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he found a way to kiss my soul

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he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:44

Jax Beauchamp a écrit:
BRAN + JAX
he found a way to kiss my soul.
if you haven’t been kissed there,
you haven’t been kissed at all.

@"brandon rose"

EDGEWATER ACADEMY, june 29th 2018, around 10pm.
Qu’aurait-il dû faire, un vendredi soir ? Pas tourner comme un lion en cage, en tout cas. Mais il semblait que c’était tout ce qu’il était capable de faire depuis des jours. Tourner. Il tournait sans cesse en rond.
Dans sa tête, où les récents événements se télescopaient inlassablement. Aux joues rosées et yeux voilés de Bran venait se mêler une colère sourde, violente qui, encore maintenant, laissait l’ouvrier pantelant, comme s’il avait perdu l’équilibre quand Bran l’avait repoussé, dans ce foutu local de rangement.
Dans son appartement, qui n’était déjà pas grand mais lui paraissait encore plus petit, comme une prison dont les murs se refermaient lentement sur lui jusqu’à l’étouffer.
Dans sa vie, malgré les efforts conjugués de Trent et Jake à qui il avait à peine lâché deux mots, tant il avait les dents et les poings serrés. Ils avaient dû comprendre que quelque chose clochait mais ils connaissaient aussi Jax et ils savaient qu’il ne servait à rien de le forcer à parler, il ne le ferait pas.
En attendant, c’était comme si un nœud coulant se resserrait lentement autour de son cou. Ou de son cœur, il n’aurait su le dire tant la pression était devenue chronique, infatigable. Elle ne lui laissait aucun répit, elle l’avait poussé dans ses retranchements, elle avait fait sortir des choses qu’il redoutait en lui. N’avait-il pas été frapper à la porte de son enfance pour ratatiner la gueule de son père ? Il avait voulu faire taire la culpabilité en se disant qu’il l’avait fait pour Topaz, pour leur mère, pour leur vie de misère mais il n’était pas aveugle, ni sourd à ses tourments. Il savait que c’était un dérapage, une conséquence immédiate de sa vie qui lui échappait – ou était-ce l’illusion qu’il ait été en contrôle qui s’effritait subitement ? – en commençant par Bran qui le rejetait.
C’était fini avant même d’avoir commencé, il aurait dû le savoir mais il fallait croire qu’il y avait encore une part de naïveté en lui, pour avoir songé une seule seconde que quelque chose puisse naitre entre le gosse de riche et lui. Il s’était laissé aveugler par son attirance pour le gamin, une attirance folle dont il n’avait pas saisi l’ampleur et qui lui avait fait perdre pied. Et maintenant il était trop tard pour revenir en arrière, pour ignorer ce qui s’agitait aux tréfonds de lui. Depuis l’incident du gymnase, Jax avait eu tout le loisir d’y penser, de tourner la situation dans tous les sens et plus il admettait ce qu’il ressentait, plus il se trouvait ridicule.
Alors, n’aurait-il pas mieux valu qu’il attrape les mains tendues de Trent et Jake, qu’il les laisse le distraire, qu’ils essaient de lui faire oublier ses déboires ? Quelques bières et, assurément, le mal qui le rongeait se serait mis à somnoler, à défaut de mourir d’emblée. Voir ses amis rire, être la désinvolture même, comme ils l’étaient toujours, cela ne lui permettrait-il pas de faire une coupure, de mettre son esprit torturé en pause ? Peut-être qu’avec le temps, tout reviendrait à la normale. Il n’aurait plus le cœur en vrac à chaque fois qu’il fermait les paupières et voyait Bran. Il dompterait l’attraction, la remettrait en cage, retournerait à son quotidien fait de ses longues journées de labeur, ses sorties sans but avec ses potes, ses étreintes furtives et sans avenir. Le vide intégral. Car c’était à ça que Jax avait l’impression d’être confronté : le vide implacable de son existence avant que Bran ne vienne bousculer ses habitudes, le vernis qu’il avait soigneusement appliqué dès qu’il s’était soustrait au joug paternel, qui lui donnait la sensation d’avoir réussi dans la vie. Mais réussi quoi, au juste ? Oui, il avait un job, un appart qu’il pouvait appeler chez lui. Il avait un entourage restreint mais sur lequel il pouvait compter et il était reconnaissant à celui-ci de le supporter. Mais c’avait clairement moins de saveur dès qu’on avait goûté à autre chose. A l’impression d’avoir ouvert  - offert ? – une part de son âme à quelqu’un. Et, en un sens, c’était comme si Bran était parti avec ce morceau sanguinolent et vulnérable, laissant Jax à découvert et meurtri.
Il aurait dû se raccrocher à ses amis qui avaient prouvé mille fois qu’ils étaient indéfectibles. Au lieu de quoi, il se retrouvait , sans trop savoir comment. A quel moment avait-il décidé de prendre son camion ? Pourquoi avait-il tourné à l’embranchement au lieu de continuer sa route ? Pourquoi s’était-il garé devant l‘Edgewater Academy, parée de lumières festives ? Parce qu’il savait que le bal de promo des lycéens était ce soir. Parce qu’il l’avait vu mentionné dans des posts sur mazebird. Parce qu’il semblait qu’il n’avait jamais assez de cette torture mentale et physique. Parce qu’il se disait peut-être qu’il était temps de fermer la porte à clé, d’oublier ce presque à côté duquel il était passé à cause de sa  fichue peur monstre de s’engager. C’était de toute manière tout ce qu’il méritait. S’il voyait ces gosses, dans leurs beaux habits, dans leurs belles robes, le port altier, il se convaincrait une bonne fois pour toute que tout ça n’avait été qu’un mirage trop réel et que ça n’avait eu aucune issue favorable dès le départ, qu’importe ce que son cœur avait bien malgré lui espéré. Il ne pouvait pas parler d’adieu quand il était coincé à Windmont Bay, quand Bran allait de toute manière bientôt partir pour l’université, où il oublierait vite ce coup de folie par lequel il était passé.
Jax ouvrit la portière et sortit de son véhicule pour s’appuyer contre la carrosserie. Il observa cette école qui formait l’élite et n’accueillait que la fine fleur des jeunes du coin. Il devina des adolescents endimanchés qui donnaient plus l’air d’arriver à un cocktail mondain qu’à un bal de promo mais, après tout, ça n’était pas le lycée de Windmont Bay. Son bal à lui, qui lui semblait si lointain, n’avait clairement pas le prestige de celui organisé par Edgewater et le regard trouble de l’ouvrier avisa les hautes bâtisses avec un soupir. Il imagina Bran à l’intérieur, dans un costume qui aurait coûté plusieurs loyers à Jax, enlaçant sa blondinette aux yeux océan. Il ne faisait aucun doute qu’ils devaient attirer tous les regards et toutes les convoitises, qu’ils poseraient pour un portrait parfait qu’ils pourraient ressortir dans vingt ans, pour montrer à leurs rejetons à quel point ils avaient été célébrés dans leur jeunesse et dans leur beauté.
Un sourire amer vint tordre les lèvres de Jax et il sortit son téléphone, comme il l’avait fait ces derniers jours. À plusieurs reprises, il avait été jusqu’à rédiger un message qu’il avait fini par effacer, par lâcheté ou parce qu’il savait que ça ne servait plus à rien. Il avait ruiné la seule bonne chose à lui être arrivée et il n’avait qu’à s’en prendre à lui-même. Il ne put toutefois s’empêcher d’écrire un dernier message qu’il n’enverrait pas, qu’il supprimerait, comme tous les autres. Il voulait juste avoir la satisfaction – si seulement on pouvait qualifier ainsi ce sentiment de dire la vérité, rien qu’une fois, dans son plus simple appareil – de placer des mots sur ce trou béant qui perçait sa poitrine. Il écrivit : im sorry. i miss u. im so fucked up. &in love with u i can’t breath i can’t sleep et grimaça en se disant que Bran rirait bien s’il le voyait vomir ses faiblesses de façon aussi pathétique. Alors il pressa le bouton pour effacer.
Et envoya par erreur une large partie de sa détresse.
Jax sentit son cœur manquer un battement et le sang quitter son corps alors qu’il voyait les mots qui n’étaient plus rattrapables.
- Merde, lâcha-t-il, sentant son corps se raidir sous l’effet de la panique.
Il pianota à toute allure, les mains tremblantes, cherchant un moyen d’effacer le message mais il avait toujours été lamentable avec son téléphone, il n’avait jamais écouté Trent quand il voulait lui apprendre les bases et voilà le résultat : il tapait son écran frénétiquement, le cœur battant à tout rompre, psalmodiant des injures à demi-étouffées :
- Shit, shit, shit, shit.
Jax balança son téléphone sur son siège et se passa les mains sur le visage.
Y avait-il moyen d’être plus crétin que ça ?
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Jax Beauchamp

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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:45

