’emporter.
Lui qui n’avait jamais rien volé de son existence, en plus, ce que Bran pourrait difficilement croire, à n’en pas douter. Après tout, n’était-il pas un rat des champs ? N’était-ce pas dans ses gènes de prendre aux autres tout ce dont il manquait ? Mais s’il y avait quelque chose que Jax possédait et qu’il était persuadé qu’on ne pouvait pas lui prendre, c’était bien sa fierté et il préférait encore crever de faim ou de froid plutôt que d’être pris en train de mendier ou chaparder.
Quant au coton que Bran lui tendit, Jax le regarda avec une certaine appréhension, tout en sachant qu’il fallait qu’il désinfecte la plaie avant toute chose. Il prit une profonde inspiration et expira lentement, juste au moment où l’adolescent émettait une faible plaisanterie. Jax se contenta d’un regard meurtrier et souleva le tissu imbibé de sang. Il ravala un juron au moment où l’alcool touchait sa peau lésée, propageant une horrible sensation de brûlure dans tout le corps meurtri du jeune homme.
- Ça t’amuse, hein ? siffla Jax d’une voix où perçait la souffrance. File-moi le reste, ça ira plus vite.
Et comme pour s’assurer que Bran n’irait pas garder le matériel hors de portée, Jax le lui arracha brutalement des mains et le posa sur une étagère en métal où était rangé l'équipement sportif. Il fouilla d’une main tremblante la boite à la recherche de compresses qu’il finit par trouver. Il arracha maladroitement l’emballage et posa la gaze sur la blessure. Il saisit ensuite une sorte de bande collante qu’il essaya de dérouler de sa main libre, l’autre pressant toujours son flanc mais, faute d’y arriver, il dut se résoudre à demander l’aide de Bran, ce qu’il fit de mauvaise grâce :
- Allez, l’infirmière, coupe ça.
Puis il ajusta la compresse pour qu’elle couvre bien sa plaie et attendit que Bran y applique les bandes pour la tenir en place, le cœur battant plus vite que de raison tandis qu’il prenait conscience de cette proximité étrange et presque intime, bien que forcée.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:07

Brandon Rose a écrit:Il voulait que tout ça se termine, que ça soit fini le plus vite possible et que Jax déguerpisse hors de sa vue. Ce n’était pas la vue du sang ou bien la plaie méchamment gravée dans son esprit, non, c’était autre chose qui causait en Bran une répulsion presque physique : c’était une culpabilité dévorante qui le prenait à la gorge et l’empêchait de parler, de respirer même. La culpabilité, voilà une émotion qu’il ne ressentait pratiquement jamais, lui qui avait l’habitude de tout prendre pour acquis et dû, lui qui était dans son droit naturel de petit prince où qu’il aille et quoi qu’il fasse. Brandon Rose n’avait jamais tort et ne s’excusait jamais, pas vrai ? Et pourtant, tout ce qu’il voulait faire, là, c’était accrocher les yeux de Jax pour que ce dernier puisse voir qu’il ne l’avait pas fait exprès, qu’il n’avait pas voulu… qu’il n’avait pas voulu que ça aille aussi loin, qu’il avait juste voulu lui faire peur, lui montrer qu’il n’était pas qu’un gamin.
Echec total, sur toute la ligne.
Et Bran, il détestait échouer.
(Il n’y avait qu’avec Jax que ça se passait comme ça.)