Brandon Rose a écrit:C’était le grand jour. Il avait tout fait dans les règles. Tout ce qu’on attendait de lui, Bran s’y était plié, sans broncher, avec le sourire. Il avait revêtu son costume parfaitement ajusté, remplacé le mouchoir blanc de la poche par une rose – à l’insistance de sa belle-mère – et avait posé pour les photos. Son père avait abattu sa main sur son épaule, dans un rituel de validation virile, et lui avait permis d’emprunter la Porsche pour aller chercher Aspen. Elle aussi, elle avait tout fait dans les règles. Sous sa robe rouge, Bran devinait les promesses de la nuit qui mettrait un temps infini à mourir. Ils devaient profiter de cette nuit, c’était tout ce qu’on leur répétait. Profitez de votre jeunesse. Profitez d’être beaux et intouchables et immortels, profitez, buvez jusqu’à la lie. Bran avait souri en la voyant. Il avait souri pour de nouvelles photos. Il avait souri en embrassant Aspen, glissant même ses lèvres dans son cou lorsqu’ils s’étaient retrouvés seuls dans la Porsche, lui promettant qu’elle était la plus belle fille qu’il ait jamais vue. Il lui avait offert la rose de sa poche. Ils étaient partis en trombe et il avait fait vrombir le moteur de la voiture pour la faire rire, cette petite mélodie cristalline qui avait eu un jour le pouvoir de tout arranger, de tout réparer. Mais pas ce soir. Il avait essayé, vraiment. Il avait tout fait pour, il avait coché toutes les cases, comme toujours.
Récupérer Aspen : check.
Obtenir son diplôme : check.
Oublier Jax Beauchamp : en cours.
Il avait garé la Porsche sur le parking de l’école, cette école dont ils foulaient le sol pour la dernière fois de leur vie. Après ça, l’université et le vaste monde les attendrait. Il leur tendait les bras, aux gamins comme eux. Ils n’avaient qu’à claquer des doigts pour réussir. Bran le savait, il n’aurait même pas à réfléchir. Tout était prêt, tracé, calculé. Même ce soir, il n’y aurait pas de surprise. Lorsqu’il aida Aspen à sortir de la voiture, les têtes se tournèrent vers eux. Ils avaient devant eux le futur couple royal – cette appellation risible, mais qui semblait importer tellement au reste du monde. Aspen était radieuse. Une fois encore, Bran fut saisi par sa beauté. Il s’en voulait d’autant plus d’être incapable de se réjouir, incapable d’être heureux alors que toute cette soirée aurait dû être pour elle, alors qu’il aurait dû se soumettre à son sourire et se contenter de se laisser porter.
Mais il en était incapable. Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle qui accueillait le bal, plongé dans une demi-pénombre et déjà remplie d’étudiants fébriles, il eut l’impression d’étouffer. Les choses auraient peut-être été plus simples avec Alfie et Timmy à ses côtés, mais même ça, même cette amitié, il n’avait pas été capable de ne pas la gâcher. Il gâchait tout. C’était sa spécialité.
On le saluait, on lui adressait des sourires. On évoquait le bon vieux temps, on s’étonnait d’être parvenu jusque-là. On se promettait des serments d’amitié éternels, des ‘on se reverra’, des ‘je viendrai te voir’ et Bran savait déjà qu’il ne tiendrait aucune de ces promesses. Il n’avait qu’une envie, s’enfuir, loin, ne jamais revenir, disparaître, se débarrasser de cette peau qui n’était pas la sienne, renaître à neuf quelque part où personne ne le connaîtrait. C’était plus facile que d’affronter ses erreurs. Sans parler de ses regrets. Autour de lui, la musique, les gens, les lumières tournoyaient. Il était là sans vraiment l’être, répondant quand il le fallait, se penchant vers Aspen avec assez d’irrégularité pour qu’elle ne remarque pas qu’il était complètement ailleurs. Elle riait, parlait avec ses amis. Elle était heureuse et ça lui suffisait. Peut-être qu’il pourrait vivre ainsi, se contenter de son bonheur tandis que lui s’éteignait, faute d’avoir su rallumer la flamme. Depuis combien de temps étaient-ils arrivés ?
Et puis soudain, le silence se fit, le principal monta sur l’estrade décorée de ballons dorés, il y eut un discours sur la classe de 2018, les destins glorieux qui se promettaient à eux, la vie dans tout sa force, sa vigueur, qui s’offrait à eux, toutes les opportunités qu’ils allaient pouvoir saisir parce qu’ils étaient d’Edgewater Academy et que c’était pour ça qu’ils étaient faits. Et puis, trêve de bavardages, il était là pour annoncer les deux noms que tous attendaient. Dans l’obscurité, il sentit Aspen prendre sa main et la serrer très fort. Il écouta autour de lui les souffles retenus, les chuchotements pleins d’espoir, les rictus amers également. Et puis soudain, la fin du suspense qui n’en était pas un, l’explosion, la dernière barrière franchie. Quatre années de course pour ces quelques secondes d’extase, de gloire absolue.
Aspen Gansey, prom queen. Brandon Rose, prom king.
Des confettis brillants tombèrent du plafond, inondant la jeunesse déjà dorée d’Edgewater Academy et soudain, ce fut un flot de félicitations, de cris, de mains tendues. Comme dans un rêve, Bran se laissa entraîner sur la scène, sans voir, sans entendre. Il comprenait, oui, mais ça ne lui faisait plus rien. Mais comme d’habitude, il fit ce qu’on attendait de lui. Il sourit. Il embrassa Aspen, lui murmura à l’oreille qu’elle était merveilleuse, qu’elle le méritait, qu’il n’y aurait pu avoir aucune autre alternative. Il reçut la couronne, salua ses sujets d’un petit geste de la main et la fête reprit, à grands renforts de musique. Avec Aspen, ils ouvrirent la première danse et pendant ces quelques minutes, dans les bras l’un de l’autre, il aurait pu jurer qu’il était de nouveau amoureux d’elle, que rien n’avait changé, que c’était un mauvais rêve, le reste, et que rien ne s’était passé.
Mais son portable vibra dans sa poche et il eut un drôle de pressentiment. Il résista l’envie de rompre le slow et offrit à Aspen la première danse qu’elle méritait. Puis les autres couples les rejoignirent, la fête grandit et ils finirent par se séparer, assaillis aussitôt par leurs amis ou des inconnus qui venaient les féliciter. Un groupe de filles entoura Aspen et elles se mirent toutes à parler en même temps, laissant à Bran une fenêtre de quelques secondes pour ouvrir son portable.
im sorry. i miss u. im so fucked up. &in love with u i can’t
in love with u
in love with u
in love with u in love with in love with u
, les lettres se brouillaient, se répétaient et il vit rouge soudainement, parce qu’encore une fois, Jax Beauchamp le prenait de court, l’empêchait de tourner en rond. Pourquoi ? Pourquoi ce soir, pourquoi maintenant ? Pourquoi ces mots-là ? Les mains tremblantes, Bran fixait l’écran de son téléphone comme s’il avait pu faire disparaître le message et il réalisait qu’il devait offrir un spectacle étrange car on le fixait. Il se redressa et adressa un sourire contrit à Aspen. « Izzy fait des siennes. Je reviens, ok ? » murmura-t-il à sa petite amie. Utiliser sa sœur comme alibi, un mensonge de plus mais qu’importe. Il avait besoin d’air, besoin de s’éloigner de tout ça, et il s’échappa par un couloir, sa couronne encore sur la tête. Dans les couloirs vides du lycée, les casiers égrenaient les quatre années passées ici et tous les souvenirs le prirent à la gorge. Pris d’un soudain accès de colère, il se pencha sur son téléphone et tapa deux messages à l’adresse de Jax. Même sa dernière au lycée, il allait la lui prendre ? Même ça, il n’avait pas le droit d’en profiter en paux ? Bran inspira profondément l’odeur des couloirs et la nostalgie le submergea, mêlée à une rage qui ne disait pas son nom. Non, il fallait qu’il sorte. Il accéléra et se retrouva bientôt sur le perron des immenses portes de l’école. La fraîcheur nocturne lui frappa les joues.
C’est là qu’il le vit, adossé à son foutu camion pourri. Bran faillit en écraser son portable et son visage prit une expression meurtrière. Il faillit faire un pas vers l’ouvrier, puis se ravisa. Non, ce n’était pas à lui d’approcher. Alors il resta là où il était, le cœur battant, la couronne de travers, les yeux transfixés sur la silhouette de Jax.
Ignorant s’il devait le supplier d’approcher ou lui intimer de s’enfuir pour ne jamais revenir.
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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:46

Jax Beauchamp a écrit:Son message était tellement pathétique, en plus d’être incomplet. Il aurait voulu pouvoir rembobiner les dernières minutes, les derniers jours, voire les dernières semaines. Ou années. Sa vie n’était qu’une succession de ratés grotesques et tout serait probablement mieux s’ils n’avaient pas quittés l’Arkansas pour venir s’installer à Windmont Bay. Mais même ce déménagement était de sa faute. S’il n’avait pas été si stupide, rien de tout cela ne serait arrivé. Ils ne seraient pas venus dans l’Oregon, il n’aurait jamais croisé la route de Brandon Rose, il n’aurait jamais éprouvé ce flot de sentiments pour le garnement, il n’aurait pas passé les derniers jours à tourner en rond, inconsolable, indomptable. Il n’aurait pas rédigé ce message désespéré. Pourquoi avait-il ressenti le besoin d’écrire noir sur blanc ces mots-là, lui qui était incapable de les dire à haute voix ? Il était désormais trop tard pour regretter, même si son corps n’avait pas l’air de s’en rendre compte. Il en avait le visage brûlant de honte, le cœur qui battait comme s’il allait éclater dans sa poitrine d’un moment à un autre. Et qu’il le fasse, seulement. Qu’il explose et répande Jax dans l’atmosphère afin qu’on ne retrouve de lui que des morceaux épars. Comme ces morceaux de son âme qui semblaient s’être décrochés au fil des derniers événements. Mais tout ça aurait été trop simple, évidemment. Depuis quand la vie du jeune Beauchamp était-elle facilitée d’une quelconque manière ? Elle ne l’avait jamais été. Il avait constamment été le pantin de son destin, se heurtant aux écueils qu’il rencontrait. Les écorchures, elles étaient autant visibles qu’invisibles. Il y avait bien sûr les marques qui lacéraient son épiderme, qui prouvaient que sa jeunesse et le foyer dans lequel il avait grandi n’avaient pas été de tout repos. Mais il y avait le reste : les cicatrices internes, plus difficiles à soigner, plus promptes à se rompre et à répandre le sang dans le corps éprouvé de Jax. Quand ça n’était pas la culpabilité qui le hantait, comme lorsqu’il s’était trouvé face à sa sœur en détresse, le corps à l’agonie, c’était la peur qui le terrassait. Bran avait eu raison sur ce point : il était à ce point terrifié qu’il repoussait tout ce qui pouvait lui être bénéfique, convaincu qu’il ne le méritait pas ou qu’il finirait par le briser, d’une manière ou d’une autre. Ne l’avait-il pas prouvé à multiples reprises ?
Le téléphone vibra sur le siège et Jax lui jeta un regard alarmé, le sang lui battant les tempes. L’appareil était tombé de sorte qu’il ne voyait pas l’écran mais il ne doutait pas un seul instant de l’identité de l’émetteur du message. Ne venait-il pas de le provoquer ? Le souffle court, Jax fixa son portable pendant plusieurs secondes encore avant d’étendre le bras pour l’attraper. Il toucha l’écran et vit le prénom de son jeune amant, faisant culbuter son cœur, encore et encore. now why the fuck would you say that ? pouvait-il lire sans peine. u think it's funny?? do u need to ruin prom night as well?? Jax se passa les doigts sur les lèvres, ne sachant quoi faire. Répondre ? Ignorer l’agressivité des messages de Bran ? Avouer qu’il n’avait pas voulu les envoyer, ces mots stupides, quand bien même ils reflétaient clairement ce qu’il ressentait ? Quelle que soit sa réaction, elle n’aurait pas le résultat qu’il espérait et il ne savait même pas ce qu’il espérait au juste. Il aurait pourtant dû s’attendre à ce type de réponse, il l’avait cherché, il devait savoir maintenant, que Bran réagissait au quart de tour et ne mâchait pas ses mots. Et puis, encore une fois, il avait raison, non ? Pourquoi avait-il dit ça ? Pourquoi ce soir d’entre tous les soirs ? Pourquoi devait-il gâcher la soirée de Bran juste parce qu’il se sentait mal et seul et écrasé par ce sentiment qui grossissait à vue d’œil jusqu’à l’étouffer ? Il ne trouvait pas ça drôle, non, d’être la victime de ses émotions, de ne rien faire d’autre que penser à un sale garnement qui l’irritait la plupart du temps. Il ne supportait pas cette distance alors qu’il avait vécu avec celle-ci pendant si longtemps. Il n’y avait plus de marche arrière possible, Bran s’était fiché dans son cœur comme une flèche empoisonnée et l’empêchait de raisonner pour son propre bien. Sinon comment expliquer sa bêtise et son égoïsme ce soir ?
Alors il réalisa. Il comprit que, peut-être, il avait précisément choisi ce soir, même si c’était fait inconsciemment. C’était sa dernière chance. Après ça, l’été viendrait lui ravir ce bout de bonheur qu’il n’arrivait déjà plus à lâcher. Il y avait à peine goûté et il ne pouvait pas se résoudre à le laisser partir sans tenter une dernière mission suicide. Peut-être que sa tête n’avait pas voulu envoyer ce message, peut-être que son cœur avait pris les commandes. Peut-être qu’il jouait les kamikazes et que ce qui découlerait de ce soir serait pire que tout mais au moins il saurait, n’est-ce pas ? Il saurait que ça n’avait été qu’un mirage et qu’il fallait qu’il revienne sur terre. Qu’il laisse le gamin voler vers sa destinée pendant qu’il poursuivait la sienne. Ils auraient dû n’être que des lignes parallèles qui évoluaient côte à côte mais jamais ne se touchaient. Quant à savoir pourquoi, par quelle force de la nature, elles avaient amorcé une courbe qui les avait fait entrer en collision, Jax ne voulait pas le savoir. C’était arrivé, un point c’est tout. Et il n’était plus le même.
Il décida de ne pas réagir. Il en avait déjà trop fait et il verrouilla l’écran avant de balancer à nouveau le téléphone dans le camion, espérant qu’il reste muet, qu’il n’émette plus le moindre son, plus la moindre vibration. Son cœur ne le supporterait pas. Il devait prendre la réponse de Bran pour ce qu’elle était : c’était fini, pour lui au moins. Sa colère ne lui permettrait pas de pardonner à l’ouvrier et peut-être que c’était mieux ainsi, songea Jax, car, après tout, quel avenir pouvaient-ils avoir, eux qui étaient si différents ? C’était la course naturelle d’une histoire comme la leur, maudite d’emblée. Les quelques étincelles ressenties en présence de l’autre n’étaient que ça : des étincelles qui jamais ne donneraient vie à une feu flamboyant. Ils étaient une comète, une étoile filante perçant la nuit et l’image poétique étira les lèvres du jeune homme en un sourire amer. Voilà qu’en plus de dévoiler ses sentiments, il se mettait à imaginer des métaphores pour les distinguer du reste. Mais il n’y avait rien à distinguer, juste une erreur de la part d’un gosse en quête de lui-même et un loup solitaire qui souffrait de son isolement. Rien d’autre. Il ne s’agissait que d’une attirance éphémère et réciproque. Ça n’était pas de l’amour, ça n’était pas une volonté de construire quelque chose avec quelqu’un, il n’était pas question d’imaginer un avenir avec un garçon comme Brandon Rose, ni de se languir de sa présence et de ses lèvres douces qui pouvaient proférer les pires horreurs. Qu’avait-il cru, honnêtement ? Que Bran allait attendre qu’il s’ouvre enfin pour lui revenir ? Qu’il suffisait d’un message maladroit pour tout réparer ?
Jax sut d’emblée qu’il aurait dû accepter la défaite, remonter en voiture et poursuivre sa route, même s’il n’avait eu aucun but précis ce soir. Mais ses pieds restaient collés au sol, comme englués dans l’incertitude. Ou l’espoir, toujours naïf, toujours absurde, que Bran le choisisse. Car c’était de ça qu’il était question, non ? Que Bran le choisisse au lieu de sa vie dorée. Comment avait-il pu avoir cette prétention digne d’un fou à lier ? Il n’avait récolté que ce qu’il méritait et tentait de laisser cette constatation l’envahir pour lui donner la force de partir quand une silhouette isolée émergea du bâtiment. Le cœur de Jax coula au fond de son estomac et son souffle se coupa. D’incrédulité, déjà, à l’idée que Bran ait pu abandonner sa cour et son bal pour sortir sans savoir qu’il se trouvait là – ou s’en était-il douté ? – mais également parce que la beauté ravageuse de l’adolescent le percuta, une fois de plus, une fois de trop. Jax battit des paupières pour sortir de son hypnose et se redressa lentement, le corps raidi par cette confrontation à laquelle il n’était à nouveau pas préparé. L’expression glaciale de Bran ne lui échappa pas mais il était tétanisé, incapable de bouger, pris en flagrant délit d’une attente désespérée, prêt à être jugé par le charlatan.
Il parvint finalement à se détacher de son véhicule, seul élément capable de lui permettre de tenir debout, apparemment et il vacilla, ignorant ce qu’il devait faire. Ouvrir la bouche, à l’évidence, mais pour dire quoi ? Alors il lâcha la seule chose à laquelle il pouvait penser, la seule vérité qu’il connaisse, qui vrilla l’air de sa voix écorchée :
- Je suis désolé.
Pour tout. Pour tant de choses. Trop de choses. Il n’aurait pas su par où commencer.
Il voulait juste que Bran ne le déteste pas, si c’était seulement possible.
Il pouvait tout supporter mais pas ça.
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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:46

Brandon Rose a écrit:A force, Bran ne cherchait même plus à comprendre pourquoi leurs chemins persistaient à se croiser. Quelles étaient les chances pour que Jax soit là au moment même où il avait choisi de s’échapper ? Infinitésimales et pourtant, le hasard ne cessait de tirer les ficelles en coulisses pour qu’eux se retrouvèrent sur la scène de leur tragédie toute personnelle. Bran ne luttait plus. Qu’importe qu’il ait oublié son texte, qu’il n’ait jamais répété ce genre de rôle ; si cette pièce devait se jouer, même improvisée, elle se ferait et qu’importe qu’elle se termine dans le sang et le drame. Quelque part, pourtant, il redoutait que ce soit là leur dernière représentation. Mais qu’y pouvait-il ? Jax avait ôté son masque de jeune premier pour révéler qui il était depuis le début. Il avait dévoilé sa traîtrise sans remords. Bran n’avait qu’à se remémorer sa désinvolture, son mépris.
Tu crois qu’en détalant comme un lapin, tu vas échapper à ta vie ?
Il serra les poings.
Tu nous vois partir bras dessus dessous comme un joli petit couple ? On couche une fois ensemble et tu fais déjà des plans sur la comète ? T’es pire qu’une nana, ma parole.
Sa mâchoire se contracta, si c’était encore possible.
Je crois que tu rêves trop grand parce que tu peux te le permettre.
Il fut tenté d’effacer la distance entre eux, de balancer ce poing sur le visage de Jax, de lui faire payer tout ce qui s’écroulait en lui. Mais il ne pouvait pas. D’abord parce que ses jambes restaient furieusement ancrées dans le sol. Par orgueuil, aussi, parce qu’il était Brandon Rose et que jamais plus on ne le reprendrait à courir après qui que ce soit. Et aussi, et surtout, parce qu’il était terrifié de la vérité qui résonnait dans les mots de Jax. Il avait raison, sur toute la ligne. L’évidence était accablante. Il n’était qu’un gamin mort de trouille d’affronter la vie, la vraie. Il s’était laissé emporter par le tourbillon de ses sentiments. Il s’était voilé la face, il avait cru qu’il pourrait être autre chose qu’une image, un mensonge élaboré. Et enfin, comme Jax l’avait dit avec cette étrange éloquence qui ne lui ressemblait pas, il avait rêvé trop grand. Il ne lui avait fallu que quelques semaines pour construire toute une autre vie, une sublime échappée belle vers l’inconnu qu’il voulait vivre sans retenue ni mensonge. Il n’allait pas à la fac, il ne terminait pas avec Aspen, il ne devenait pas avocat ou sportif de haut niveau. Non, à la place, il partait vers autre chose, avec quelqu’un d’autre. Il ne pouvait pas, ne voulait pas le faire sans lui. Rêveries de môme. Idioties de gamin pourri gâté. Il avait passé tant de temps à élaborer ce rêve délicat qu’il en avait oublié le plus important : le réaliser. Finalement, il était bien le roi de quelque chose, celui de la désillusion. Il en avait goûté toute l’amertume, il la goûtait encore et rien ne suffisait pour la chasser. Au contraire, voir Jax ici ne faisait qu’accentuer la sécheresse de sa bouche. Et lorsqu’il approcha, le nœud de sa gorge ne fit que se resserrer, lui donnant l’impression qu’une corde au nœud coulant ornait désormais son cou. Jax tenait-il à ce point à donner un grand coup dans le tabouret pour l’achever ? Tout le corps de Bran se tendit, raide comme une corde d’arc et il était prêt à dégainer ses flèches trempées dans le poison. Il recula même d’un pas comme s’il craignait que Jax ne l’attaque, mais garda la tête haute, le menton royal et la bouche devenue un simple trait qui oscillait entre le renflement méprisant et la lividité rageuse.  Une fois encore, il fut tenté de le frapper mais il fut incapable de faire un seul geste. Il était une statue de sel mais il ne fondrait pas. Au contraire, il resterait tel quel, sec, coupant. Même lorsque Jax le contemplait ainsi et quelque part au fond de lui, il y avait ce désir indicible de se jeter dans ses bras, d’inspirer son cou, de lui murmurer de l’emmener tout de suite et très loin. Même lorsqu’il murmurait ces trois mots de sa voix écorchée, tout son corps semblant plier sous le poids de cette chose horrible qu’ils s’étaient infligés l’un à l’autre.
Bran eut un rictus, un semblant de rire qui secoua ses épaules. Il rangea son portable dans sa poche et fixa ses pieds pendant quelques secondes avant de relever les yeux, de les promener partout sauf sur Jax, oh non, surtout pas sur Jax, il ne pouvait pas le regarder, pas être aussi proche de lui et prendre le risque de s’abandonner encore. « Pas autant que moi. » rétorqua-t-il dans un faux sourire, un miroir négatif qui s’écornait de sa tristesse, de sa colère, de tout ce que Jax convoquait en lui et dont il ne parvenait jamais à faire sens. Parce que c’était ça, le problème, l’énigme Jax Beauchamp demeurait insolvable et il avait beau essayer de le retourner dans le sens, il ne comprenait pas, il ne voyait pas où était la solution. L’ouvrier restait désespérément fermé. Un véritable coffre-fort humain que Bran n’était pas digne d’ouvrir, visiblement. « Pourquoi ? » Il avait tellement de questions à poser, tellement de mots à lui jeter au visage à défaut de pouvoir déverser sa rage comme au gymnase – car malgré tout, il en avait assez vu pour s’être juré que plus jamais on ne toucherait à Jax Beauchamp comme ça – mais c’était ce cri du cœur qui lui avait échappé en premier. « Pourquoi t’as fait tout ça ? Pourquoi tu m’as embrassé ? Pourquoi on a couché ensemble ? Si tu savais que ça irait nulle part, pourquoi ? » Il releva les yeux vers Jax, comme aimanté, les mains vers le ciel comme pour appeler une prière, une clémence qui ne venait pas. La glace de son visage fondait, embrasée par la flamme dans ses yeux. Détresse, rage absolue, tout y passait, tout se confondait et il espérait que quelque part, Jax se laisse happer parce ce qu’il voyait, pour qu’il comprenne. Bran se passa une main nerveuse dans les cheveux, y rencontra sa couronne pathétique et l’ôta d’un coup, jetant un regard dépité aux joyaux en toc avant de revenir vers Jax. Même le regarder, ça faisait mal et ses doigts se resserrèrent autour de la couronne. « T’es désolé ? Et qu’est-ce que ça change ? » Sa voix avait vibré d’une colère mal contenue et dans un geste, il jeta la couronne par terre. Ça ne voulait rien dire. Tout ça n’était qu’une vaste blague, lui, eux, les rêves qu’il avait pu avoir, une farce, une rêverie idiote qu’il ne parvenait pas à lâcher. « T’as eu ce que tu voulais de moi, non ? Pourquoi t’es encore là ? Ça m’étonne que tu sois dehors, t'as peur de tout, ça ne doit pas être simple. » Il voulait faire mal, réduire volontairement ce qu’ils avaient eu à une simple histoire de sexe, c’était le seul moyen de s’en sortir sans en crever de douleur. Et dans sa poche, le message qu'il avait reçu de l'ouvrier un peu plus tôt pesait toujours plus lourd.
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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:47