Il aurait pu perdre son temps à se demander pourquoi, mais il savait que c’était peine perdue avec un type pareil, et ça le tuait d’autant plus d’éprouver cette stupide compassion pour lui, d’avoir l’estomac qui se creusait rien qu’à l’idée de savoir qu’à cause de lui, Jax aurait une cicatrice de plus. Beauchamp pouvait bien dire ce qu’il voulait, que c’était déjà là avant, Bran n’arrivait pas à se défaire de la honte poisseuse qui lui collait au corps et obstruait sa gorge. Heureusement, Jax le faisait assez bien pour lui. Il lui facilitait les choses mêmes, avec sa brutalité et son sarcasme. Pris de court face à l’accusation, Bran ouvrit la bouche pour bredouiller une défense mais comprit que c’était inutile et se contenta de lever les yeux au ciel. Pareil quand le rat des champs se déclara peu satisfait de ses services d’aide-soignant. Agacé – car il restait tout de même grand prince d’être allé chercher tout ça pour Jax, après tout, il aurait pu le laisser se vider de son sang – Bran croisa les bras d’un air hautain. Il l’observa se débattre tout seul avec le kit des premiers soins, tirant tout de même satisfaction de constater encore une fois qu’il avait raison et que l’autre avait tort, et poussa un soupir lorsque Jax finit par lui demander son aide. « Bah voyons. » Bran décroisa les bras et s’approcha de son aîné. D’un œil expert, il jeta un coup d’œil à la blessure rafistolée n’importe comment et haussa un sourcil dubitatif. « Si tu crois que je vais te laisser partir avec la possibilité que ça s’infecte et que tu puisses ensuite m’accuser de quoi que ce soit, tu te fourres le doigt dans l’œil. » répliqua-t-il, la voix étonnamment assurée pour quelqu’un qui était en tort sur toute la ligne. Pas question que Jax s’en aille d’ici sans avoir été plus ou moins raccommodé dans les règles de l’art. Et il ne s’agissait pas de compassion, ou d’inquiétude, ou d’angoisse. Il se foutait complètement du sort de Jax Beauchamp et de sa vie une fois qu’il sortirait du gymase. Complètement, ok ?
Sans attendre de réponse, ou plutôt, sans admettre de réplique, Bran se rapprocha d’un pas. « Laisse-moi faire, idiot. Toi et moi, on sait parfaitement que t’as pas les moyens de payer la facture d’hôpital. Tu peux soulever ton tee-shirt ou c’est trop te demander ? » Il leva les yeux au ciel, en prenant bien garde de ne pas croiser une seule fois le regard de Jax, puis se concentra sur la blessure qui continuait de laisser échapper un mince filet de sang malgré la compresse qui restait plus ou moins collée à même la peau par l’effet poisseux de l’hémoglobine. « Serre les dents. Je ne veux rien entendre. » ordonna l’adolescent dans un murmure. D’un coup sec, Bran arracha la compresse sanguinolente qu’il laissa tomber sur le sol et reprit calmement un coton qu’il imbiba à nouveau d’alcool. Ce ne fut qu’à ce moment qu’il s’autorisa à regarder en direction de Jax, et ce qu’il vit lui retourna l’estomac. Il souffrait, c’était une évidence, et ce malgré les allures qu’il voulait se donner, ça ne trompait personne, et surtout pas les prunelles perçantes de Bran qui revinrent bien vite à leur point d’intérêt, comme s’il avait conscience d’avoir posé les yeux sur quelque chose qui pourrait le transformer en pierre. Doucement, il approcha le coton de la peau lacérée. « Laisse-toi faire. Ce sera pas long. » murmura Bran à nouveau. De là où il était, maintenant qu’il pouvait prendre son temps, il pouvait voir en détails douloureux ce qui se tramait sous le tee-shirt de Jax et il comprenait pourquoi il n’avait pas voulu de son aide ni de son maillot. La blessure était loin d’être la seule à parcourir cette peau crucifiée et Bran fit de son mieux pour ne pas donner l’impression d’être absorbée par les marques, les coupures, autant de traces d’une vie qu’il ne pouvait même pas commencer à concevoir. Etait-ce pour cette raison qu’il tâchait de rendre le coton aussi doux qu’une caresse, centimètre par centimètre ? Pour s’excuser d’avoir été une blessure de plus ?
Il était censé s’en foutre.
Il n’y arrivait pas, mais il essayait, de tout son être.