Jax Beauchamp a écrit:S’il avait su que ce qu’il disait pouvait avoir un tel impact sur Bran, peut-être aurait-il réfléchi à deux fois avant de parler. Il ne serait pas à ce point parti de sa propre expérience pour essayer d’ouvrir les yeux de l’adolescent. Ils n’avaient pas eu la même jeunesse, il était dès lors normal que Bran ne puisse pas voir les choses comme lui les voyait. Tout comme il était incapable de se mettre à la place de Bran. Était-ce ce gouffre qui les empêchait de se comprendre ? Et était-il vraiment infranchissable ? N’existait-il pas une chance, même microscopique, que leur histoire ne s’arrête pas là ? Même le terme d’histoire semblait grandiloquent au vu de ce qu’ils avaient partagé jusque-là. Des étreintes furtives. Une nuit. Et autant de situations conflictuelles qui les avaient fait se séparer plus furieux l’un contre l’autre que jamais. Ce soir ne dérogeait pas à la règle, comme pouvait le constater Jax, alors que Bran le flinguait du regard. Qu’espérait-il, au juste ? Qu’il se désintègre sous ses yeux ? Qu’il entre en combustion et s’enflamme dans la nuit ? Mais Jax la prenait, cette colère, il voulait bien l’embrasser dans toute sa splendeur car ce qu’il avait redouté, c’était un nouveau rejet, définitif, celui-là, voire l’indifférence totale. Tant que Bran lui en voulait, cela signifiait qu’il lui restait peut-être une chance. Une chance de faire amende honorable, une chance de dévoiler ce qui le hantait depuis leur dispute. Alors peut-être que ça n’était qu’une illusion, peut-être qu’il allait se ramasser une nouvelle porte en pleine gueule mais Jax acceptait ce risque si Bran l’écoutait.
Le problème, c’était qu’il n’avait pas répété un tel scénario. Il n’avait pas cru que la soirée déraperait de la sorte. Il ne savait pas comment il avait imaginé la suite des choses mais certainement pas comme ça, avec Bran en haut des marches, le surplombant, presque à contrejour et lui, en bas de l’escalier, avec pour seul soutien son vieux camion fatigué. Et son cœur meurtri qui ne pouvait pas laisser Bran partir comme ça. Pas en le détestant, pas en s’imaginant que tout ça n’avait été qu’un coup de bite, comme si Jax l’avait utilisé à cette seule fin avant de passer à autre chose. Il n’était pas passé à autre chose, il en était incapable, il n’avait que Bran à l’esprit, jour et nuit, chaque minute, chaque seconde. Et ce trou béant dans sa poitrine pour lui rappeler la place qu’avait prise l’impudent en l’espace de quelques semaines à peine. Qu’était-il censé faire maintenant ? Un après Bran lui paraissait inenvisageable alors qu’il l’avait dans la peau, tatoué à même son cœur en perdition. Et il sentait son souffle s’alourdir, comme si son muscle cardiaque commençait à peser sur ses poumons, alourdi de remords, écrasé par ses peurs primaires, instinctives, ancrées en lui depuis son plus jeune âge. La pire étant celle d’espérer quelque chose – quelqu’un – qui lui rappellera sa condition médiocre en lui filant entre les doigts.
Et il craignait que Bran soit ce quelqu’un. Que durant quelques semaines, le gamin soit aveuglé par ses sens, qu’il soit déconnecté de la réalité pour ensuite réaliser à quoi il jouait. Qu’il reprenne ses esprits et contemple Jax d’un air effaré, comme s’il se disait mais qu’est-ce qui m’a pris ? qu’est-ce que je fous, bon sang ? Jax ne supporterait pas ce regard, il n’encaisserait pas ce revirement.
Le pas en arrière de Bran lui happa le cœur et il retrouva le contact rassurant de la carrosserie contre son dos. Elle, au moins, ne le lâcherait pas, ne se retirerait pas subitement pour le faire tomber en arrière. Il ne put s’empêcher de contempler le sourire de glace de Bran, pourtant. Il s’y écorcha et laissa les plaies saigner librement, douleur exquise qu’il préférait à la solitude. Que Bran le griffe, le morde, jette du sel sur les blessures ouvertes, pourvu qu’il ne lui siffle pas de s’en aller et de ne plus jamais l’approcher. Tant qu’il y avait un maigre espoir, même si c’était un hasard s’ils s’affrontaient ce soir, si Bran n’était pas venu à lui de son plein gré. Il fixa Bran. Inlassablement. Même quand l’adolescent regardait partout ailleurs, partout sauf dans sa direction. Il le dévisagea et laissa ses battements de cœur s’accorder fébrilement, faisant galoper le sang dans ses veines, tandis qu’il rassemblait ce qu’il pensait être du courage. Ou de l’audace. L’audace d’aller jusqu’au bout de sa mission suicide, quitte à en ressortir ensanglanté et le cœur en miettes. Il ne cilla que lorsque Bran ouvrit la bouche, desserrant enfin les dents. Déglutissant, Jax hocha la tête, comme s’il comprenait, mais son torse se gonfla, comme s’il cherchait n’importe quoi à soupirer. Pourquoi ? Les yeux clairs de l’ouvrier restèrent ancrés à ceux de Bran, entre défi et supplice. Bran ôta sa couronne et Jax détourna enfin le regard, brièvement, comme si l’envoûtement avait pris fin. Mais ça n’était que le début de la bataille, n’est-ce pas ? songea-t-il en reportant son attention sur Bran qui continuait sa litanie désespérée et qui le clouait sur place à chacun de ses mots. La couronne échoua aux pieds du petit prince en colère et Jax la regarda longuement, ne bougeant pas d’un millimètre, même quand les flèches se fichèrent en lui, déversant leur poison lent et douloureux.
- Pourquoi ? finit-il par extorquer à sa gorge nouée, le regard toujours rivé à la couronne délaissée avant de relever les yeux, une lueur dans le regard, comme celle d’un chien acculé qui sait qu’il n’échappera pas à son sort. Tu crois que j’avais tout planifié ? Tu crois que ça m’amuse de me battre avec toi constamment ? Je ne joue pas, Bran. Je n’ai jamais joué au moindre jeu, ni avec toi ni avec quiconque.
Il se tut. Ouvrit la bouche. Hésita à poursuivre. Ne fut pas certain d’y parvenir, tant sa cage thoracique semblait oppressée par une vérité qui y pourrissait depuis trop longtemps.
- Je n’avais jamais embrassé un mec pour le simple plaisir de l’embrasser. Je n’avais jamais passé la nuit avec quelqu’un non plus. Jusqu’à toi. Alors, ouais, je crève de trouille parce que je ne sais pas quoi faire, je suis complètement paumé. Je ne sais pas ce que tu espères. Tu as l’air de vouloir plus et, en même temps, tu continues à filer le parfait amour avec ta gonzesse. Et je ne veux même pas te demander de faire un choix. Je pourrais continuer comme avant, dans le noir complet, si ça veut dire que je peux continuer à te voir. Et en même temps, te savoir avec elle me rend dingue.
Ses doigts s’étaient refermés en un poing qui battait imperceptiblement contre la carrosserie, au rythme des confessions qui se diluaient dans l’air sans que Jax sache si Bran pouvait comprendre ce qu’il disait.
- Je ne voulais pas ruiner ta soirée, pas intentionnellement en tout cas, mais peut-être qu’une part de moi le voulait. Et je ne sais pas quoi te dire de plus que ce que ce message disait. Que je suis désolé. Que tu me manques. Que tu n’es pas un coup de bite qui m’a diverti un temps. Tu es tellement… tellement plus.
L’ouvrier finit par soupirer, épuisé d’avoir trop parlé, d’en avoir trop dit. Il donnait là toutes les cartouches à Bran. S’il voulait l’abattre sur place, il en avait les moyens et un sourire plissa les lèvres de Jax qui conclut :
- Je crois que je t’ai dans la peau. Mais si tu me dis que c’est fini avant même d’avoir commencé, si tu me dis que tu veux que je te laisse tranquille, je le ferai. Je ne t’enverrai plus de messages par erreur, je ne me pointerai plus dans les lieux où l’on risque de se croiser. Je te foutrai la paix, c’est promis.
Achève-moi une bonne fois pour toutes semblait-il dire alors qu’il attendait, les yeux dardés sur Bran, conscient que le gamin en était tout à fait capable, sincèrement ou juste parce qu’il était contrarié. Mais que ce soit l’un ou l’autre, Jax s’exécuterait. Il voulait juste que Bran le chasse en toute connaissance de cause, quitte à abandonner au pied de cet escalier son cœur maudit dont il ne saurait plus que faire.
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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:47

Brandon Rose a écrit:Il voulait que Jax reste, il voulait que Jax parte, il voulait le frapper, il voulait se jeter dans ses bras, il voulait tout et son contraire et il ne savait plus. La tête lui tournait presque. Il pensa à Aspen brièvement, se rappela qu’elle devait l’attendre, dans sa jolie robe rouge, un verre à la main. Peut-être était-elle entourée de ses amies, mais il la voyait parfaitement, il la connaissait, il savait qu’elle guettait son retour, il imaginait parfaitement la vague inquiétude qui se nouait dans le ventre de sa petite amie, la sensation d’avoir toujours su que quelque chose clochait, la certitude d’avoir fermé les yeux pendant trop longtemps. Parce que c’était exactement ce que Bran ressentait, là, à cette exacte seconde alors qu’il se trouvait face à Jax. Il avait toujours su. Depuis leur première altercation dans le jardin, il y a trois ans de ça. Un compte à rebours s’était enclenché et aujourd’hui sonnait la fin. Leur fin. A tous : Aspen, Jax, lui. Et il était le point commun, la convergence de toutes ces erreurs en cascade. C’était lui qui avait menti. C’était lui qui n’avait pas su résister à la force de son attraction. C’était lui qui avait cru qu’il pourrait mener des vies parallèles, se séparer en deux, il le faisait si bien d’habitude. Avec Aspen, il serait le Bran d’airain, incassable, miroitant, brillant – opaque, aussi. Et Jax aurait droit au Bran de verre, fragile, se couvrant facilement d’éraflures, mais aussi transparent que de l’eau. Il n’avait tout simplement pas prévu que passer d’un état à un autre ne devienne de plus en plus difficile. Revêtir son armure de bronze lui pesait de plus en plus, et le sentiment de l’ôter à chaque fois qu’il revoyait Jax, qu’il posait sa bouche sur la sienne, devenait de plus en plus addictif, comme si le voir soulevait la chape de plomb qui creusait constamment sa poitrine. Etre avec Jax, c’était réapprendre à respirer. Alors quand il l’avait rejeté dans ce petit local pourri, si loin de la douceur de leurs chambres respectives, Bran avait eu l’impression d’être condamné à suffoquer. Toute sa vie, il serait forcé de chercher de l’air. Il s’était vu, à l’épreuve des années, sur le fil du rasoir, au bord de l’étouffement. A retenir constamment son souffle, comme si chaque expiration trahissait ses doutes, ses troubles, ses mensonges. Bran ne voulait plus mentir. Il voulait quelque chose de vrai. Et il le voulait avec Jax, aussi suicidaire que cela puisse paraître, aussi fou, contre-indiqué, destiné à se prendre un mur que cela puisse être.  
Alors, il avait tenté sa chance.
Et il avait perdu.
Il n’était pas familier de la sensation. Il ne perdait pas. Le mot était proscrit de son vocabulaire, de sa vie. Il ne perdait pas, il n’échouait pas, jamais. On ne disait pas non à Brandon Rose, surtout lorsqu’il proposait une idée folle qu’il avait mis des mois à formuler à voix haute. Du moins, c’était ce qu’il avait toujours pensé. Jax aurait dû lui dire oui. C’était le plan idéal : qu’importe qu’il soit fait sur la comète. Eux, une voiture, nulle part où aller si ce n’est le monde entier qui ne demandait qu’à être cueilli, qu’à leur appartenir. A l’heure qu’il était, ils auraient déjà pu être loin. Devant eux s’étendraient des possibilités infinies, incertaines. Mais non, il fallait qu’ils soient là, le soir du bal de promo, devant Edgewater, comme d’habitude se tenant de chaque côté d’un fossé qui semblait infranchissable, dans leurs costumes habituels : le golden boy et l’ouvrier, deux mondes, deux classes, en collision. C’était tout ce qu’ils savaient se faire, de toutes façons.
Bran se tordait nerveusement les mains. Il était empli d’une colère froide et sèche mais aussi de cette tristesse liquide, sous-marine, immense, et il s’agrippait de toutes ses forces pour ne pas sombrer. Il aurait voulu que les mots de Jax n’aient aucun sens, qu’il ne comprenne rien de ce que l’ouvrier était en train de lui balancer au visage comme on balance des lettres à la mer mais malheureusement pour lui, chaque mot s’engouffrait dans sa barque percée de trous et le précipitait un peu plus vers l’abysse. Et je ne veux même pas te demander de faire un choix. Bran eut envie de rire, un rire qui aurait tout traduit de l’ironie de la situation. Le choix, il avait déjà été fait. Lorsqu’il était allé le rejoindre sur la banquette du diner. Lorsqu’il lui avait permis de rester dans sa chambre. Lorsqu’il avait répondu à ce premier baiser aussi maladroit qu’exquis. Lorsqu’il avait rejoint Jax chez lui. Lorsqu’il lui avait permis de le toucher, plus profondément, plus intensément que quiconque. Le choix était fait depuis longtemps et ce qu’il avait avec Aspen, ce n’était qu’une illusion. Destinée à faire croire qu’il avait encore la possibilité de faire un choix, justement. Il voulut encore interrompre Jax, lui dire que c’était lui qui devenait dingue, à le voir partout, à poser les yeux sur Aspen et mourir de culpabilité parce que c’était lui qu’il voyait, lui qu’il voulait effleurer, lui contre lequel il voulait s’endormir. Lui, lui, lui, il était partout, ne lui laissant pas une seule seconde de répit, se glissant même dans les moments les plus intimes. Tu es tellement… tellement plus. Le cœur de Bran tressauta. Oui ? Et ? C’est tout ? Qu’est-ce que ça voulait dire ? Il devait en dire plus. Jax ne pouvait pas le laisser ainsi. Il était affamé de ces mots, de ces indices que l’ouvrier distillait ça et là. Malgré lui, il le dévorait des yeux quand il aurait voulu regarder partout ailleurs. Il s’abreuvait à la source de ces yeux clairs tellement sérieux et l’espace d’une seconde, Bran vacilla, il se rappela toutes les fois où il avait fait le zouave juste pour voir s’il pouvait allumer l’étincelle, plisser le coin de ses yeux. Il avait réussi quelques fois, non ? Ils avaient leurs moments, ils avaient eu leur douceur, leur petit bout d’univers perdu. Alors pourquoi se trouvaient-ils désormais au-dessus du précipice au-dessus duquel venaient s’achever toutes les histoires comme les leurs, si tant est qu’il y en avait ? Pourquoi Jax était-il si fataliste ? « Ah, me dire que tu m’aimes, c’était une erreur ? » croassa-t-il, suintant d’ironie, les bras croisés comme pour former une protection devant son cœur erratique. Il ne pouvait s’empêcher d’évoquer ce message qui pesait des tonnes dans sa poches. Il jouait l’idiot, mais qu’importe, il n’avait plus de stratégie, il était en roue libre, l’ego écorché et le cœur en bouillie. « C’est toi qui as décidé que c’était terminé avant même que ça ait commencé. » lâcha-t-il, fébrile, les yeux rivés sur Jax, se mordant la lèvre. Tout son corps était immobile, mais il était parcouru de tremblements intempestifs, comme si ses membres tentaient de retenir tout ce qu’il voulait dire. « T’as décidé, tout de suite, que c’était foutu. Tu m’as laissé aucune chance. Alors je suis retourné avec Aspen. Je sais même pas ce que j’essayais de me faire croire. » Il eut un rire nerveux qui tenait plus du sanglot étranglé et il baissa un instant la tête vers ses mains qu’il torturait depuis tout à l’heure. La rage naquit au fond de son ventre, remonta le long de sa colonne vertébrale. Il bouillonnait. « Tu crois que j’ai pas peur ? Tu crois que je suis pas terrifié de la réaction de mon père ? Tu crois que je crève pas de trouille à l’idée de tout dire à cette fille qui m’aime et qui pense que je suis juste aller prendre l’air ? » Bran releva les yeux, un éclat féroce au fond de ses prunelles de glace. « Quand je suis avec toi, j’ai peur de rien, Jax. Tu me rends libre. » Et c’était aussi simple que ça. Jax l’affranchissait de ses chaînes, de ses doutes, de ses incertitudes. Dans ses bras, il était parfaitement complet. Il ne subsistait alors qu’une seule question, et c’était celle qui rongeait Bran depuis leur dernière altercation. « Pourquoi je suis pas capable de la même chose pour toi ? Qu’est-ce que je dois faire ? » La dureté du diamant avait laissé place à la transparence du cristal, et Bran, sans s’en rendre compte, avait fait un pas vers la raison de tous ses tourments.
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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:48