Bran laissa tomber le coton imbibé, et se détourna quelques secondes pour attraper une seconde compresse et une bande pour calfeutrer la blessure. Avec une délicatesse infinie, Bran plaça la gaze sur l’estafilade et coupa la bande d’un coup de dent, trahissant l’habitude qu’il avait de soigner ses coéquipiers sur le terrain. Mais avait-il jamais été aussi concentré, aussi affairé à sa tâche ? Lorsqu’il se redressa, prenant bien garde de ne plus effleurer la peau de Jax plus que de raison – il avait comme la sensation que ses doigts s’étaient déjà trop attardés sur cette toile abîmée – Bran réalisa qu’il avait presque arrêté de respirer et croiser le regard de Jax chassa ce qui restait d’air dans ses poumons. Quelque chose se déclencha, de l’ordre de l’instinct de survie et un sourire impertinent, à peine perceptible, vint effleurer ses lèvres quand à l’intérieur, il n’en menait pas large. Jax était trop proche, trop grand, trop intense pour lui. Bran ne faisait pas le poids, pas sur ce terrain-là en tout cas. « C’est bon. Ne me remercie pas, je t’ai juste évité la septicémie. » En l’espace d’une seconde, il avait retrouvé tout son mordant et il en profita pour ramasser le maillot que Jax avait refusé quelques minutes plus tôt. Bran le lui fourra dans les mains et recula de quelques pas, la posture nonchalante. « Tu devrais vraiment l’enfiler. A moins que tu aies envie d’expliquer pourquoi tu sors du gymnase de l’école couvert de sang ? C’est toi qui vois, Beauchamp. » Prends-le. Je sais pas dire pardon. Bran s’écarta encore d’un pas. S’il restait encore proche de Jax, il avait l’étrange sensation de ne pas pouvoir se retenir. Mais se retenir de quoi, ça, il l’ignorait. Malgré lui, il détailla le fils du jardinier. Il y avait un goût d’inachevé, d’erreur dans ce qu’il voyait mais il était incapable de faire plus. De donner plus. « Tu devrais y aller. T’as rien à faire là. » lâcha-t-il au milieu du silence qui s’était fait entre eux, dans ce flottement étrange. Bran tint encore quelques secondes, puis se mordit la lèvre et finit par tourner le dos à Jax.  Pas pour le provoquer, mais pour lui laisser la possibilité d’ôter son tee-shirt sans que des yeux indiscrets viennent effleurer ce que le fils du jardinier s’évertuait tant à cacher. Et puis, pour le laisser partir aussi. S’ils se regardaient encore, Bran avait comme la sensation qu’ils ne quitteraient jamais l’enceinte du gymnase.
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Re: trouble never looked so god damn fine. (march 2018)

Message par Jax Beauchamp le Mar 10 Avr - 10:07

Il n’avait qu’une hâte, quitter ces lieux et ne jamais – jamais ! – y remettre les pieds. Il faiblissait, il le sentait bien. Ses doigts souillés tremblaient légèrement tandis qu’il essayait de se rafistoler comme il pouvait. Ça n’avait pas besoin d’être clean, juste de tenir jusqu’à ce qu’il puisse se faire soigner par un professionnel. Parce qu’il avait vu le résultat que cela donnait quand il s’administrait des soins, ceux-ci étant trop sommaires pour suffire. Il en avait eu une infection, un jour. Il devait avoir seize ou dix-sept ans et il s’était méchamment ‘coupé’ – comme il le prétendait, préférant ne pas expliquer ce qu’il s’était véritablement passé – il avait sommairement désinfecté et posé un pansement qui tenait à moitié. Deux jours plus tard, fiévreux et courbaturé, il avait dû se résoudre à aller chez un médecin qui l’avait averti des conséquences de ce genre d’inconscience et de ce que cela aurait pu lui coûter s’il avait tardé encore à voir quelqu’un. L’expérience l’avait suffisamment marqué, en tout cas, pour qu’il aille consulter un médecin lorsque cela était nécessaire et avait même trouvé un type qui acceptait de le faire contre un travail de main-d’œuvre. Quand l’homme était indisponible, Jax était cependant forcé de se tourner vers des infrastructures plus reconnues – et donc plus coûteuses. Il ne lui restait plus qu’à espérer qu’il soit libre pour le recevoir, songea Jax, même s’il était conscient qu’il risquait de trouver porte close un samedi.