Jax Beauchamp a écrit:Il n’était pas certain d’avoir déjà autant parlé. Encore moins pour épancher ce qui faisait déborder son cœur malmené. Trent et Jake le connaissaient, ils étaient plus bavards que lui mais c’était surtout pour dire des conneries. Même avec sa sœur, il ne l’avait jamais fait et, en un sens, il redoutait que ce jour arrive car il viendrait tôt ou tard. Celui des vérités trop douloureuses pour être dites, celui où il devrait à nouveau faire face à sa culpabilité. Mais ce n’était pas pour ce soir. Ce soir, il lui fallait passer une autre épreuve, tout aussi effrayante mais dont l’issue, si elle lui était favorable, changerait sa vie. Pour le meilleur et pour le pire. Jax était prêt, il ne pensait pas l’être – il ne pensait jamais l’être – mais ces interminables secondes à regarder Bran trembler devant lui venaient de lui assurer le contraire. Si pas ce soir, quand ? Combien de temps, de conflits, de séparations, devrait-il subir avant d’accepter ce qui était pourtant la plus pure et simple vérité : il était amoureux de ce garçon. Il en avait tous les symptômes évidents : le cœur qui bat la chamade à sa vue, l’esprit constamment tourmenté par des pensées qui galopaient dans sa direction, les poumons pris dans un étau à l’idée que Bran puisse le détester au point de ne plus jamais lui adresser la parole. Il ne pouvait pas déjà laisser tomber, il ne pouvait pas supporter l’idée qu’ils aient passé ces moments merveilleux pour qu’ils s’effritent aussitôt, lui laissant un goût de cendres, d’inachevé dans la bouche. Mais ses mots maladroits seraient-ils suffisants ? Arriveraient-ils à porter le poids de ses sentiments jusqu’au cœur farouche et entêté du garnement ? Bran devait savoir, n’est-ce pas, que ces aveux demandaient un effort surhumain à un jeune homme qui n’avait jamais appris à exprimer la plus simple de ses émotions ? C’était comme si on avait mis un verrou sur l’âme des Beauchamp, les rendant incapable d’ouvrir la porte, quand bien même ils avaient besoin de ce contact humain, de cette confiance qu’ils ne savaient pas accorder. Topaz et lui étaient pareils, il l’avait vu dans les yeux de sa sœur le soir où elle était venue frapper à sa porte, quelques jours à peine après que Bran ait franchi le seuil de son appartement. Il avait découvert à quel point ils se ressemblaient et se voir dans le miroir de sa sœur l’avait tétanisé. Il ne voulait pas que sa cadette finisse comme lui : seule, repoussant toute occasion d’être heureuse. Mais pour que cela change, ne devait-il pas ouvrir la voie ? Ne devait-il pas empêcher que le schéma Beauchamp devienne une ligne continue que rien n’arrête ? Le malheur était peut-être leur lot mais il y avait une lueur d’espoir dans la brume de leur vie chaotique, non ? C’était ce que Jax voyait en Bran : non pas un bien de consommation destiné à apaiser sa soif animale d’intimité, momentanée et mouvementée, mais un foyer contre lequel venir reposer son corps en souffrance et ainsi laisser à ses plaies le temps de cicatriser. Il n’avait pas eu l’occasion de goûter à cette félicité assez souvent mais cela avait suffi pour lui donner envie de recommencer. Encore et encore. Jusqu’à ce que sa jeunesse ne soit plus qu’un lointain souvenir amer qu’il n’était plus si dur de contempler. Il voulait croire que quelque part, Topaz trouverait ce repos bien mérité, que ce soit un lieu, une personne, une voie qu’il lui fallait encore découvrir. Et lui, il voulait croire que Bran était cet élément inattendu, ce caillou dans sa chaussure qui s’avérait salvateur parce qu’il le faisait boiter dans l’unique but de lui faire ôter ce qu’il portait aux pieds depuis trop longtemps et l’empêchait d’avancer vraiment.
Ce soir, s’il était là, s’il ouvrait la porte de la cage, c’était uniquement pour Bran, dans l’espoir que tout ne soit pas perdu. Si l’adolescent pouvait voir briller la sincérité au fond de son regard trouble, s’il pouvait réaliser à quel point l’ouvrier avait besoin de lui, lui pardonnerait-il ses erreurs ? Mais s’il y avait bien une chose qui n’en était pas une, c’était son aveu accidentel et quand Bran le lui fit remarquer, Jax secoua la tête, sans jamais détourner le regard de ce point d’ancrage qu’était devenu l’impudent. Si on lui avait dit, quelques mois plus tôt, qu’il en viendrait à ruiner la soirée la plus importante du lycée de Bran pour offrir son cœur aux griffes du fauteur de trouble, Jax aurait ri, haut et fort, incrédule et narquois. Bien sûr que non, il n’aurait jamais fait ça, aurait-il répliqué, ça ne va pas la tête ? Mais ça, c’était avant d’entrer dans la bulle de Bran, avant de se trouver de l’autre côté de la paroi qui reflétait une illusion parfaite, celle d’un gamin que rien n’ébranlait, que rien n’arrêterait, qui prenait sans donner, qui se fichait du reste du monde. Il n’était rien de tout ça et il avait fallu que l’ouvrier rajuste sa vision, qu’il laisse la réalité le percuter pour comprendre qu’il voulait tout savoir, tout apprendre, tout recevoir et tout donner au garnement. Car il n’y avait pas plus belle récompense que l’arc de ses lèvres qui esquissait un sourire d’une douceur incomparable, indescriptible. Il n’y avait pas plus beau tableau que le trouble qui envahissait ce regard perçant. Il n’y avait pas plus belle mélodie que sa voix écorchée qui le livrait, bien malgré lui, à la lueur des étoiles et de la nuit. Et d’un jeune homme désespéré.
À quel moment son corps quitta-t-il le renfort rassurant de son camion ? A quel moment parvint-il à se tenir droit, sans appui ? Et où trouva-t-il la force d’avancer vers Bran ? Jax n’aurait su  le dire. Le fait était qu’une seconde, il contemplait le désarroi de Bran d’un air hébété, impuissant, et la suivante, il comblait lentement la distance, guidé par les mots fébriles de l’adolescent. Il secoua une nouvelle fois la tête. Il n’avait pas décidé que c’était terminé, il avait refusé la fuite vers le néant et la nuance était immense aux yeux de Jax. Jamais il n’avait voulu que ça se termine. Pourquoi l’aurait-il voulu quand tout ce que à quoi il aspirait, c’était s’abreuver de la présence de l’impudent, se gorger de lui tout entier ? Son pied droit amorça l’ascension en se posant sur la première marche tandis que Bran continuait. Et Jax était hypnotisé par la fébrilité qui se dégageait de ce gamin trop sûr de lui qui pensait pouvoir contrôler le monde entier et qui s’était trouvé face à plus buté que lui. Jax poursuivit son avancée alors que Bran avouait ses propres peurs, sa petite amie qui était le dommage collatéral de leur collision inopinée. Ils n’avaient rien prévu, ni l’un ni l’autre mais Jax découvrait que ça leur était tombé dessus au même moment et qu’ils étaient encore étourdis par le choc. Mais le jeune homme n’était visiblement pas au bout de ses cartouches et sa dernière confession arrêta Jax alors qu’il atteignait la dernière marche. Le cœur de l’ouvrier partit en vrille et le laissa abasourdi. Il dévisagea son jeune amant, puis déglutit et glissa le regard vers la couronne abandonnée aux pieds de son petit prince écorché vif.
Pourquoi je suis pas capable de la même chose pour toi ? Qu’est-ce que je dois faire ?
Jax jeta un coup d’œil à Bran puis se pencha pour ramasser l’auréole. Il se redressa et la fit lentement tourner entre ses doigts avant de la relever pour la remettre à sa place initiale, effleurant au passage les cheveux de Bran, ces cheveux dans lesquels ses mains auraient pu se perdre à l’infini.
- Tu le fais déjà, finit par souffler Jax en baissant les yeux pour retrouver ceux de Bran.
Ses doigts glissèrent vers les tempes de l’adolescent puis effleurèrent ses joues jusqu’à les prendre en coupe dans ses mains.
- Je sais que je crains dès qu’il s’agit de montrer ce que je ressens mais crois-moi quand je te dis ceci : je ne me suis jamais senti aussi vivant que depuis que tu es venu foutre le bordel dans ma vie.
Et il n’y tint plus.
Alors il combla la distance entre leurs lèvres et il embrassa Bran avec la ferveur provoquée par le manque, par l’absence, par la peur d’avoir tout foutu en l’air à cause du gouffre noir que son père avait creusé dans sa poitrine. Il dévora ces lèvres douces et meurtries auxquelles il vouait une adoration sans borne, qu’elles le déchiquètent d’une douleur sourde ou qu’elles délivrent la fragilité dont Bran était fait tout entier. Et quand il s’écarta au bout d’une longue minute, ce fut pour presser son front contre celui de Bran et murmurer, les yeux fermés :
- Je sais que je suis un cas désespéré mais ne m’abandonne pas. J’ai besoin de toi, je ne veux que toi.
Déglutissant avant de prendre une brève inspiration, il s’écarta enfin pour essayer de déchiffrer la réaction de Bran, ses pouces caressant doucement la peau duveteuse de ses joues, effleurant les taches de rousseur qui les constellaient et qui faisaient fondre le cœur de l’ouvrier à chaque fois qu’il avait l’occasion de les contempler.
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Jax Beauchamp

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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:48

Brandon Rose a écrit:Pourquoi était-ce la seule chose à laquelle il était incapable de réussir ? Tout le reste – le lycée, le sport, la popularité, toutes ces cases avaient été cochées, inscrites en lettres d'or sur d'innombrables trophées dont il réalisait aujourd'hui la totale vacuité. Pour la première fois de sa vie, Bran échouait et il fallait que ce soit à l'étape la plus importante de sa vie. Et c'était sa faute. Il posait la question à Jax dans une sorte de rhétorique désespérée, mais il connaissait la réponse à sa propre peur, celle qui dessinait une croix sur tout ce qui aurait pu être, tout ce qui aurait être. Il n'était juste pas assez bien. Il ne faisait pas le poids. A force de jouer un rôle, il s'y était perdu et il n'était pas capable d'apporter plus que ce que ce carcan lui imposait. Il était juste ce gamin sportif, découpé dans du papier glacé, un joli petit automate scintillant mais muet. Il n'avait rien à apporter, rien à donner, si ce n'est ses circuits désarticulés et ses erreurs de calcul. Il était une dette, un handicap, un poids. Il était un risque trop grand à prendre, et c'était pour ça que Jax l'avait rejeté. Il agissait à l'inverse de l'ouvrier, qui le débarrassait de toutes ses chaînes, qui lui apprenait à être un homme. Jax n'attendait rien de lui et en retour, Bran pouvait lui donner tout ce qu'il avait, absolument tout, le pire comme le meilleur. Son amour pour Jax Beauchamp l'affranchissait de toutes ses craintes. Et il voulait que l'ouvrier puisse éprouver la même chose en retour, le même absolu. Mais visiblement, il était incapable de susciter ce sursaut.
Le coeur battant, prêt à s'effondrer d'une minute à l'autre, Bran contempla Jax alors que ce dernier se baissait pour ramasser la couronne abandonnée. Il fut tenté de donner un coup de pied dans le joyau factice pour éloigner ce symbole déchu, mais l'ouvrier fut plus rapide et Bran resta alors paralysé. Dans les grandes mains fines de Jax, le diadème en toc prenait un relief particulier et Bran sentit son cœur accélérer stupidement lorsqu'il comprit – une seconde trop tard – où l'ouvrier voulait en venir. Qu'est-ce que ça signifiait ? Pourquoi est-ce que tout le monde voulait lui foutre cette foutue couronne sur la tête ? Il ne la méritait pas. Il mentait. Il trompait sa merveilleuse copine, et il ne regrettait même pas. Il avait réduit ses amitiés en cendre. On lui offrait la vie sur un plateau d'argent et lui, il balançait tout ça d'un coup de poignet capricieux. S'il était un prince, alors il était un despote, un tyran et il méritait qu'on le détrône. Non, il ne la voulait pas, cette stupide couronne, qu'on la donne à quelqu'un d'autre, comme Timmy. Bran, il ne voulait plus être roi, pas après tout ce que ça lui avait coûté et il porta la main à sa tête pour la saisir et la jeter à nouveau par terre, en espérant qu'elle se brise cette fois-ci.
Tu le fais déjà. Bran s'arrêta dans son geste et fut happé par les grands yeux clairs de Jax. Déjà quoi, te rendre la vie infernale, eut-il envie de rétorquer avec un rictus ironique. Parce que c'était ça qu'il faisait le mieux, non ? Il foutait le bordel partout où il allait. Il ruinait tout ce qu'il touchait, qu'il le veuille ou non, c'était son talent particulier et Jax avait été l'apothéose de ses capacités d'(auto)destruction. Mais les doigts de l'ouvrier coururent sur ses tempes brûlantes. Puis sur ses joues glacées, et Bran dut relever légèrement les yeux vers ce visage qu'il n'osait plus contempler, de peur de ne plus rien connaître d'autre que le regret. Il s'absorba dans les angles escarpés de la mâchoire, la fine arête du nez, la peau discrètement abîmée. Et ces yeux, si clairs, si verts. Bran sentit son coeur se briser à nouveau, parce qu'il l'aimait tellement, ce grand idiot d'escogriffe grincheux, il l'aimait tellement et il n'avait jamais eu l'occasion de lui dire, et il ne voulait pas imaginer qu'un autre puisse venir se glisser à sa place et lui voler ce délice. Il ne le méritait pas, Bran le savait parfaitement, mais encore une fois, il n'était qu'un gamin égoïste et qui sait, peut-être que Jax saurait lui pardonner ? Peut-être même que c'était déjà fait, qu'il n'avait pas à demander. Il écoutait la confession de Jax et à nouveau, comme lorsqu'ils s'étaient embrassés pour la première fois, Bran sentit son coeur prendre son racine quelque part dans son corps. La fleur fanée disparut, définitivement enterrée et à la place, un bourgeon s'épanouit au même rythme des battements effrénés de son myocarde malmené.
Et lorsque Jax plongea vers lui, la rose éclot sans attendre, luxuriante, voluptueuse - amoureuse.
Sans même réfléchir, Bran passa ses bras autour de Jax et il alla s'abandonner contre lui dans cet aveu d'évidence. Ils ne pouvait pas être l'un sans l'autre. Ils ne pouvaient pas être séparés. Il y avait quelque chose entre eux qui allait trop vite, trop fort, et ni l'un ni l'autre ne pouvait y résister. Il était futile de batailler contre ça. Il n'avait plus envie de se battre. Il voulait Jax, sa bouche impérieuse et décideuse, ses humeurs sombres, les secrets qu'il y avait encore à découvrir derrière les lignes abîmées de sa peau. Son coeur avait choisi : ce serait Jax Beauchamp ou rien. Leurs lèvres se séparèrent et Bran en resta essoufflé, pris de court, sonné. Il savait tout ce que ce baiser voulait dire, mais il ne parvenait pas encore à tout saisir, comme s'il ne parvenait pas encore à se faire à l'idée que ça y était, ils étaient au croisement du choix le plus important de leur vie. Et pourtant, la décision était prise. Depuis longtemps. Il n'y avait jamais vraiment eu d'alternative. J'ai besoin de toi, je ne veux que toi. Lentement, Bran porta ses propres mains sur celles de Jax et les repoussa avec cette douceur qu'il lui réservait. Il leur jeta un regard, remarqua les traces récentes, les écorchures qui les zébraient, les hématomes qui les couvraient. Bran secoua la tête. Il était peut-être un petit prince écorché vif, mais Jax restait le plus abîmé des deux et il déposa un baiser sur les phalanges meurtries, comme si sa bouche avait le pouvoir de le soigner. Car il savait qu'avec l'ouvrier, les mots se perdaient souvent dans le vide tandis que qui se passait sur sa peau restait gravé. Mais ce qui était à venir, Bran ne pouvait l'exprimer par un seul baiser et il lâcha les mains éraflées – se promettant d'y revenir ensuite – pour mieux relever les yeux vers son bel esquinté.
Jax le voulait, lui, juste lui.
Il le rendait libre – finalement, il n'était pas un poids ou un risque, il aimait et il était aimé en retour, sans attente, sans remords.
Il le faisait se sentir vivant – lui, Brandon Rose, qui avait tellement eu l'impression d'être vide, provoquait chez Jax Beauchamp une étincelle de vie, une étincelle qu'il ferait devenir flamme, feu, étoile.
Alors il fit ce qu'il avait envie de faire depuis que Jax était apparu devant le lycée. Il ouvrit les bras et entra en collision avec le corps de l'ouvrier, puis se referma autour de lui comme s'il ne comptait jamais plus le laisser partir. Bran ferma les yeux, se perdit dans le cou de Jax et le serra contre lui. Il laissa l'odeur de l'ouvrier l'envelopper comme un cocon et il serra un peu plus fort encore. Qu'importe que Jax ne saisisse les battements effarés de son coeur, Bran ne cherchait pas à se cacher. « Je suis à toi, espèce d'imbécile. Mon cas est aussi désespéré que le tien.  » souffla-t-il dans le cou de l'ouvrier, et il déposa un frêle baiser contre la peau moite. « J'ai toujours été à toi. » continua-t-il, surpris par sa propre audace, par la vérité crue qui sortait de ces mots. Son coeur allait exploser, mais il ne lâcha pas Jax, il ne s'écarta pas de lui, au contraire, il recherchait à tout prix le contact, l'appui, la certitude qu'il était bien là et que ce n'était pas un rêve. « Emmène-moi… Emmène-moi loin d'ici. » finit-il par murmurer. Qu'ils s'en aillent tous les deux, chez Jax ou ailleurs, et qu'ils se retrouvent enfin.
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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:48

Jax Beauchamp a écrit:Tant que Bran ne le repoussait pas, tant qu’il ne l’assassinait pas de remarques vipérines, Jax voulait y croire, lui qui n’avait jamais voulu croire à quoi que ce soit, qui ne s’était jamais permis de s’accrocher à quoi que ce soit. Ni l’amour, ni l’espoir, ni la tendresse, ni l’intimité (la vraie, pas sa mascarade avec de parfaits inconnus qu’il ne revoyait jamais) n’avaient pu se creuser un trou dans son existence. Et puis il s’était bagarré avec un gamin de cinq ans son cadet et une brèche s’était ouverte. Une fissure semblable à celle qui avait déchiré la peau de son flanc, ce matin-là. Douloureuse sur le moment mais prête à guérir, prête à oublier. Bran s’était faufilé par cette mince ouverture et avait foutu un joyeux bordel dans sa vie, dans son esprit. Dan son cœur. Ce cœur qui semblait avoir réappris à battre, à vivre, à s’animer non plus de peur mais d’impatience, d’appréhension, d’anticipation. Il tambourinait à chaque fois qu’il pensait à Bran, partait en cavale chaque fois que l’adolescent entrait en piste, jubilait quand leurs lèvres se scellaient. Et là ? Existait-il un terme pour définir ce qu’il se passait derrière le barrage osseux de sa cage thoracique ? Son cœur chahutait, vrombissait, haletait, suppliait. Son cœur chantait, pleurait, soufflait, brûlait. Il implorait Bran de ne pas lâcher prise, de s’accrocher à la paroi abimée de cet imbécile qui n’avait d’yeux que pour lui. De ne pas laisser leur histoire se terminer aussi bêtement alors qu’ils commençaient à peine à se découvrir l’un l’autre. Jax ne savait pas si c’était de seconde chance qu’il était question ou d’une chance tout court. Une chance de voir le soleil se lever ensemble, une chance de voir où tout cela les menait, une chance de ne pas passer à côté d’un amour insensé mais vrai. Pas une illusion, pas une chimère. L’ouvrier voulait croire que ce qu’il avait ressenti ces derniers jours, cette douleur sourde qu’il avait décelée, n’était pas voué à mourir d’une mort discrète, abandonnée au premier écueil. Il voulait jeter tout ce qu’il avait dans le feu de cette passion, même s’il avait conscience de ne pas avoir grand-chose à offrir au garnement. Juste lui et ses mains abimées, son corps écorché, son cœur ébréché. Cela suffirait-il ou était-ce faire preuve d’une stupidité confondante de croire que cela pourrait si pas combler au moins satisfaire le jeune homme ? Jax ne savait pas, ne savait plus, n’avait peut-être jamais su, comme il ne savait rien de l’amour. Mais pour Bran il voulait bien tout apprendre.
Le geste de Bran ne lui avait pas échappé et s’il avait jeté sa couronne, Jax ne la lui aurait pas imposée une seconde fois. L’adolescent était et resterait son petit prince écorché vif, couronne sur la tête ou pas. Et il avait été à deux doigts de lui souffler à quel point il le trouvait beau, là, sous cette lumière crue, avec son auréole de travers, symbole ironique de sa jeunesse dorée. Mais l’heure n’était pas aux compliments ridicules, elle était aux aveux, ceux qui grondaient au fond de son ventre, qui incendiaient son âme. Qui faisaient qu’il se trouvait là ce soir, à ruiner la soirée de deux gamins, même si, à cet instant précis, il ne songeait pas au dommage collatéral qui devait errer dans l’école, dans sa belle robe du soir. Il n’en avait que pour Bran qu’il dévisageait avec une intensité rare, comme s’il voulait enregistrer chaque détail de ce moment qui ne se répéterait pas. Même si l’adolescent le chassait, mettait un terme définitif à leur histoire bancale, Jax voulait se souvenir de ce soir, de cet instant où il avait fait tomber toutes les barrières pour offrir son cœur nu. Et la sensation, elle était aussi exquise que tétanisante mais elle lui rappelait qu’il était en vie, elle lui démontrait que ce qu’il avait fait jusqu’à présent, c’était se contenter d’exister quand il aurait pu faire tellement plus : aimer avec chaque fibre de son être, laisser entrer un trouble-fête, se donner entièrement. Et recevoir autant.
Alors il avait l’impression de ne pas en demander tant que ça. Il voulait juste sentir ce corps vigoureux contre le sien, ces bras autour de lui, cette bouche à même la sienne, ce souffle le caressant. Mais peut-être était-ce déjà trop ? Peut-être n’avait-il pas droit à ce plaisir humble et timide, qu’il n’était voué qu’à le caresser pour en goûter la saveur et mieux percevoir l’amertume de le perdre. N’était-ce pas une habitude, chez les Beauchamp, d’être malheureux et seuls, même entourés ?
Bran glissa les mains sur les siennes et les détacha de son visage. Jax n’opposa aucune résistance, ayant déjà décidé – ou compris – que tout dépendait désormais du bon vouloir d’un garnement impétueux. Mais l’ouvrier lui remettait son destin sans la moindre hésitation. Il avait beau ne pas savoir quand exactement le changement s’était opéré (si c’était au cours de leur bagarre, de leur tête-à-tête au diner, de leur étreinte dans la chambre ou du soir où Bran avait débarqué chez lui, ou bien était-ce bien antérieur à tout cela ?) mais il en avait pris conscience et cela lui permettait d’attendre le contrecoup, le choc. Le Prince égaré observa les mains qui témoignaient des coups qu’elles avaient fait pleuvoir sur un visage qu’il détestait, ces mains qui n’aspiraient désormais qu’à le caresser, qu’à l’auréoler de tendresse et d’attentions. Il ferma les yeux, l’ouvrier, lorsque les lèvres douces de Bran vinrent se presser contre ses phalanges lésées, et il émit un soupir sonore, comme si la tension qui l’habitait depuis des jours s’échappait enfin, ayant trouvé la sortie de secours au milieu du labyrinthe de tourments du jeune homme. Les mains de l’adolescent relâchèrent les siennes pour mieux ouvrir les bras et Jax n’hésita pas une seule seconde : il répondit à l’appel, attira Bran contre lui et le serra avec force, comme s’il voulait qu’ils fusionnent, qu’ils ne se séparent plus jamais. Les muscles du jeune Beauchamp réagirent à l’étreinte et il se balança doucement, bercé par la chaleur de Bran, par son parfum délicat qui mettait ses sens en alerte, par les battements qui cognaient contre son torse, comme si, leurs cœurs communiquaient à leur façon toutes ces choses qu’ils ne savaient pas se dire. Qu’il ne savait pas dire. Touché par la voix étouffée, aussi, qui éclata dans un souffle et qui l’atteignit de plein fouet.
Emmène-moi… Emmène-moi loin d’ici.
A nouveau cette supplique qui résonnait comme un désespoir indéchiffrable à l’oreille de Jax, qui ne comprenait pas ce que Bran voulait fuir à tout prix. Mais il ne ferait pas la connerie de répéter son erreur en refusant d’accéder à sa demande. Pas plus qu’il ne lui demanderait s’il était sûr de ce qu’il voulait. Il devait l’être, n’est-ce pas, pour formuler cette demande avec une telle ferveur, à moins d’un mois d’intervalle ? Jax ne chercherait pas à analyser ce qu’il ne pouvait appréhender. Si Bran devait lui parler de ce qui le hantait, l’ouvrier l’écouterait, mais plus jamais il ne mettrait en doute ses rêves ni ses besoins.
Il ne répondit pas. Il se contenta de hocher la tête car ils étaient si proches que Bran comprendrait qu’il acquiesçait, qu’il accédait cette fois à sa demande. Jax tourna le visage pour presser les lèvres contre l’oreille de l’adolescent et s’écarta à regret, sans pour autant rompre le contact, ses mains glissant des épaules à ses coudes. Il baissa les yeux sur son jeune amant et esquissa un sourire, à le voir là, la couronne de travers, les cheveux ébouriffés, les joues roses et le regard… le regard habité d’une lueur hypnotisante. Les mains de Jax migrèrent à nouveau, descendirent le long des avant-bras de Bran et vinrent se loger dans celles du garnement, paumes contre paumes, doigts calleux contre doigts satinés et remontèrent un instant pour s’entrecroiser. Ils se faisaient face mais déjà Jax avait perdu en altitude, son pied ayant rejoint la marche suivante. Ils étaient désormais à hauteur égale et les lèvres de Jax s’écornèrent d’un sourire soulagé, incrédule :
- Viens. On va où tu veux.
Il lâcha l’une des mains de Bran, garda l’autre dans la sienne et il le tira lentement à sa suite.
L’enlevant à son bal de promo et à sa jolie blonde.
L’emportant vers un avenir incertain mais un avenir en lequel Jax voulait croire pour la première fois.
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Re: he found a way to kiss my soul