Alors qu’attendait le trublion pour s’activer ? A l’évidence, il devait également n’aspirer qu’à voir le voir disparaitre de son territoire, non ? Plus vite ils en auraient fini avec cette mascarade, plus vite Jax pourrait se volatiliser. Et qu’est-ce que ça pouvait bien lui foutre, qu’il se fauche une septicémie en quittant les lieux ? Comme si Jax allait s’abaisser à expliquer où et comment et à cause de qui il s’était à nouveau ouvert le flanc ! Plutôt mourir que d’aller admettre qu’il s’agissait d’un stupide accident et que son corps s’était ouvert et avait offert ce spectacle de fragilité, dégueulant du sang et empestant l’atmosphère du gymnase. Jax n’émit donc qu’un rire narquois en secouant la tête, espérant que l’autre saisirait le message : il ne le connaissait clairement pas. Il se contenta toutefois de serrer les dents pour éviter de lancer une nouvelle salve de mots provocateurs. Le temps des insultes était passé et, de toute façon, il n’avait plus l’énergie à quoi que ce soit, encore moins à croiser le fer avec un garnement imbu de lui-même qui n’avait encore rien vécu et qui pensait tout savoir de la vie.
Il devait en tout cas être complètement inconscient, pensa Jax, pour oser énoncer à voix haute un fait aussi évident et que Jax n’avait certainement pas besoin qu’il lui rappelle. Une nouvelle onde de fureur lui parcourut l’échine et Bran avait de la chance que chaque mouvement coûtait à Jax sinon ce dernier l’aurait empoigné à la gorge pour lui faire ravaler son effronterie.
- Et si tu te mêlais de ton cul ? gronda-t-il, piqué au vif, une moue hargneuse sur les lèvres.
Il considéra l’adolescent pendant quelques secondes, une lame dangereuse dans le regard, puis il finit par soulever son t-shirt avec mauvaise grâce, les mâchoires verrouillées, et détourna les yeux. Il ne voulait pas voir la moindre lueur victorieuse dans le regard océan de ce gamin impudent. Il ne voulait pas y voir le moindre plaisir à le voir tressaillir à chaque fois qu’il tamponnait son coton imbibé sur sa peau abimée, non plus. Et surtout, il ne voulait pas y déceler la curiosité si son attention se perdait ailleurs que sur la blessure purulente. Jax ferma les yeux au moment où Bran arracha la compresse qui collait déjà à sa peau sous l’effet de la coagulation et il émit un soupir d’impatience.
Combien de temps devrait-il subir cette torture ? Il détestait cette proximité, cette situation absurde. Ce n’était pas comme ça que les choses étaient supposées se passer. Il était censé se contenter d’observer Brandon Rose au loin, hors d’atteinte, bien à l’abri de sa petite bulle de gosse privilégié. Pas être à la merci des doigts de ce dernier. En vérité, Jax avait toujours considéré que leurs existences se borneraient à s’effleurer, que jamais il ne pourrait vraiment mettre un pied dans ce périmètre réservé aux plus chanceux. La seule fois où ils avaient été à moins d’un mètre l’un de l’autre, c’était la fois où il avait fini le nez en sang, quand il avait repoussé Bran et sa sollicitude maladroite. Il avait détesté ce moment, il avait souhaité l’enterrer dans un coin de sa mémoire mais chaque fois qu’il voyait Bran, c’était invariable, il repensait à ce moment où il s’était noyé dans le ciel bleu glacé de ces yeux sacrés. Et d’un côté, parfois Jax se disait qu’il n’en était jamais ressorti, ou pas indemne, en tout cas.