Message par Jax Beauchamp le Mar 24 Juil - 20:49

Brandon Rose a écrit:Sans hésiter il plongea en Jax, contre son corps si fort qui recueillait parfaitement le sien, contre tous ses angles douloureux et escarpés contre lesquels venaient glisser tous ses espoirs, tout son amour. Parce qu’il l’aimait, de tout son cœur bigarré, de tout son être en furie, il l’aimait, son grand idiot écorché et maintenant qu’il avait choisi définitivement ses bras, il se laissait submerger par la puissance de ce sentiment qu’il avait combattu sans but. Il plongeait en Jax, contre son corps mais aussi contre son cœur, contre son esprit, il se laissait engloutir entièrement, se laissait entraîner vers le fond, la respiration coupée et les poumons prêts à éclater pour mieux jaillir de l’océan et reprendre une première respiration. Au contact de Jax, il renaissait, refleurissait, tout son corps était un pétale désespéré d’être touché et froissé, encore et encore. Jax l’abîmait de la plus exquise des façons, lentement, précisément, et Bran n’avait plus qu’une envie après ça : lui laisser le champ libre, entièrement et sans aucun compromis.
Les lèvres de Jax contre son oreille le firent frissonner. Le contact fut aussi doux que bref mais chez Bran, il alluma un brasier, comme si son corps en déroute confondait les messages. La lave en fusion chauffa à blanc lorsque les mains de Jax glissèrent sur son dos et ses bras, et Bran fut tenté de le dévorer, là, maintenant, pour lui montrer à quel point il était à lui tout entier. Il ne voulait plus jamais être séparé de Jax. Qu’importe qu’ils se disputent, qu’ils ne se comprennent pas, ça n’avait aucune importance, tant qu’ils étaient ensemble. Les doigts de Bran s’entrelacèrent comme des ronces sans épine autour de ceux de Jax et lorsque que ce dernier s’écarta pour descendre une marche, il resserra sa prise comme s’il craignait que son amoureux – c’était si doux, de pouvoir l’appeler comme ça, de ne pas avoir honte de le laisser prendre cette place – ne parte déjà. Non, il voulait aller jusqu’au bout de la nuit. Il voulait prendre le temps de cette longue obscurité, se dénuder sous les étoiles, glisser vers les promesses de cette ombre qui les emportait dans son velours. Le soleil ne l’intéressait pas. Sous la lune, tout était possible.
Viens. On va où tu veux.
Et Bran n’attendait que ça, que ces quelques mots pour se jeter à nouveau dans ses bras et lui dire de l’emmener. Mais alors qu’il tournait le dos à Edgewater et que les lumières de l’école glissaient sur le visage de Jax, jouant avec l’ombre de sa mâchoire, éclaircissant ses yeux, il réalisa qu’il ne pouvait pas tout de suite dire adieu à tout ce qu’il avait été. Car il avait beau tout renier sur l’autel de son amour bancal, il y avait une partie de ce qu’il avait été qui subsisterait toujours, qu’il le veuille ou non. Car Jax était peut-être son grand amour, mais il n’était pas son premier.
Non, ce privilège, c’était Aspen Gansey qui le détenait – pour toujours. Elle avait toutes ses premières fois. Et elle méritait mieux qu’une disparition sans laisser de trace, elle méritait mieux que ce vide, cette absence. Elle méritait bien mieux que lui, en vérité, et il savait qu’un jour, elle trouverait.
Bran descendit la marche qui le séparait de Jax et se hissa sur la pointe des pieds pour l’embrasser, sa main libre venant glisser sur la joue de l’ouvrier. Il s’absorba autant qu’il le put, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus respirer et qu’il trébuche légèrement en avant. Il se rattrapa juste à temps et finit par reculer d’un pas, sa main suivant le mouvement avec plus de lenteur. « Je dois faire quelque chose avant. » finit-il par lâcher, un sourire contrit aux lèvres. Il était sûr que Jax comprenait. Il devait le faire, pour eux, pour elle surtout, il ne pouvait pas terminer comme ça avec Aspen. Alors, au lieu de s’aventurer une nouvelle fois dans les bras de son amant, il lui tourna le dos et grimpa les marches quatre à quatre. Il ne se retourna qu’une fois, alors qu’il franchissait à nouveau les portes massives, et s’écria : « Fais tourner le moteur ! » au même moment qu’il entrait dans l’école déserté de sa population estudiantine. Une musique en écho lointain résonnait. Et maintenant ?
Sa couronne glissa légèrement sur sa tête et soudain, il eut une idée. Il ôta le diadème en toc et se mit à courir dans les couloirs vides jusqu’à parvenir à sa destination – son casier et celui d’Aspen, bien évidemment côte à côte. Ils avaient fait ce choix peu après s’être mis ensemble et n’avaient jamais changé d’avis. Ceux d’Alfie et Timmy étaient en face.
Bran saisit le cadenas de son casier et fit rouler les chiffres pour qu’il s’ouvre. Il ne l’avait pas vidé totalement, il restait du papier et des feuilles, et soudain, il se rappela de son premier jour à Edgewater, l’anticipation, l’appréhension. Quatre ans plus tard, il n’avait qu’une hâte, c’était mettre cet endroit derrière lui pour toujours mais il réalisait qu’il en était incapable tant qu’il n’avait pas exorcisé ses derniers démons.
Il referma son casier et considéra celui d’Aspen. Il le connaissait par cœur, il l’avait vu s’ouvrir et se fermer des centaines de fois, il savait qu’il y avait des photos d’eux, des reliquats d’une relation vouée à disparaître, mais une relation quand même, quelque chose qui avait été beau et vrai et pur, et il ne pouvait pas l’effacer comme ça, sans un au revoir.
Il considéra un instant la feuille et le stylo qu’il tenait dans la main. Qu’aurait-il pu dire qui résumait tout ce qui se passait en lui en cet instant ? Qu’aurait-il pu dire qui arrangerait les choses, qui ne briserait pas trop le cœur de sa belle ? Tous les messages d’excuse n’auraient pas suffi, pas plus qu’ils n’auraient été sincères. Bran ne cherchait pas à être excusé. Il n’était pas désolé d’être tombé amoureux de Jax – il était désolé de causer de la peine à Aspen. Désolé de la façon dont ça s’était fait. Désolé de correspondre au cliché qu’il essayait si désespérément de fuir. Il plaqua la feuille contre le casier et écrivit alors la seule vérité qui valait la peine d’être dite. La seule vérité qui consolerait peut-être Aspen, qui la réconforterait.
i’ll always love you.
-b.
ps. you deserve two crowns. you deserve all of them.

Et c’était la stricte vérité. Il aimerait toujours Aspen. Elle serait toujours son premier vrai baiser, sa première fois, ses premiers émois, elle serait toujours à cette place spéciale et il aurait toujours pour elle cet amour affectueux, tendre, irremplaçable. Mais il n’était plus amoureux d’elle. Et ce que Jax lui faisait, personne d’autre n’était capable de le faire.
Lentement, il ôta sa couronne et la déposa aux pieds du casier puis cala le papier plié en quatre. Elle le verrait, il n’avait aucun doute.
Bran se tourna et avisa les casiers d’Alfie et Timmy non loin. A eux aussi, il avait des choses à dire, des excuses à présenter. Il déchira à nouveau deux bouts de papier et écrivit la même chose sur les deux, car il ne pouvait pas faire de différence, pas entre ses drôles d’acolytes qui avaient tant supporté et accepté de lui.
no matter what.
-b.
ps. sorry i’m an asshole. don’t hate cuz i’m beautiful!!

Il cala à nouveau les messages, puis revint à son propre casier. Il y reposa le stylo et la feuille restante. Ce serait un cadeau pour le prochain, tiens. Avec un peu de chance, ce serait un premier année, quelqu’un qui aurait plus de chance, plus de sagesse que lui aussi. Il referma le casier et un écho se déversa dans le couloir désert. C’était fini. Au revoir, Edgewater. Au revoir, enfance, adolescence, qui se rangeaient désormais au rayon des souvenirs. Tout ça était terminé.
Il recula et regarda autour de lui. Ces murs l’avaient vu grandir pendant quatre ans. Il avait comme la sensation que quelque part, tout ça finirait par lui manquer mais pour le moment, il n’avait qu’une envie, c’était courir, courir, courir vers lui et c’est exactement ce qu’il fit, sans regarder en arrière. Ca ne voulait pas dire qu’il n’eut pas un petit pincement au cœur en franchissant les grandes portes pour la dernière fois. Mais ce n’était pas grave. Pas tant que Jax était là, et qu’il l’attendait dans son camion, prêt à démarrer. Bran dévala les escaliers, se fichant de paraître désespéré – car il l’était, réellement – et s’engouffra dans l’habitacle. La portière claqua derrière lui et un silence tomba sur eux, l’espace de quelques secondes. Devant eux, un champ infini de possibles mais surtout la promesse d’une nuit interminable. Doucement, la main de Bran vint glisser sur le genou de Jax et il lui sourit. « Je suis prêt. »
Pour toi.
Pour tout.

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