Cela sembla prendre une éternité à Jax et le jeune homme se demanda pourquoi il tardait tant à finir son boulot. Ça n’était pourtant pas si compliqué, non, de tamponner la peau lésée, d’atténuer les risques d’infection. Il n’allait certainement pas se mettre le recoudre, il lui suffisait de poser une compresse et de faire en sorte qu’elle se maintienne en place. Était-ce sorcier ? Jax s’évertua cependant à garder son regard vissé au loin, ignorant ce qu’il ferait s’il découvrait la moindre émotion sur le visage de l’ange déchu. Sa peau trembla légèrement au moment où l’adolescent appliquait la gaze sur la blessure et il ne revint poser les yeux sur son infirmier – et bourreau – que lorsqu’il l’entendit couper la bande adhésive. Alors, seulement, il osa fixer ce visage qui s’imprimait indubitablement dans son esprit, qu’il le veuille ou non. Il détailla les taches de rousseurs qui mouchetaient son nez et ses pommettes. Il suivit la ligne du nez droit, s’absorba dans les longs cils, découvrit la palette hypnotisante  du bleu de son regard d’acier, la mâchoire parfaitement dessinées et les lèvres roses qui pouvaient faire fondre comme crucifier sur place. Déglutissant avec peine, Jax soupira et ferma les paupières pour ne plus s’attacher à ce tableau qui provoquait des radiations dans tout son corps et qui malmenait son cœur déjà mal en point et ne les rouvrit que lorsqu’il devina le travail achevé. Les yeux verts plongèrent directement dans le lac d’azur et Jax sut qu’il ne serait pas parvenu à retrouver la terre ferme si l’autre ne s’était pas mis à sourire, de ce sourire qui irritait autant qu’il subjuguait Jax. Mais derrière cet arc mutin, c’était la menace que guettait l’ouvrier et son visage se ferma instantanément, comme s’il s’armait d’un bouclier pour encaisser le coup à venir.
- Ouais, et tu l’as presque causée, aussi, rétorqua Jax d’un grognement en baissant les yeux pour jauger le pansement parfaitement ajusté.
Il effleura les bandes adhésives du bout de doigts et laissa retomber son t-shirt. Absorbé à l’évaluation, il n’avait pas vu le gamin se pencher pour ramasser le maillot offert quelques minutes plus tôt et ce fut donc plus par instinct qu’autre chose qu’il réceptionna le tissu. Fronçant légèrement les sourcils, il jaugea Bran, se demandant ce que l’impertinent avait derrière la tête. Devait-il flairer le piège ? L’autre s’écarta, comme pour ne pas lui laisser le choix et Jax reporta son attention sur l’offrande, il l’étendit et observa la fabrication parfaite, les couleurs d’Edgewater. Et le nom qui s’étalait, celui d’une fleur aux épines acérées, aussi acérées que les mots que Bran pouvait proférer avec un sourire d’ange. Pourquoi lui donnait-il son maillot ? Il y avait sûrement d’autres vêtements qui devaient moins lui tenir à cœur et qu’il pouvait refiler à la racaille qui était entrée par effraction sur son territoire, non ?
- Tu devrais y aller. T’as rien à faire là, lui rappela l’adolescent avec une pointe de cruauté.
Jax le dévisagea, cherchant la faille ou l’indice qui lui indiquerait ce qu’il avait vraiment derrière la tête mais Bran se détourna, dans un élan de pudeur qui surprit Jax. L’intrus mis quelques secondes avant de réagir et il finit par ôter son t-shirt humide de sang. Il enfila ensuite le maillot et un frisson lui parcourut le corps lorsqu’il perçut, presque imperceptible, le parfum de Bran, derrière celui de le poudre à lessiver. Un nœud se forma dans son ventre et il tâcha de l’ignorer, préférant enfiler sa veste pour dissimuler un minimum les couleurs qu’il n’était pas censé arborer. Le t-shirt roulé en boule dans son poing, Jax se détacha péniblement du mur et amorça un pas en direction de Bran. Durant une seconde, il hésita à parler – mais que pouvait-il dire dans ces circonstances ? Au lieu de cela, il fixa la nuque de fauteur de trouble, une lueur indéfinissable traversant son regard, puis il renonça et prit la direction de la porte sans jeter un regard en arrière.

THE END.
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